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Billet de blog 22 juil. 2016

Relations père-fils et voyage initiatique :«Dans les pas du fils» de Denis Labayle

Manquerait-il à l’Occident un rite de passage à l’âge adulte, comme en connaissent plusieurs peuples du monde et tout particulièrement quelques tribus chamaniques ? C’est en tout cas la conviction de Renaud qui, regardant avec consternation l’évolution de Tom, son ado de fils, ne peut que prendre acte du désastre que constitue (selon lui) l’éducation de celui-ci.

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Entre eux, le moindre mot ou la plus petite remarque peuvent être source de conflit : ils sont deux écorchés vifs qui rivalisent de violence verbale et sont toujours à deux doigts de la violence physique.

Que reste-t-il à faire pour redresser la barre quand plus rien n’a marché, quand toutes les structures éducatives officielles semblent impuissantes à donner à un jeune homme de dix-sept ans des repères stables, des objectifs à atteindre, quand celui-ci ne parvient pas à décider ce qu’il veut faire de sa vie ? 

Renaud, qui a déjà effectué un long voyage solitaire en Sibérie et en Mongolie va proposer à Tom un voyage initiatique de trois mois au Kirghizstan, « un pays de steppes et de montagnes où une grande partie de la population vit en semi-nomade ». Défi supplémentaire : puisqu’aucun des deux n’a l’expérience de l’équitation, ils voyageront à cheval dans les immenses steppes d’Asie centrale, sur les traces des caravanes de la route de la soie.

Comme il était prévisible, cette aventure va durablement marquer les deux protagonistes. Renaud et Tom racontent, en alternance de chapitres, ce qu’ils ont vécu ; comment les difficultés rencontrées (avec des situations qui frôlent parfois le drame), et surmontées plus ou moins bien, ont peu à peu modifié leur relation et leur perception de l’autre.

Ce livre est le récit de ce périple agité, tumultueux, riche en aventures diverses. Il est aussi le témoin de l’évolution des deux personnages, aussi bien dans leurs liens affectifs que dans leur rapport au monde. L’écrivain Denis Labayle, auteur du remarquable Noirs en blanc, a choisi pour l’écrire d’alterner les deux voix, celle du fils et celle du père, sans privilégier l’un par rapport à l’autre, sans complaisance ni dénigrement. Au début de l’histoire, nous avons d’un côté la conviction qui est celle de Renaud que sa plus grande expérience de la vie lui donne raison face à son fils, nous voyons son autoritarisme sans compréhension, son manque d’écoute et d’empathie, ses contradictions entre ses discours et ses actes, tout cela tempéré par sa volonté de donner à Tom toutes ses chances et de sauver leur relation... De l’autre côté, celui du fils, ce sont des réactions violentes et excessives, aveuglé qu’il est par ses relations conflictuelles avec ses parents qui prennent le pas sur tout le reste, y compris la construction positive de sa propre identité et sa projection dans l’avenir.

Si ce livre parle de l’éducation, il s’agit d’une éducation réciproque. La vie quotidienne avec les chevaux, qui vont être pendant trois mois leurs compagnons, leurs seuls moyens de transport dans une nature qui sera parfois hostile va être un élément central dans l’aventure. Il faut veiller sur eux, les apprivoiser, des rapports affectifs se créent mais peuvent aussi se dénouer si l’on n’y prend pas garde. Dans ce domaine où chacun des deux a une expérience identique et minimale (un stage d’initiation quelques jours avant leur départ pour le Kirghizstan), le père et le fils sont à égalité. Si Tom, au début de l’aventure, rechigne et traîne des pieds, il va se révéler et montrer qu’il peut être celui qui maitrise le mieux certaines situations difficiles. Renaud était parti avec l’idée qu’il allait être l’initiateur de son fils dans ce voyage. Il va finalement comprendre et admettre sa part de responsabilité dans l’état de leur relation, et c’est lui qui finira par mettre ses pas dans les pas de son fils. Cette éducation réciproque qui se tisse à travers cette expérience commune nous montre comment, quel que soit notre âge, la vie peut nous apporter quelque chose de nouveau sur les autres et sur nous-mêmes si nous gardons un esprit ouvert et conservons notre désir d’apprendre.

Denis Labayle nous propose là un livre passionnant, qui se lit comme un roman, sans aucun didactisme, une aventure humaine qui ne cherche pas à enjoliver ou à magnifier, mais qui donne à voir toutes les difficultés de l’expérience. Un stimulant pour la réflexion de tous ceux qui se heurtent aux difficultés de la relation parents-enfants. Il semble qu’ils sont nombreux !

Dans les pas du fils
Denis Labayle (avec Renaud et Tom François)
Editions Keros (2016)

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