À Aubervilliers, Hollande à la rencontre... des militants PS

En bordure du canal Saint-Denis, le petit parc d’Aubervilliers, entouré de logements neufs issus de la rénovation urbaine, est à moitié vide, malgré la distribution intensive de tracts au marché dans la matinée.

En bordure du canal Saint-Denis, le petit parc d’Aubervilliers, entouré de logements neufs issus de la rénovation urbaine, est à moitié vide, malgré la distribution intensive de tracts au marché dans la matinée. Environ 150 personnes sont rassemblées sous le chapiteau où va se dérouler la rencontre avec François Hollande. Surtout des jeunes, beaucoup de militants socialistes, des badges en revers de veste, un public acquis: l’animateur pose la question, l’immense majorité des présents lèvent la main, ils vont voter pour le candidat PS à l’élection présidentielle, c’est promis.

Justement, le voici. Il traverse la passerelle de la Fraternité, entouré d’une multitude de journalistes. Il vient de passer une heure dans le quartier adjacent de La Plaine, dans un centre social, avec des professionnels de santé, un médecin des Francs-Moisins, un représentant de Médecins du monde et des responsables santé de Pantin et d’Aubervilliers qui l’ont alerté sur l’extension de la précarité, des pauvres aux classes moyennes.

À son arrivée sous le chapiteau, François Hollande est applaudi. Juste avant son meeting à Aulnay-sous-Bois, samedi en fin d’après-midi, il répond aux questions de Mamadou, Houda, Adama, Amina et Lucie. Après l’accès aux soins, c’est l’étape «jeunesse» dans ce déplacement de 48 heures en banlieues qui l’a aussi mené à Vaulx-en-Velin, à Creil, à Trappes, aux Ulis et à Clichy-sous-Bois.

«Vous demandez aux jeunes des quartiers populaires d’aller voter. Mais quand ils s’investissent, souvent ils ne sont pas pris en compte. Êtes-vous prêt à valoriser la nouvelle vague qui émerge et comment?», lance le premier intervenant qui a grandi en Seine-Saint-Denis dans un département où aucun maire n’est issu de la diversité, pas un noir, pas un arabe. «La relève, c’est vous. C’est vous qui allez décider de l’avenir de ce pays», rétorque le candidat. «Vous devez prendre votre part et votre place», ajoute-t-il. 

Encore faudrait-il que les mandarins locaux veuillent la céder.

«Les cités sont une chance pour la République, la République doit leur donner leur chance. Le gouvernement doit être le reflet de la vie réelle», le Parlement et la vie locale aussi, insiste François Hollande, s’en tenant aux déclarations d’intentions. «On me dit: ‘Vous venez dans les quartiers à cause des élections présidentielles’. Si demain je suis président de la République, je viendrai régulièrement dans les quartiers. Je viendrai rendre des comptes», s’engage-t-il pour se démarquer de Nicolas Sarkozy.

Revenant à la préoccupation initiale, une étudiante en école d’infirmière l’interroge sur le non cumul des mandats. Pour quand? «Dès les prochaines élections municipales», promet François Hollande. «Mais attention il ne faut pas penser que ça viendra tout seul. Il faut toujours se battre», ajoute-t-il comme si les conditions de la relève n’étaient pas réunies.

Une jeune gardienne d’immeuble prend la parole. Elle raconte les obstacles qu’elle a rencontrés pour financer sa formation de reconversion. Une étudiante en droit international et européen dénonce la discrimination territoriale, liée à l’adresse postale, dont elle est victime de la part d’employeurs. L'exercice est convenu, à chaque question, une proposition: accompagnement personnalisé, allocation autonomie, clause d’insertion, etc.

«Ceux qui sont dans des situations difficiles méritent d’avoir plusieurs chances dans leur vie», souligne le candidat, qui réaffirme son projet de créer un ministère de l’égalité des territoires et des citoyens, répète que «le zonage finit par être une forme nouvelle de discrimination, même si ça partait d’une bonne intention», mais veut que l’État mette «plus d’argent sur certains territoires».

Au co-fondateur du Collectif contre le contrôle au faciès, il répond comme souvent en deux temps: «Nous ferons en sorte que la police ait des procédures qui fassent que la personne contrôlée ne puisse pas penser qu’elle l’est en raison de la couleur de sa peau», mais, attention, «la police doit pouvoir faire son travail».

De la même manière, les étrangers en situation irrégulière doivent être soignés, mais «ils n’ont pas vocation à rester sur notre territoire», selon la formule de Nicolas Sarkozy.

Ne manque, au final, qu’une question sur le permis de conduire. Il y reviendra plus tard à Aulnay-sous-Bois en proposant un «forfait» à «chaque jeune en service civique» en «récompense à leur dévouement».

«Votre réussite c’est la nôtre», lance-t-il pour conclure. «Non, notre réussite, c’est la vôtre», rectifie-t-il.

François Hollande est à l’aise. Tout est organisé à la minute et à la question près. Le maire socialiste d’Aubervilliers, Jacques Salvator, supervise l’ensemble avec entrain. Jean-Paul Huchon, Élisabeth Guigou, Vincent Peillon, Manuel Valls, Daniel Goldberg: le parti et ses élus sont venus en masse. L’assemblée des sympathisants est ravie. En revanche, la conquête des abstentionnistes et des hésitants semble être remise à plus tard.

 

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