« Le salaud ! »

C’est un cri du cœur poussé par Sandrine Le Feur, députée LREM du Finistère, à l’encontre du ministre Stéphane Travert.  C’est comme un trop plein qui déborde, un trop plein d’amertume, un trop plein de colère et d’exaspération face au mensonge permanent, à la trahison, à l’injure faite à la vie, à une forme d’autisme incroyable qui refuse la réalité.

Trop de concessions, trop de reniements, trop de renoncements, trop d’hypocrisie, trop de double jeu . . .  « le salaud » !

Stéphane Travert est le ministre de l’agriculture industrielle ;  le monde agricole qu’il défend est celui de l’agro-industrie, de l’agro-chimie, celui qui gangrène le vivant, qui le formate, qui le brevète, qui l’exploite jusqu’à l’épuisement. C’est un  monde qui est obligatoirement condamné mais qui veut nous entraîner avec lui, un monde sans avenir qui s’obstine à nous boucher l’horizon.  Pour Stéphane Travert, le glyphosate n’est, d’après l’OMS, qu’un cancérogène probable.  Alors, le doute ne peut profiter qu’aux industriels ; il préfère accorder sa confiance aux ingénieurs et technico-commerciaux de Monsanto,  qui nous vendaient il y a quelques années encore le glyphosate comme un produit propre et biodégradable,  plutôt qu’aux scientifiques indépendants   du Muséum national d’histoire naturelle ou du CNRS (Lire ici le journal du CNRS au sujet de la perte de biodiversité)

Avec la nouvelle loi « agriculture et alimentation », les  agriculteurs de la FNSEA  sont contents, leurs  cultures pourront continuer à être « propres », domestiquées, soignées et dopées avec l’aide du glyphosate et de toute une phytopharmacie moderne,  en ordre de production standardisée et spécialisée,  sans herbe folle. Les rampes de traitement continueront à se déployer allègrement sur les champs, vogue la galère !

Avec Stéphane Travert, le « négationnisme écologique »* va bon train,  la nature peut continuer à être salopée, écrabouillée, martyrisée, et  la sensibilité animale ignorée.  Dans les usines de production de viande,  les porcelets pourront être castrés à vif et les poussins broyés, il n’y aura toujours pas de caméra afin de prévenir les mauvais traitements et les souffrances infligées.  

« Le salaud ! »,  un cri d’exaspération pour ce qu’il fait et pour ce qu’il ne fait pas, pour toute sa politique environnementale et sociale qui continue à éliminer les paysans pour les remplacer par des fournisseurs industriels  dépendants et asservis.

« Le salaud !»,  s’est exclamée Sandrine Le Feur.

Sandrine Le Feur, députée LREM,  est une agricultrice en biodynamie. Elle pratique et défend une agriculture qui se situe aux antipodes du modèle favorisée par le ministre Travert : pas de traitement chimique, pas de rendements intensifs,  pas de machinisme à outrance, pas de recherche effrénée de productivité,  tout doit se faire en respectant et en favorisant l’expression de la nature. Avec leurs tisanes de plantes, leurs infusions, leurs cornes de vache pour féconder et stimuler les énergies, les paysans qui cultivent en biodynamie passent évidemment pour des indiens, des poètes improductifs,  auprès de tous ceux qui n’ont que des chiffres et des protocoles de traitement dans la tête.

Stéphane Travert et Sandrine Le Feur font tous les deux partie de la majorité présidentielle, ce sont tous les deux des soldats de la Macronie.  Comment est-ce possible ? Comment deux personnes aux visions si différentes voire opposées dans le domaine agricole, domaine essentiel par les enjeux environnementaux et sociétaux qu’il porte, peuvent-elles cohabiter dans une même formation ?  Il y a là un mystère qui est sans doute dû aux ambigüités de la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron qui a réussi  à capter des électorats antagonistes  en prétendant mobiliser les énergies pour sauver la planète et  la transformer dans le même temps en vaste zone commerciale.  Le macronisme est une escroquerie. Comme toute escroquerie, c’est avant tout un discours attrayant. Mais la réalité de la politique gouvernementale finit par dessiller les yeux les plus rêveurs. Récupérée, lessivée par le greenwashing libéral, l’écologie portée par Nicolas Hulot n’est qu’une prise de guerre, un logo mercantile sur l’étendard présidentiel. On ne peut avoir le productivisme agricole, les fermes usines, la chimie à tous les étages   et « en même temps » une alimentation saine et un environnement respecté. Sandrine  Le Feur, par excès de confiance et d’optimisme,  n’avait sans doute capté et retenu qu’une partie du discours, c’est le pari de tous les escrocs.

Mais quand les escrocs mettent aussi en jeu l’avenir des générations futures, ce sont aussi des salauds.

*selon l’expression de Yannick Jadot

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