Genèse de l’enfer, de Yves Corver

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Voici la chronique d'un livre de Yves Corver, qui nous est présenté par  Cassiopée. Anticipation critique de nos sociétés profondément inégalitaires, ce roman se situe dans le fil de celui de Stépahanie Aten, présenté sur Médiapart voici quelques mois : la 3E guerre.

 Si loin, si proche…

 2027 ? C’est dans peu de temps finalement …

 Yves Corver signe là un roman d’anticipation qui peut être comparé à une piqûre de rappel si nous oublions que nous devons vivre avec les autres, que nos différences sont nos richesses et que l’avenir nous appartient pour peu que nous ne gâchions pas tout en faisant n’importe quoi….

 De là à penser que ce qu’il décrit pourrait bien arriver un jour …. Brrrrr….

 Après les attentats d’Ibiza en 2027, Paris est « cloisonné », les habitations et alentours  des « riches » sont protégés ; tout ce beau monde vivant en zone sécurisée. Les sociétés privées de surveillance sont légion. C’est à la tête de l’une d’elle que Stéphane Larieux a fait fortune.

 Les quartiers « à risque » sont soigneusement contrôlés. Tout y est géré, à distance, par l’élite de la nation (en lien avec quelques sbires sur place qui restent en contact régulier avec elle), jusqu’à la nourriture, éventuellement un peu droguée et trafiquée pour certains afin que les hommes et les femmes restent faibles et dociles, des fois qu’ils aient des envies de rébellion.
« […..] sans le cloisonnement entre les quartiers……enfin…..je préfère ne pas y penser. »

 Vu comme ça , pas besoin de faire un roman, après tout, chacun chez soi, ça roule et basta, même si ce n’est pas l’égalité, ni la justice, c’est ainsi. Sauf que, les attentats d’Ibiza sont restés dans les mémoires et les nantis ont peur. Un vaste projet de construction immobilière dans des îles calmes, ensoleillées, hyper sécurisées et où « vous ne trouverez que des gens comme vous » est mis en place.  Seuls les très fortunés y auront droit et les places sont chères et malgré tout prises d’assaut….

 Partir, ne pas partir, fuir le risque potentiel de débordement et aller là-bas ? Quelques uns se questionnent, d’autres ont déjà fait leur choix… C’est ainsi que Stéphane, qui est également détective privé, est sollicité par une famille dont le fils, qui a payé pour « une place au soleil », a disparu. Parallèlement, Estelle de Jong, son ex-femme, commissaire divisionnaire, est chargée d’une enquête délicate, impliquant des « haut placés ».

 Bien entendu, même si cela paraît un peu facile, les deux anciens conjoints vont se retrouver à mener leurs recherches où des points communs vont apparaître, ce qui va leur permettre de se retrouver. Tout cela ne sent pas bon du tout, malversation, détournement de fonds, scandale, magouille et compagnie auxquels sont mêlés  des hommes qu’il ne faut pas trop mettre en avant car ils sont « protégés »…..

 C’est à travers le regard et les activités deux ex époux que l’on va découvrir une société où les grands de ce monde pensent que « La nature, que Dieu a créé, nous enseigne que les faibles n’ont pas d’autres choix que de se plier à la loi des plus forts. » Pour eux, les relations sont actées de cette façon et s’il n’y avait pas quelques hommes pour parler d’égalité, ce serait beaucoup plus simple, chacun acceptant son statut avec une cohabitation possible. Idée de folie des riches ?

 Menée de main de maître (pour un premier ouvrage, ce n’est pas si mal), les événements s’enchaînent, se déchaînent, et le lecteur est tenu en haleine par le suspense qui s’installe et monte au fil des chapitres. C’est angoissant, parce qu’on se dit qu’il en faudrait peut-être peu pour avoir de telles dérives et ça fait froid dans le dos.

 Heureusement, au fur et à mesure, Stéphane semble prendre conscience de  son statut d’Homme (avec un grand H) et il évolue dans son approche de l’autre. De quoi espérer en l’Homme ?

 Les esprits chagrins pourront souligner des personnages un peu manichéens, des questions restées sans réponse et une fin déstabilisante (mais c’est voulu et elle donne une autre approche du contenu….) mais il n’en reste pas moins que ce livre se lit d’une traite, qu’il vous prend dans ses rets et ne vous lâche qu’une fois la dernière page tournée (mais il reste bien présent en vous car je le redis : brrrrrr….)

Cassiopée

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