Billet de blog 22 avr. 2012

Prévention agricole : ouf ! on respire…

helene duffau
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Dans les pages du Journal de la moderne tyrannie, un article au sujet des pesticides. 

2 février 2011 : Prévention agricole : ouf ! on respire…

Publié le 2 février 2011 par hd

Sous l’impulsion de De Gaulle, les années 1950 ont connu le grand chambardement des projets agricoles, agriculture et élevage industrialisés. Les pratiques à l’ancienne se sont vu remplacer par les pratiques dites modernes où le tout chimique et synthétique a pris le pas sur le fumier et autre élevage raisonnable.

Bien sûr, les privations de la récente guerre incitèrent à produire pour ne jamais plus manquer. Car un pays sorti vainqueur d’un conflit d’une barbarie sans nom ne pouvait laisser son peuple avoir faim, comme cela avait pu être le cas pour les prisonniers affamés dans les camps de concentration, les soldats rarement nourris suffisamment, les gens des villes qui connaissaient le rationnement. À une époque où le chef de l’État avait pour préoccupation l’autonomie alimentaire du pays qu’il dirigeait, il s’agissait par ailleurs de devenir autosuffisant.

Alors, la France est devenue le grenier à céréales de l’Europe, comme cela avait été énoncé politiquement, cependant que la Bretagne devenait elle l’usine à viande nationale, voire internationale. Les fabricants de tracteurs ont inventé de nouvelles machines capables de suivre cette marche forcée, débarrassant les campagnes de la main-d’œuvre pour rendre les journaliers et autres travailleurs des champs disponible à la ville pour l’usine.

Le productivisme édicté par le traité de Rome a conduit à la surproduction, aux gâchis, à l’aberration d’une industrialisation forcenée, à l’exode massif de population vers les villes, laissant les campagnes quasi désertes, ce qui valait sans doute mieux compte tenu des cochonneries qui étaient épandues sur la terre plusieurs fois par an.

On connaît aujourd’hui les ravages de cette politique agricole dont je comprends qu’à l’époque, elle prit également à sa charge de contribuer à écouler les stocks de défoliants et autres produits chimiques utilisés pour les bombes. Des stocks que la récente guerre, toujours, avait augmentés et que les paysans poussés à devenir agriculteurs entrepreneurs allaient utiliser, savamment conseillés par les chambres d’agriculture et la banque agricole dont les profits vont bien, crise oblige !

La rumeur raconte volontiers que, parce qu’ils n’avaient pas été formés à l’utilisation des produits dangereux qu’ils manipulaient et dont on taisait encore la toxicité, les agriculteurs eurent pendant des décennies la faculté d’en rajouter aux doses préconisées, car, comme dit l’adage, « il vaut mieux trop que pas assez », ou, en d’autres maux (c’est à dessein) « mieux vaut prévenir que guérir ». Quelle sagesse…

Au fil des années, les cas de maladies professionnelles se sont multipliés : allergies, maladies respiratoires, problèmes cardiaques, morts prématurées sont devenus le lot de nombreux agriculteurs. Je ne mentionne pas en maladie professionnelle le suicide dont le monde agricole connaît de nombreux cas savamment tus.

La profession reste discrète, comme tenue au secret. Les médias en font peu de cas alors qu’elle est à la base de la chaîne alimentaire. On voit de temps à autres un agriculteur interviewé et la personne rebat les clichés de la ruralité, très terroir et bon sens personnifiés. Un comble pourtant face aux people qui n’apportent rien ou si peu à la société en dehors des clichés là aussi rebattus, comme ceux de la répartition convenue des rôles hommes-femmes, dont l’espace médiatique est rempli à saturation !

Aujourd’hui, la démonstration que les pesticides sont dangereux n’est plus à faire. On sait à quel point leur utilisation ruine la terre, l’humus, artificialise le sol, le rendant improductif sans l’apport de nouveaux pesticides. L’agriculture est asservie aux chimiques de synthèses, une industrie florissante qui cherche à implanter les organismes génétiquement modifiés (ogm1), tentant de faire une fois encore, croire en leur innocuité alors que le recul et les expérimentations ne sont pas suffisants pour rendre la démonstration probante.

Pour ma part, je n’ai jamais pu croire que des produits défoliants inventés pour massacrer l’être humain pouvaient être dociles voire inoffensifs une fois épandus sur le sol. C’est une lecture très simple, plutôt évidente, que je rapproche de celle que je fais du nucléaire et de sa fission atomique productrice de déchets extrêmement toxiques, dont l’industrie atomique omet de mentionner la dangerosité (le fameux mensonge par omission), faisant croire en la panacée de la méthode…

On sait aussi combien les pesticides de synthèse sont volatils. À l’épandage, ils se transportent au-delà des plaines et des vallées jusqu’au sommet des montagnes et polluent bien loin des champs. On connaît aussi leur responsabilité dans la pollution des eaux que l’Europe enjoint de « réparer » et de préserver pour l’avenir.

Alors aujourd’hui, tout change ! Les professionnels de la toxicité fabriquée en usine française et conseillés par les chambres agricoles en échange de subventions à la profession (ce qu’on appelle communément la PAC2 ou politique agricole commune) sont en voie de formation3. Il était temps, non ? 

Où l’on verra également que l’évolution du langage concerne aussi les pesticides de synthèse. Auparavant nommé produits « phytosanitaires », ils sont subitement devenus produits « phytopharmaceutiques ». Voudrait-on nous dire là que la terre est malade et que ces bons produits la soignent ? Malade des produits phytosanitaires, soignés par les mêmes devenus phytopharmaceutiques ? De qui se moque-t-on ?

Notre prétendue modernité (comme les eaux des rivières) est malade de sa sur-médication (la France est le plus grand consommateur d’anxiolytiques qui se retrouvent dans les eaux des stations d’épuration, donc dans les rivières3bis), et l’industrie agricole joue, sur les mots, au docteur du sol…

Par ailleurs, il suffit d’aller voir là http://www.ogmdangers.org/intro/video/index.htm, cliquer sur le film Monsanto, pour comprendre que l’industrie prend des risques avec la santé publique, l’avenir du vivant. Probablement une des raisons pour lesquelles certains stockent des semences4 pour protéger la diversité génétique, en coffre fort, mais surtout pas en plein champ ! On peut alors imaginer qu’une fois la planète entière dévastée par les plantes mutantes, on aura sans doute dans les bunkers de quoi replanter des plantes saines au autres variétés « anciennes » qui se vendront à prix d’or.

Et les semenciers organisés en firmes internationales se déclareront les maîtres du monde parce qu’eux, et eux seuls, auront de quoi nourrir les habitants du monde.

Au fait, qui déjà fabriquait le Zyklon B5 utilisé pour gazer dans les camps ? ou bien encore l’agent orange dont le Vietnam a été couvert6 pendant la guerre ?

Et ces firmes voudraient faire croire en leur bienveillance, leur générosité envers l’humanité ? Qui peut encore avaler ça sans avoir envie de vomir ?

Depuis 2006, un arrêté réglemente la pulvérisation des pesticides synthétiques7. Ouf ! on respire…

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