La Cimade pendant la guerre d'Algérie : entre simple action humanitaire et engagement politique

Marseille, Paris, Alger. Quand débute la guerre d’Algérie, nombre d’équipiers étaient déjà engagés auprès des Algériens venus en France. Très vite donc La Cimade va mener des actions sur les deux rives de la méditerranée. Interpellée par le Conseil Œcuménique des Eglises et la Fédération Protestante de France, qui dénoncent la grave détérioration des conditions de vie de la population algérienne, La Cimade envoie une première équipe à Alger dans la cité Nador, au Clos Salembier.

 

 

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Alger. Bidonville du ravin de la Femme-Sauvage. Archives La Cimade

 

 

LaCimade7_1.jpgAu Clos Salembier, 1961

 

Puis, des équipes féminines s’installent dans d’autres régions pour assurer une présence auprès des populations déplacées par la guerre, notamment à Médéa et à Belkitane au sud de Constantine.

 

 

Ecoutez le témoignage de Mireille Desrez qui participe à la création du poste Cimade dans le camp de Médéa.

 

 

La Cimade auprès des populations déplacées. Dès le début du conflit, l’armée française crée des zones interdites pour « sécuriser » le territoire. Les habitants doivent alors évacuer les villages placés dans ces zones et trouver refuge autour des villes ou dans des camps de regroupement placés sous autorité militaire. Bien souvent, rien n’a été prévu pour les accueillir et les conditions de vie sont misérables. A l’appel du pasteur Boegner, relayé par Jacques Beaumont alors secrétaire général de La Cimade, un réseau de distribution est créé pour venir en aide aux déplacés. Des équipes Cimade s'installent alors dans différentes régions pour assurer une présence auprès des populations déplacées par la guerre, notamment à Médéa et à Belkitane au sud de Constantine. Là aussi les équipiers de La Cimade vivront dans les mêmes conditions que les familles déplacées, alors même que la société coloniale était marquée par une forte ségrégation. A Médéa par exemple, les équipiers Cimade sont les seuls européens à vivre dans des HLM pour musulmans en dehors de la ville. Cette volonté d’être présent, d’«être avec» que l’on retrouve des bidonvilles de Marseille aux camps de regroupement d’Algérie, marque l’action de La Cimade

depuis ses débuts dans les camps d’internement du régime de Vichy.

 

SKMBT_C25209071018451.jpgBelkitane, 1961. Jean Carbonare.

 

SKMBT_C25209071018430.jpgCentre de regroupement en Algérie, 1961.

 

En métropole, dans les camps d’assignation à résidence Au même moment en métropole, différents camps d’internement sont créés pour détenir les Algériens suspectés de délits politiques. Comme l’état de guerre n’a jamais été reconnu, les Algériens arrêtés étaient condamnés à partir du code pénal. Quatre camps sont créés en métropole, d’une capacité totale de 5000 personnes : le camp du Larzac (Aveyron), de Saint Maurice l’Ardoise (Gard), de Thol (Ain) et de Mourmelon Vadenay (Marne). Le pasteur Marc Boegner obtient du ministère de l’Intérieur que La Cimade visite ces camps

 

Témoigner, s’engager Dans ces camps, comme dans ceux d’Algérie La Cimade apporte d’abord un soutien matériel et moral. Il s’agit d’abord d’être présent, aussi de témoigner. Cependant, l’action de La Cimade a parfois été beaucoup plus loin qu’une simple action humanitaire, certains équipiers s’engageant pour l’indépendance de l’Algérie.

Le secrétaire général Jacques Beaumont négociait à la fois avec le FLN et avec les autorités militaires françaises. Mais les équipiers sur le terrain témoignent d’un vrai questionnement politique. Certains signeront l’appel des 121 « Le droit à l’insoumission », d’autres s’engageront, toujours individuellement, comme « porteurs de valise », beaucoup, partagés entre la lutte contre le colonialisme et l’attachement à la France ne prendront pas ouvertement position.

 


 

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