Curieuses lectures d'été, curieuses promenades de livres entre deux livres. Le premier en juillet, le deuxième à la fin août.
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Le premier, le juilletiste, c'est le livre justement récompensé de Virginie Linhart "le jour où mon père s'est tu". Le deuxième, l'aoûtien, c'est "Ce que savait Maisie" d'Henry James, un monument de masques et de voiles des affects. Entre ces deux livres, il n'y aurait rien à voir. Il y a un siècle d'écart ou quelque chose comme ça et du sable de plage, des coquillages et des grands vents. Et pourtant.
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Comme Maisie, Virginie est prise dans une histoire d'adultes, prise en otage, prise en tenailles.
Comme Virginie, Maisie doit conduire sa vie entre les mots des uns et les mots des autres, entre les certitudes des adultes qui se brisent sur les "rochers de la vie".
Comme Maisie, Virginie doit décrypter les faits et gestes de ses militants de parents qui pensent le monde et oublie leur enfant.
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Histoires donc de deux enfants abandonnées par leur parents?
Non, Histoire de deux enfants, deux filles prises dans la tourmente des vies adultes, dans les maladies adultes, dans les amours, les perversions et les passions adultes.
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Virginie est aimée, pas Maisie.
Maisie est le centre du monde de ses beaux-parents, pas Virginie.
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Maisie, abandonnée par ses deux parents, doit choisir entre sa vieille gouvernante d'un côté, le mari de sa mère qui s'est mis avec l'épouse de son père, de l'autre.
Maisie est au centre de tous les enjeux.
Virginie n'est sûrement pas le centre du monde des militants, des intellectuels et des amis de ses parents qui battent le pavé. Lui tombent dessus d'autres beaux-parents encore plus putatifs et fantomatiques que ceux de Maisie. Marx, Lénine, Mao,...
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Chez Virginie, il y a d'autres enfants perdus dans le fracas des mots dogmatiques. Pas chez Maisie.
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Maisie triche pour se défendre. Virginie semble abasourdie.
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Et pourtant Virginie ressemble un peu à Maisie.
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Maisy dont la présence de la mère est un "abus de visibilité".
Virginie dont le silence du Père semble d'abord un abus de non-dits. Puis la maladie mentale précède la découverte de la lucidité d'un père qui sait qu'il faut qu'il s'en tienne au silence.
Maisie dont le beau-père, avec qui elle aurait tant voulu vivre, est malade de la peur de lui-même, malade de la bête dans la jungle. Maisie qui finit par découvrir la sagesse de la vieillesse à l'abris des passions, les bras de l'expérience débarrassés des paillettes et des rêves de fausses amours parentales.
Chez Maisie, il y a des tas de parents dégoulinants. Pas chez Virginie.
Et pourtant Maisie ressemble un peu à Virginie.
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