La nuit du nouveau monde, de Yves Corver

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 Cassiopée nous propose une nouvelle chronique sur la suite de Genèse de l'enfer, de Yves Corver.

 Résiste, prouve que tu existes…

 Nous sommes en 2028, les conflits inter religieux sont violents, les pays cloisonnés, les peuples conditionnés et sous surveillance.

Le pouvoir appartient à l’élite et celle-ci fuit pour s’installer au soleil, dans des résidences hyper sécurisées tout en surveillant à distance ceux qui sont restés sur place, histoire de mieux les manipuler.

Visionnaire, Yves Corver ? Qui vivra, verra… Mais il est sûr qu’il pointe du doigt des attitudes, des faits et des actes qui sont bien de notre époque et qui, si on manque de vigilance, risqueront de devenir de grosses dérives.

Que ce soit les informations déformées (la parole est muselée dans le journalisme d’investigation), l’instrumentalisation, les écrans de fumée qui sont parfois installés par ceux qui dirigent les états pour détourner l’attention, les rivalités qui peuvent être créées de toutes pièces en introduisant des  renseignements erronés que l’on présente comme vrais, la montée et le danger des extrémistes, les campagnes médiatiques pour instiller des tendances, l’évasion fiscale pour les nouveaux riches,  le fait de tirer profit des progrès de la génétique pour créer de  jeunes adultes comme ils les souhaitent…. tout cela a des accents de vérité….et ne semble pas si loin à bien réfléchir….

 C’est dans cette atmosphère « survoltée » que sont installés les personnages de ce roman. Pour ceux qui ont lu « Genèse de l’enfer » du même auteur, ils retrouveront Estelle de Jong et Stéphane Larieux ainsi que quelques seconds rôles qui ont leur importance. Stéphane a été précédemment rattrapé par son passé et son approche de la vie s’en est trouvée transformée. Il n’a plus les mêmes priorités et il souhaite protéger ceux qu’il aime. Mais rien n’est simple même lorsqu’on appartient à la crème…

 Les vagues de violence communautaires sont légion, et les grands de ce monde mettent en scène certains événements pour mieux influencer les hommes et les « monter » encore plus les uns contre les autres. Nous sommes « témoins » impuissants de cette manipulation collective…. Alors, est-ce que ce nouvel opus de Yves Corver a pour but de nous obliger à ouvrir les yeux ? Veut-il nous faire agir, résister de peur qu’un jour on se dise « trop tard » ?

 Dans ce roman d’anticipation, l’auteur dénonce par l’intermédiaire de son récit, tous les excès politiques, industrielles, économiques, humains (avec le danger d’un gouvernement européen autoritariste, etc…. ) Les hommes « ordinaires » n’ont plus de « vie », ce sont ceux de l’élite qui détiennent la « toute puissance ». Facile alors de ne donner que le minimum alimentaire, de droguer l’eau à la source pour planifier le futur comme on le veut…

 Heureusement, dans l’ombre, la révolte gronde… Certains ont décidé de ne pas baisser les bras, de garder leur libre-arbitre quels que soient les risques associés. Les ramifications de ce petit groupe dans les pays d’Europe sont là mais attention le jour où les dirigeants décident de « suspendre » toutes les formes de communication modernes (internet, téléphone …, comment vont-ils s’en sortir ?  Et là, on se prend à frissonner dans notre canapé…. Et si ça arrivait ? Est-ce qu’ « ils » pourraient faire ça ? Comment pourrais-je vivre sans mon mobile et sans mon ordinateur ??

 Le sujet est grave mais on reste dans un roman alors parfois on se sent bêtement soulagé… L’écriture est fluide, le rythme rapide avec des actions bien décrites, sans temps mort. Le texte est hautement addictif, les individus bien campés même s’il y a une petite tendance manichéenne. On peut, éventuellement regretter, que les sujets traités ne soient pas plus approfondis mais on est dans le domaine du roman, du loisir et le message de l’auteur est suffisamment explicite….

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