L'école fondamentale

Condorcet pensait que l’école commune constituait un plancher pour les futurs citoyens. Comment éviter qu’elle ne devienne un plafond pour certains de nos élèves ?

Condorcet pensait que l’école commune constituait un plancher pour les futurs citoyens. Comment éviter qu’elle ne devienne un plafond pour certains de nos élèves ?

Le bilan actuel est accablant : notre école réussit plutôt bien pour 50% seulement de nos élèves. Elle a réussi sa massification, mais l’enjeu démocratique que cette dernière contenait n’a pas été atteint. Si l’école primaire réussit encore tant bien que mal à donner des bases aux enfants de ce pays, le collège est pris dans un étau : donner un enseignement à tous les élèves et en même temps opérer une sélection pour l’entrée au lycée. Et pour ce qui est de l’école primaire, on peut dire que sa situation s’est dégradée de manière continue : un professeur des écoles pour 25 élèves en moyenne, des dépenses inférieures de 15% au reste de l’Europe, le CP vécu par les parents comme une véritable classe préparatoire … L’indispensable et salutaire mise en place du socle commun de connaissances et de compétences se fait sans formation des maîtres qui sont noyés sous les injonctions, les référentiels, les évaluations, les diagnostics …
Que faire ?
La volonté politique doit être réaffirmée de promouvoir une école démocratique qui donne les mêmes droits à tous les élèves de 3 ans à 16 ans minimum. Cette volonté politique doit tenir compte des acteurs de terrain : enseignants, parents, collectivités territoriales et associations d’éducation populaire qui peuvent réaliser l’ école commune.
La première réflexion concerne le temps éducatif de l’enfant, ou rythmes scolaires : nos enfants passent en moyenne 40 à 50h par semaine dans un lieu éducatif. L’école doit se rappeler que l’enfant apprend ailleurs que dans ses murs et que les politiques éducatives locales sont à prendre en compte au sein de l’école.
L’école primaire et maternelle doit être la priorité absolue : c’est là que les moyens humains sont à déployer en toute urgence.
L’école maternelle surtout : les enfants doivent y avoir accès dès 3 ans ou plus tôt si possible en particulier dans les milieux populaires. La scolarisation précoce est un facteur déterminant de socialisation pour les enfants vivant dans des familles fragilisées et défavorisées. La maternelle est le lieu de la découverte de soi, de son corps, des autres, de l’espace, de l’apprentissage du langage. On l’a transformée en antichambre du primaire.
Pour les moyens humains, plus d’enseignants que de classes permettrait de pratiquer une pédagogie différenciée et non discriminatoire au sein de la classe
Le socle commun de connaissances et de compétences doit être la base de l’enseignement primaire et secondaire et mettre en accord les programmes de l’école et du collège, prévoir des budgets communs, permettre des pratiques pédagogiques communes. La continuité éducative, le langage commun donneront du sens aux apprentissages des enfants.
Les missions des enseignants évoluent. Le travail en équipe, la fonction de conseil auprès des élèves, l’accompagnement, l’aide à l’orientation font partie du métier. Il faut que ces fonctions soient reconnues et fassent partie de leur temps de travail pour permettre aux professeurs de les exercer dans la sérénité.
Une réorganisation du collège unique est à penser dans la continuité du primaire : programmes et pratiques pédagogiques.
Cela sous-entend une partie de formation commune aux enseignants des deux degrés, mais aussi à tous les acteurs éducatifs. Cette formation initiale doit recouvrir plusieurs champs : scientifique, didactique, sciences de l’éducation, avec des période de stage : un apprenti-coiffeur part en stage, pas les nouveaux enseignants ….qui désertent les concours. Comment surtout penser que les enseignants de demain ne disposent d’une solide formation pédagogique leur permettant de gérer des classes hétérogènes et de travailler en équipe autour d’objectifs ambitieux ?
L’enjeu est de taille et engage l’avenir de notre pays et le choix entre deux sociétés : individualiste, basée sur la compétition et l’inégalité, ou une société composée d’individus autonomes, solidaires et respectueux les uns des autres. L’école est une des bases fondatrices de cette société.

Marie-Claude Cortial, Présidente d’Education et Devenir, Membre du Comité national Education de la Ligue de l’enseignement
Jean-Michel Zakhartchouk, enseignant en collège Eclair, rédacteur aux Cahiers pédagogiques et auteur de nombreux ouvrages sur la pédagogie, la culture et le socle commun.

 

 

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