De New York à Shanghai, Fillon rêve le Grand Paris depuis Saint-Denis

Après Marine Le Pen aux Magasins généraux, le défilé des personnalités politiques à Saint-Denis continue. C'est au tour de François Fillon de s'aventurer au-delà du périph, pas pour s’intéresser au sort des classes populaires déstabilisées par la crise, mais pour vanter les ressources du territoire sur lequel elles vivent.

Après Marine Le Pen aux Magasins généraux, le défilé des personnalités politiques à Saint-Denis continue. C'est au tour de François Fillon de s'aventurer au-delà du périph, pas pour s’intéresser au sort des classes populaires déstabilisées par la crise, mais pour vanter les ressources du territoire sur lequel elles vivent.

Le Premier ministre – en repérage pour Nicolas Sarkozy ou pour lui-même? – s’est rendu lundi 16 janvier dans le quartier Pleyel, sans dessus dessous comme La Plaine, pour la présentation d’une activité alliant business, loisirs et culture: la future Cité du cinéma du réalisateur et producteur Luc Besson, programmée pour ouvrir ses portes en mai, aux environs de l’élection présidentielle.

Installé en bord de Seine sur le site d’une ancienne usine EDF, ce lieu vise à regrouper tous les maillons de la chaîne de fabrication d'un film. En plus des plateaux de tournage, des ateliers de production et des... restaurants, l’école nationale supérieure Louis-Lumière y trouvera sa place.

Ce n'est pas un hasard s'il a été choisi pour la signature, lundi dans la foulée, du premier (sur dix-huit) accord-cadre concrétisant le chantier du Grand Paris. Car qui dit Grand Paris, dit invariablement «ville du futur», «grands ensembles», «interconnection», «architecture rénovée» et «vision du monde». Donc pourquoi pas cinéma, voire science-fiction? 

Paris, banlieue, métropole internationale: liant l’État, l’agglomération de Plaine Commune et la ville de Saint-Ouen, ce texte consacré au «Territoire de la culture et de la création» a été l’occasion pour François Fillon, candidat aux élections législatives à Paris, en approche vers la mairie de Paris, de définir sa vision d’une ville-monde qui «soit capable de tenir son rang à côté de ces gigantesques pôles urbains que sont New York, Londres, Tokyo, Shanghai et Hong Kong».

Réécouter son phrasé grandiloquent propre à ce type de discours: «Le Grand Paris, c’est une réflexion à grande échelle et à long terme sur ce que doit être une métropole dans les premières décennies du XXIème siècle» ou encore «C’est une réflexion sur la manière de franchir de nouveaux paliers de développement, en associant les énergies pour augmenter et pour déployer le potentiel formidable que recèle l’Ile-de-France pour stimuler l’activité économique et pour résoudre les difficultés quotidiennes qui résultent de l’ancienneté des structures existantes».

Le Grand Paris, un projet d’en haut? Non, a répondu François Fillon, «nous ne devons pas être dans la théorie froide du gigantisme, nous devons être dans celle de l’unité et de l’équilibre». «C’est une action qui n’a pas vocation à s’imposer ex-nihilo, comme parfois je l’entends dire de manière caricaturale. C’est une action qui associe les territoires concernés, qui appelle les initiatives locales, qui est à l’écoute des attentes des citoyens et des projets des élus locaux», a-t-il insisté, avec ses termes flous.

À quoi ressemblera ce bout de «région capitale»? À chaque territoire/pôle, sa spécialité. Ici ce sera culture et création, comme la Tour Médicis à Clichy-Montfermeil ou les Archives nationales à Pierrefitte. Ailleurs, ce sera santé, par exemple dans la vallée de la Bièvre, ou business&aéroport, ainsi qu’à Roissy-Tremblay.

«Il n’est pas question de faire surgir des projets ‘hors sol’, a néanmoins précisé François Fillon, il faut les lier à la forme de la ville et à son histoire, à l’existence quotidienne de ses habitants et à leurs préoccupations.» L’accord-cadre comporte ainsi un volet logement, un volet formation initiale et professionnelle et un volet transport consistant en la rénovation toujours promise mais repoussée des lignes de RER et la création du réseau Grand Paris Express, avec, dans les alentours, sept nouvelles gares, dont Pleyel, Saint-Ouen, La Courneuve et Aubervilliers.

Et les effets de la crise économique et sociale? Celle-ci «ne doit pas nous dicter je ne sais quel repli», a affirmé François Fillon, au lendemain de la «dégradation» de la France, «d’un côté, il faut sérieusement et méthodiquement tenir les dépenses de l’État, et de l’autre, il faut miser sur de grands projets. Parce que l’enjeu de cette crise, ce n’est pas de renoncer à notre puissance et à notre influence, c’est au contraire de les rétablir».

Du local à l’international, de gauche à droite, de quoi satisfaire tout le monde? Le Premier ministre a mis en avant un consensus de façade citant ce «cher Patrick Braouezec», congratulant «les élus de ce territoire qui joignent leurs efforts à ceux de l’État» et saluant «le dialogue constant avec la région présidée par Jean-Paul Huchon».

Piégés par la mise en scène, les élus locaux de gauche n’ont pu que souligner les «convergences» entre l’État et les collectivités. L’ex-PCF Patrick Braouezec, à la tête du syndicat mixte Paris Métropole, a insisté sur les «interstices entre ces grands pôles», ajoutant qu’aucun territoire ne devait être «laissé pour compte». La maire PCF de Saint-Ouen, Jacqueline Rouillon, a elle aussi fait «de la solidarité et la justice sociale» sa priorité, redoutant un «Grand Paris fracturé, avec des poches de pauvreté». Mais, intérêts financiers oblige?, elle n’en a pas moins déclaré avoir «apprécié la visite du Premier ministre».

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