Pour un service public de la petite enfance

Les enfants: mal élevés, même les petits n’obéissent plus, ils sont agressifs et bruyants; ils n'écoutent plus, font ce qu’ils veulent… Les parents? Inconscients, démunis ou mal informés?

 

La faute à ces mères qui travaillent et ces pères qui n’ont plus d’autorité. Les parents passent tout à ces enfants qui sont des heures, jour et nuit, devant la télé ou avec leurs consoles de jeux. Il n’y a plus les grands parents ou la parenté (oncles et tantes) dans des familles recomposées.
Et encore: Je vais avoir un bébé! Je pleure de joie et/ou d’inquiétude? Qui va le garder quand il sera malade? Qui va me dire comment le faire taire quand il va pleurer la nuit? Ma sœur, elle a une nounou mais c’est trop cher moi je gagne le Smic
Qu'est-ce qui a changé en une génération? Tout. Du travail? Il y en a de moins en moins. Le chômage que l'on subit, le pouvoir d’achat qui continue de baisser même quand il y a un salaire, la précarité qui se développe. Le risque de se retrouver sans électricité en plein hiver alors que l’on paye le loyer et de quoi nourrir les enfants d'autant plus exigeants matraqués quotidiennement par les pubs, les affiches, les chanteurs...
Le délitement de structures (crèche, PMI, Centre social...) ne permet plus un accompagnement et un suivi réguliers dans des situations très diverses selon les lieux, les milieux de vie.
Or la petite enfance est une question sociale vitale qui détermine pour beaucoup l'avenir de chacun et chacune.
La petite enfance est ce moment d’éveil au monde qui conditionnera en partie l’adaptation à la complexité des situations: les sollicitations verbales et gestuelles, l’imitation, le jeu et les interactions avec l’environnement sont essentielles à la maturation physique, affective et mentale. C'est la période où la prise en compte des particularités de chacun selon ses besoins pour son épanouissement personnel, affectif, physique et en même temps en faire un «être sociable» pour acquérir des compétences spécifiques à l’espèce humaine: les langages (verbal, non verbal).
Les besoins globaux de l'enfant aux plans nutritionnels et de santé (hygiène, sommeil, restauration, environnement affectif) comme aux plans culturels et corporels doivent être satisfaits, partagés et pris en charge par l'ensemble des intervenants, avec les familles.
Des besoins multiples qui relèvent de domaines variés et des politiques de protection et de prévention de la santé publique, de la famille, de la justice, du travail, de l'éducation et de la culture. La mise en cohérence de ces politiques est aujourd'hui une urgence vitale. Elle impose une articulation entre les lieux et dispositifs existants (crèches, haltes, modes de garde, PMI, école...) et les intervenants de ces dispositifs dont les parents sont les premiers partenaires éducatifs.
Les associations et les collectivités offrent des moyens de suivi, insuffisants au regard de la complexité de besoins qui n’ont pas le temps d’être finement analysés et adaptés à un suivi à la fois individuel et collectif.
Seul un service public de la petite enfance (de la naissance à 6 ans) peut répondre à ces nécessités, en offrant un service de proximité coordonné et souple pour satisfaire les besoins latents ou exprimés par les familles.
Un tel réseau d’intervention petite enfance (RIPE) agissant dans la continuité mais assumant aussi des «ruptures» ponctuelles (liées à l'âge et au développement individuel) pour s’adapter au rythme des enfants (aller à l’école le matin, dormir à la crèche l’après midi par exemple). Un fonctionnement coopératif, mutualisant les compétences et les formations, privilégiant la transversalité dans les modes d’information aux parents (prévention, sensibilisation, participation) et aux activités des enfants (ludiques, sociales, scolaires..).
Les collectivités organiseront ce service public pour apporter à la population locale les structures, les lieux d'écoute, les dispositifs d'accueil, les structures d'éducation, les centres de soin, les formes d'accompagnement nécessaires.
Les coopérations entre associations et institutions seront impulsées, les échanges entre professionnels et familles seront favorisés, les réseaux d'information et d'accueil des parents seront encouragés dans le cadre des projets éducatifs territoriaux. La formation de l'ensemble des éducateurs professionnels, intervenant dans la petite enfance, comportera une part importante de formation commune pour comprendre et s'adapter aux différents publics plus complexes, plus fragiles ou subissant des désavantages physiques ou mentaux. Les différentes politiques publiques concernant les enfants et les jeunes seront coordonnées au plan local.
Les écoles maternelles qui constituent le premier cycle de la scolarité obligatoire (cycle 1 d'une Ecole première fondamentale) participeront de ce service public. Accueillant les enfants à partir de 3 ans, elles pourront, dans le cadre des continuités éducatives entre les différents lieux d'accueil et selon les conditions locales (notamment sociales et développement des enfants) accueillir les 2/3 ans. Elles se coordonneront (en liaison avec les institutions concernées CAF-DAS-EN…) avec les crèches et autres modes de garde pour cet accueil (ou non) en fonction des besoins et possibilités de chaque enfant et selon des modalités définies localement ("classes passerelles" par ex).
Selon les possibilités locales, la proximité sera recherchée, par exemple centre de petite enfance ou regroupement dans le même ensemble architectural, école élémentaire et maternelle, crèche, lieu d'accueil des assistantes maternelles et parents, aire de jeux, antenne d'information ,avec un logement de gardien.


Jean-Claude Guérin, Inspecteur Général Honoraire, membre du Comité national éducation de la Ligue de l’enseignement

 

 

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