Quand Le Pen et Mélenchon se défient au Dock Pullman

Mais que viennent-ils tous faire à Saint-Denis? À trois semaines d’intervalle, deux des candidats à la présidentielle les plus farouchement opposés se sont produits dans la même salle, au 50 avenue du Président-Wilson, dans la zone d’activité des Magasins généraux à La Plaine. Regard en coin, Jean-Luc Mélenchon y était ce samedi 28 janvier, Marine Le Pen l’a précédé le 8 janvier, sourire carnassier.

Mais que viennent-ils tous faire à Saint-Denis? À trois semaines d’intervalle, deux des candidats à la présidentielle les plus farouchement opposés se sont produits dans la même salle, au 50 avenue du Président-Wilson, dans la zone d’activité des Magasins généraux à La Plaine. Regard en coin, Jean-Luc Mélenchon y était ce samedi 28 janvier, Marine Le Pen l’a précédé le 8 janvier, sourire carnassier.

Des discours et des propositions aux antipodes avec en ligne de mire les mêmes électeurs, ces «invisibles» délaissés par les responsables politiques aux affaires et touchés de plein fouet par la crise économique.

Dans une ambiance de goûter dominical, ironie cassante et bras en croix, la présidente du FN a réuni ses partisans autour d’une galette des rois en hommage à «l’héritage chrétien de la France». Au programme, ferveur et classes moyennes, ces «trop riches pour être aidés, trop pauvres pour s’en sortir» qu’elle dit défendre aux côté «des ouvriers et des paysans agressés dans leur chair par les ravages de la mondialisation sauvage».

Néons rouges et tables en rond, le leader du Parti de gauche, s’est, lui, exprimé, après un déjeuner collectif, devant un millier d’animateurs de sections et de candidats communistes aux élections législatives. Atmosphère studieuse et un objectif: discuter stratégie de campagne.

Affiche, porte-à-porte, l’effet masse, Jean-Luc Mélenchon sait qu’il le doit aux militants du PCF qui se sont ralliés, après avoir hésité, à sa candidature. Lui c’est les passages télé et les discours, la «magie des mots» qui circulent et sont repris par les uns et par les autres, la finance au pilori, la classe ouvrière réhabilitée. Tournures de phrase savantes et radicales, réminiscence d’une solide culture populaire. Engageant son auditoire à ne pas laisser dire que l’électorat communiste a viré FN, il conseille l’«humour», la «gouaille» et les «exemples précis» pour répondre à Marine Le Pen.

Sa proposition d’augmenter les salaires de 200 euros? Il dénonce un tour de passe-passe et réaffirme l’une de ses mesures phare d’un Smic à 1.700 euros. Rappelant ses positions anti-grève lors du mouvement de contestation sur les retraites, il en fait une pure représentante de l’«austérité» et de la «rigueur».

Déjà, lors de son meeting à Metz, en Moselle, le candidat du Front de gauche avait lancé l’artillerie lourde. «Ne vous abandonnez pas au parti de la haine!», avait-il tonné. Insistant: «Marine Le Pen est farouchement opposée à l’encadrement des loyers. Elle dit qu’il faut dégager de nouvelles recettes de TVA (…). Cette Madame Le Pen, qui n’a aucune espèce d’imagination, passe son temps à faire des emprunts forcés pour dire: je parle comme Mélenchon. ‘Voyez mes ailes, je suis un oiseau’. Et de temps à autres, je suis xénophobe, ‘voyez mes pattes, je suis un rat’. Cela nous fait une chauve-souris.»

Pour «démystifier» le discours du FN, Jacques Chabalier, responsable du pôle vie du parti au PCF, avait donné le ton dans la matinée au Dock Pullman: «Ne cessons, comme l’ont fait les militants communistes devant PSA Aulnay, de mettre au grand jour la nature de celle que l’on présente faussement comme proche des milieux populaires. Ne nous y trompons pas: Marine Le Pen est disponible pour une aventure gouvernementale du type de celle de la Grèce, qui vient à nouveau de décider un tour de vis libéral, de baisse des salaires des fonctionnaires en transformant le pays en vaste zone franche pour le plus grand profit des firmes capitalistes.» «La question du Front national et de son influence préoccupe beaucoup nos militants à juste raison», a-t-il reconnu, les enjoignant de s’emparer de l’argumentaire du Front de gauche «qui gagne à être connu et diffusé».

Dans la salle, en provenance de Soissons dans l’Aisne, Sébastien Lange, 35 ans, membre du bureau local du PCF, traduit avec ses mots. «Moi, aux gens qui ne voient pas la différence entre Mélenchon et Le Pen sur le social, je leur rappelle qu’elle est une fille de milliardaire à la botte du patronat.» Ouvrier dans la métallurgie, il redoute plus le discours du FN sur l’insécurité et l’immigration. «Même dans une zone rurale comme chez nous, les gens ont peur, il n’y a aucune raison, mais ils regardent TF1, les chaînes de télévision et ils s’inquiètent.»

À Jean-Luc Mélenchon, il aurait préféré André Chassaigne, de son parti, pour le représenter, mais il est satisfait de la campagne telle qu’elle est menée. «C’est quand même nous qui faisons le boulot de terrain, rappelle-t-il. Mais bon, ça se passe bien, ça prend, on l’a vu sur BFM et France 2 et maintenant qu’il emploie le terme communiste, tout va bien.»

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