Billet de blog 5 mai 2015

Jacques Tessier
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Viveca Sten, une Suédoise sur l’île de Sandhamn

Une île, surtout quand elle est de dimensions modestes, est un lieu privilégié pour un écrivain et plus encore pour un auteur de romans policiers.

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Une île, surtout quand elle est de dimensions modestes, est un lieu privilégié pour un écrivain et plus encore pour un auteur de romans policiers.

Un espace clos, d’autant plus clos qu’il peut être coupé du monde en cas de tempête, un endroit propice à la transmission de légendes anciennes dans lesquelles chaque ilien aime croire et où se perpétuent dans les familles, au fil des générations successives, des passions cachées, des amours interdites, des jalousies qui restent dans la mémoire des habitants comme des marqueurs d’identité familiale... que peut-on rêver de mieux pour situer une histoire de passions et de meurtres ?

Dans ce roman de la Suédoise Viveca Sten, l’île se nomme Sandhamn. Elle est située sur la mer Baltique et abrite une centaine d’habitants en hiver, un peu plus l’été avec les touristes et les résidences secondaires. L’auteur, quand elle était enfant, y a passé de nombreux étés dans la maison familiale. Une maison familiale qui doit ressembler à celle où Nora Linde, l’héroïne de la série à succès de Viveca Sten, trouve refuge avec ses deux enfants, loin de Stockholm où elle vit avec son mari Henrik, alors qu’elle traverse une crise conjugale qui va perturber sérieusement sa vie.

Une jeune fille disparait mystérieusement ; un fragment de son corps est retrouvé quelques mois plus tard... et voilà l’enquête qui démarre, sous l’égide de l’inspecteur Thomas Andreasson, ami d’enfance de Nora. Celle dernière est doublement concernée par le meurtre, puisque Lina Rosèn, la jeune fille disparue, habitait avec ses parents une maison proche de la sienne et que c’est son jeune fils Adam qui a découvert le bras tranché de Lina.

L’auteur a un style efficace, les chapitres sont brefs, le suspense bien mené, et elle parvient à donner de la chair à ses personnages principaux. De façon assez classique mais plaisante, l’intrigue policière est intriquée avec la vie personnelle de Nora et Thomas. Difficultés matérielles et psychologiques d’un divorce pour la première, désir de renouer le contact avec son ex-épouse Pernilla – avec comme horizon possible une nouvelle vie commune – pour le second... la vie se fait, se défait, s’organise et évolue inexorablement...

La construction du récit est un des points forts du livre. Nous comprenons d’emblée que le meurtre plonge ses racines dans des évènements ayant débutés sur l’île un siècle plus tôt. Ces évènements nous sont révélés à travers une alternance de chapitres mettant en scène personnages anciens et contemporains. Mais qui dans l’entourage de Nora  va être concerné par cette vieille histoire familiale ? Comment et surtout pourquoi ce passé lointain peut-il avoir une influence aussi tragique sur le présent ?  Le lecteur se pose inévitablement ces questions et tente de relever le défi que lui lance implicitement l’auteur. Pour ma part, en ne découvrant la solution de l’énigme que dans les tout derniers chapitres, j’ai été bel et bien piégé par cette intrigue, très habilement construite.

Notons en passant que Viveca Sten adresse un clin d’œil amical à un autre auteur suédois contemporain. Éprouvée par la trahison de son mari, perturbée psychologiquement, Nora tente en vain de lire un roman policier écrit par un auteur qu’elle apprécie pourtant, dont l’histoire se déroule elle aussi sur une île : Öland. Celle dans laquelle Johan Theorin situe l’un de ses meilleurs récit, L’écho des morts, dans lequel il utilise cette même résurgence fatale du passé dans le présent, avec la même alternance dans les chapitres qu’utilise Viveca Sten.

De fait, avec Viveca Sten comme avec Johan Theorin, nous percevons comment la rudesse du climat, les mentalités forgées par le luthérianisme, la pauvreté, les conditions de vie et de travail difficiles des pêcheurs, ont pu susciter sur ces îles suédoises une ambiance pesante, mélancolique et parfois mystérieuse. Pour les lecteurs français, le contraste avec la mentalité des personnages de certains polars méditerranéens – même si la violence n’en est pas absente – est fort, et il nous offre un dépaysement garanti qui ajoute encore au plaisir de la lecture. Surtout quand le talent est au rendez-vous... et Viveca Sten n’en est pas dépourvue !

 D'autres chroniques et entretiens sur mon blog :  lectures et chroniques

Les nuits de la Saint-Jean
Auteur : Viveca Sten
Traducteur : Rémi Cassaigne
Edition Albin-Michel ( mai 2015)
Collection Spécial Suspense
358 pages.

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