Un tweet qui fait pschitt

Après la décision de l'UE de renouveler l'autorisation du glyphosate pour 5 ans, le Président a tweeté, mais ce tweet médiatique n'est qu'une opération de communication camouflant une politique qui privilégie le commerce à la santé des consommateurs et à la protection de l'environnement.

 

Après la décision de l’Union européenne, prise à la majorité qualifiée, de renouveler pour 5 ans l’autorisation du glyphosate, notre Président a tweeté, un tweet énergique et écologique pour se désolidariser de ses partenaires européens et annoncer la fin du glyphosate sur le territoire français, un tweet annonciateur d’une rébellion, d’une campagne salvatrice, de campagnes libérées d’un envahisseur omniprésent.

Mais comment qualifier l’attitude d’un chef de guerre  qui avant de livrer bataille  fournirait à l’ennemi les armes lui apportant un avantage décisif ? Toutes proportions gardées, c’est bien  la situation dans laquelle se retrouve Emmanuel Macron qui entend interdire le glyphosate en France d’ici 3 ans en ayant accordé au préalable à Monsanto ou à Bayer ( puisque les deux sociétés sont en instance de fusion) la possibilité de faire condamner la France pour cette décision devant un tribunal arbitral.

La règlementation européenne (qui, depuis le traité de Maastricht, vise notamment à garantir  la libre circulation des marchandises)  offre déjà aux entreprises un maquis juridique propice à la protection de leurs intérêts et profits face aux revendications égoïstes des citoyens et des consommateurs. Mais l’arsenal des outils dont disposent les multinationales pour dénoncer des mesures entravant le commerce au sein de l’UE s’est encore étoffé depuis la signature du CETA, l’accord de libre-échange entre l’UE et le Canada(lire ici). En refusant de remettre en cause ce traité, la France s’expose désormais à des recours potentiels devant un organe arbitral ( le « Système de Cour sur l’Investissement ») pour toute décision qui n’assurerait pas aux multinationales étrangères un accès au marché national libre et identique à ceux des autres pays de l’UE. Les termes du traité imposent en effet via le dispositif de coopération règlementaire de « faire en sorte que les mesures sanitaires des parties ne créent pas d’obstacles injustifiés au commerce ».

Dans ces conditions, le bras armé de Jupiter n’effraie plus grand monde ! La FNSEA manifeste sa mauvaise humeur mais elle dispose dans son jeu de quelques cartes-maîtresses aimablement fournies par le gouvernement et l’UE(lire ici). Stéphane Travert, le ministre de l’Agriculture, a d’ailleurs déclaré que, « de manière factuelle », il avait « pris acte de ces 5 ans ». Le Président peut bien tweeter mais  ce n’est rien d’autre que  du bruit médiatique, un bruit qui couvre son inconséquence passée. Le CETA  autorise de facto l’importation de produits traités au glyphosate (ou avec d’autres biocides non autorisées en Europe) et  compromet désormais toute action politique volontariste pour éliminer cette molécule  mortifère de notre paysage agricole à court terme. 

Dans d’autres domaines, Emmanuel Macron se montre plus avisé. Ainsi, en matière d’immigration, a-t-il prévu, ainsi que l’atteste son programme (1) , de mettre en place  les dispositifs permettant de barrer la route aux migrants.  En traitant à la source les flux migratoires, il peut ensuite tenir un discours faussement humaniste et généreux devant la communauté internationale et se permettre de donner la leçon aux africains. La France demeure une terre d’asile mais le refuge devient inaccessible, derrière des murs infranchissables.

A contrario, Emmanuel Macron communique sur l’interdiction programmée du  glyphosate et des  insecticides néonicotinoïdes mais il s’est rendu complice de toute une série de mesures qui facilitent la commercialisation et la diffusion de ces produits.

Les lobbies et leur organe de représentation, la Commission européenne, peuvent afficher sans vergogne leur satisfaction et déclarer au sujet du renouvellement de l’autorisation du glyphosate  : « La proposition adoptée aujourd’hui regroupe le plus large soutien possible de la part des États européens, tout en assurant un haut niveau de protection de la santé humaine et de l’environnement dans l’Union européenne. ».

La dictature des marchés est solidement établie et le tweet de Macron ne peut que faire pschitt.

                                                                                                                  

(1) Nous développerons des accords globaux avec les principaux pays de départ et de transit des migrants, fondés sur une aide au développement, l’installation de points de contrôle dans ces pays avant l’arrivée dans l’UE, l’aide à la lutte contre les passeurs et le retour des migrants non autorisés à entrer dans l’UE. Le respect de ces engagements sera vérifié lors d’une conférence annuelle et conditionnera le montant de l’aide au développement.

 

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