Service national universel et droits de l’enfant

La nouvelle est tombée récemment : Obligation pour les jeunes de 16 ans, durant 15 jours de «se consacrer à des missions d'intérêt général». il fallait bien s’y attendre :

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Investir quelques 3 milliards d’euros par an de deniers publics, sans retour sur investissement  en période de sobriété budgétaire serait un pur suicide économique, l’Etat a donc fait son calcul : «deux semaines seront consacrées à une mission d'intérêt général.» (1) Si on multiplie ce temps par une classe d’âge de 800 000 jeunes par an, nous avons une belle tranche de main d’œuvre gratuite. Bien sûr Gabriel Attal Secrétaire d’Etat chargé de piloter le S.N.U  n’emploiera jamais le terme grossier de travail obligatoire, il parlera plutôt  de «mission d’intérêt général», de «phase de formation aux valeurs de la République», d’«expérience de l'engagement», de «stage de citoyenneté» et d’ autres formules d’édulcoration. Il est donc à prévoir que les jeunes seront orientés durant la période de leurs vacances scolaires vers le monde associatif, dans des secteurs aussi variés que l’environnement, le social, l’humanitaire, l’éducation populaire etc Qu’en pensent ces associations ? Qu’en pensent leurs syndicats ? Au-delà du problème de la rémunération de ces stagiaires d’un nouveau genre, le S.N.U pose un problème de choix de paradigme pour nos enfants :

  • le gouvernement avait l’opportunité de faire de l’éducation à l’environnement, une priorité dans le parcours citoyen des enfants en leur permettant d’étudier, de stimuler leur créativité, afin de se projeter dans un futur différent, solidaire de la nature et de l’humain mais il préfère prioriser l’esprit patriotique au cœur même des écoles et  mettre en place un service obligatoire et utilitariste, au bénéfice d’un modèle de société à bout de souffle.
  • Le gouvernement avait l’opportunité en prenant appui sur la référence constitutionnelle de la Charte de l’Environnement, de proposer un projet éducatif cohérent et porteur d’espoir pour l’avenir de nos enfants et de leur planète mais il préfère qu'on leur enseigne, grâce à un conseil scientifique de l’éducation fortement orienté vers les techno sciences, que ces dernières  vont tout résoudre, que l’homme est le plus fort et qu’il peut donc continuer à dominer la nature.
  • le gouvernement avait l’opportunité d’aider les jeunes, à retrouver le sentiment d’appartenir à la terre entière mais il préfère leur inculquer  le sentiment d’appartenir à la nation.
  • le gouvernement avait l’opportunité de prioriser des formations innovantes et éco responsables, de former les jeunes éco citoyens de demain mais il préfère un retour en arrière en s’appuyant sur le code du service national, en priorisant la vision anthropocentrée  du respect d’autrui et la construction d’une culture civique au sein des programmes d'enseignement moral et civique.

Nous n’avons pas encore saisi l’ampleur et la dangerosité des transformations engagées au sein de l’éducation nationale et surtout, nous n’avons pas encore compris à quel point, ces mesures vont enfermer la jeunesse dans la problématique écologique. Le gouvernement  va faire du service national universel un véritable projet de société, l’urgence écologique l’imposait aussi, il a fait le plus mauvais choix pour l’avenir de nos enfants et de leur planète.

Un collectif étudiants a lancé cet appel que je transmets ici et qui mérite toute notre attention et notre soutien :https://pour-un-reveil-ecologique.fr

(1) https://www.lamontagne.fr/gueret/education/politique/2018/11/05/la-creuse-pourrait-etre-un-departement-pilote-du-service-national-universel_13040965.html#refresh

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