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La poésie et la vie

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Billet de blog 4 août 2021

Cardamine de Camille Loivier, une poésie entre la brèche et le vertige

Voici un recueil de poésie à lire au bord d’une rivière ou à la terrasse d’un café. Un livre à lire en toute saison, dans le creux d’une vie ou la plénitude des instants.

esther heboyan
Ecrivaine, traductrice, chroniqueuse. Universitaire. Domaines d'intérêts: la place des individus dans la société, littérature nord-américaine, cinéma, musique...
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Cardamine de Camille Loivier – une poésie entre la brèche et le vertige

Cardamine de Camille Loivier est une ode à la nature intimiste, au jardin, à la terre, aux plantes, fleurs, herbes et feuilles que l’on foule, coupe, contemple, cueille, laisse mourir pour sentir renaître. On n’est guère dans l’élan d’un romantisme grandiloquent. Plutôt dans les sinuosités en filigrane ou les soubresauts subtils des mots qui tentent de saisir la nature comme phénomène en perpétuel devenir et notre relation à elle comme « le besoin d’y pénétrer », « l’envie de rentrer sous terre ». Tout se passe à la jonction – à peine perceptible – des mots, sous les mots, avant et après les mots, à l’instar de la vie végétale qui s’élève de la terre, la jonche, y entre et s’y perd. Comme si la Pastorale n°6 de Beethoven, une fois dépouillée de ses symétries et emportements, se laissait mettre délicatement en images par Hokusai et Hiroshige, les maîtres de l’estampe ukiyo-e.

Voici un recueil de poésie à lire au bord d’une rivière ou à la terrasse d’un café. Un livre à lire en toute saison, dans le creux d’une vie ou la plénitude des instants. Pour se rappeler que la terre est « porteuse de vies oubliées ». Pour entendre la terre interpeller les humains : « je ne sais pas ce que vous voyez ». La poète ne manque pas de souligner l’écart, la différence entre le monde végétal et les êtres humains, non sans humour : « les plantes ne viennent pas vers nous/elles restent sur leur garde », « nous reprochons aux plantes de ne pas nous écouter/elles sont des psychanalystes endormis sur leur chaise ».

Camille Loivier fait l’éloge de la banalité, de ces phénomènes banals que la nature nous procure en désordre, nous laisse découvrir au hasard d’une flânerie, d’une immobilité, du vent, de la nuit. Pour le plaisir des yeux, du toucher, de la pensée et de la mémoire. Un plaisir que voile l’intranquillité d’un souvenir, d’une menace, d’une disparition, d’une photographie.

Alors qu’on se faufile entre les poèmes, les pages, les ronces, les graines, les débris, les aulnes, les ancolies, les ombres, les hivers, les silences, « quelque chose affleure/qui semble là pour longtemps ». Quelque chose qui ressemble à une barque, à un tronc d’arbre, à un enfant, à une lumière, à une parenthèse vide, à une mère qui un jour dit : « je voudrais rentrer dans la terre ».

Et Camille Loivier de se répéter cette parole, comme une formule magique qui révélerait la sensibilité des plantes, notamment de la cardamine rescapée dans son vase ou du pachira en ses infimes mouvements.

Camille Loivier, Cardamine, éditions Tarabuste, Saint-Benoît-du-Sault, 2021, 13€

https://lasemainedelapoesie.fr/poetheque/camille-loivier.html

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