Billet de blog 5 nov. 2015

Avec Justin Peacock, une plongée dans le monde de ceux qui se croient « Au-dessus des lois »

Jacques Tessier
Animateur du collectif un-polar
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Après le talentueux Lewis Shiner, les éditions Sonatine nous permettent de découvrir Justin Peacock, un autre grand auteur américain dont elles ont déjà publié le premier roman : Verdict.

Un jeune avocat plutôt idéaliste qui décide de prendre la défense des pauvres contre les puissants, une plongée dans les mécanismes parfois paradoxaux de la justice américaine, voilà qui peut nous rappeler les meilleurs romans de John Grisham. Et en effet, il y a bien du Grisham chez Peacock, mais un Grisham qui aurait une vision et une analyse de la société américaine plus amples, plus fouillées, plus subtiles aussi.

Ce deuxième livre explore le monde de la justice, de l’immobilier new-yorkais et du journalisme. De la première à la dernière page, l’auteur nous dévoile les rapports entre ces différents mondes, évalue leurs contradictions et leurs liens potentiellement explosifs à travers une intrigue dont le canevas impeccable nous permet de découvrir les méandres de la vie sociale et politique de New York.

Cette thématique trouve son prolongement dans les principaux personnages du roman. Duncan Riley, jeune et ambitieux avocat d’affaires dans un des plus grands cabinets de New York, se trouve placé de par son origine familiale et sociale, au cœur de certaines des contradictions fortes de la société américaine. Fils d’un syndicaliste noir et d’une assistante sociale blanche, les hasards de la génétique font que ceux qui le côtoient le prennent pour un blanc. Quant aux hasards liés à son métier d’avocat, ils l’amènent à défendre les plus riches hommes d’affaires de la ville (le cœur de son métier), mais aussi – assistance juridique oblige – à fréquenter et défendre un jeune portoricain issu, tout comme lui, d’un milieu pauvre.

Le cabinet dans lequel il travaille défend les intérêts de la société Roth Properties. La famille Roth (avec le père Simon, la fille Leah et le fils Jeremy), qui a acquis une immense fortune dans l’immobilier, souhaite achever la construction de la tour Aurora, trente-six étages d’appartements luxueux au cœur de Soho, ainsi qu’une vaste rénovation d’un quartier pauvre, la cité Jacob Riis.   

Une journaliste enquête sur des malversations perpétrées par la société de Simon Roth. La journaliste et l’avocat vont être confrontés à une vaste affaire criminelle de détournement de fonds ayant provoqué un accident mortel sur un chantier. Leurs objectifs sont opposés, Candace Snow cherchant à prouver la corruption et le crime pendant que Duncan Riley défend les intérêts des Roth. Leurs intérêts vont pourtant se rejoindre quand Riley, chargé également de la défense pro bono du jeune portoricain accusé de meurtre, comprend que le vrai meurtrier est lié à la famille Roth. Défendre ses clients dans une affaire et montrer qu’ils sont coupables dans l’autre, le conflit d’intérêts est total. Comment le jeune avocat va-t-il le résoudre ? Pris entre son ambition et des principes de justice auxquels il croit encore, embarqué dans ce conflit d’intérêt qui masque un conflit de classe, comment va-t-il réagir ?

Ce livre, à l’écriture puissante et dense,  est d’une étonnante richesse thématique. Au fil des chapitres, nous passons du fonctionnement d’un cabinet d’avocats new-yorkais au monde opaque et corrompu de l’immobilier haut de gamme, de la politique publique du logement au fonctionnement interne d’un grand journal soumis aux pressions financières des puissances économiques... Justin Peacok possède une connaissance en profondeur de la société américaine et nous la transmet avec une intelligence et un savoir-faire impressionnants. Cet auteur, dont le roman va bien au-delà des polars ou des romans à suspense traditionnels, mérite vraiment le détour !

 Au-dessus des lois
Justin Peacock (auteur)
Editions Sonatine (4 novembre 2015)
661 pages


Cette chronique est publiée aussi sur mon blog lectures et chroniques, ainsi que sur le Collectif Un-polar

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