Vieillir

La vie pas à pas, peu à peu…

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« Mais vieillir… ô vieillir. » J’étais trop jeune, Jacques, trop fougueux, trop pétri de vie et d’envies, pour pénétrer le sens de tes mots – maux ? –, pour entendre. J’avais alors la tête aux Marquises – mes Marquises à moi. Chacun ses rêves, ses possibles. Je débordais d’énergie, de sève insolente.

Mais vieillir qu’est-ce qui m’a pris ?

Et pourtant c’est aussi la vie. C’est encore la vie.

Au ralenti. Vivre au ralenti en vieillissant irrémédiablement.

Avec le joug des ans et les souvenirs des folies d’antan qui s’éloignent, qui s’éloignent insensiblement.

Cédant la place à un corps aux balbutiements redondants. Enchaînement de bégaiements d’organes, de symphonies pathétiques, de déraillements physiologiques. Même l’énergie est devenue atonique. Elle si atomique… avant.

Ouvrard, sors de ce corps ! « Ah mon Dieu qu’c’est important d’être bien portant ». Certes mais…

La vie n’est pas une partie de plaisir tout le temps, même si elle est remplie de fredaines profusément.

C’est comme les appareils ménagers, un corps, tout se détraque en même temps.

Mais, après la pluie, le beau temps. Ou une accalmie de temps en temps, avec ardeur. Ardeur !

En attendant, je me liquéfie organiquement. Je titube mon allant d’antan, mon entrain exubérant.

Je me souviens, avant je courais devant. Je cours derrière dorénavant. Derrière quoi ? Maman !

Sois grand maintenant, avec l’âge faut voir la vie autrement, dirait-elle sûrement.

La sagesse vient en vieillissant. Sinon la sénilité t’attend au tournant.

Vieillir n’est rien qu’un bain d’humilité et de modestie en souriant. Au soleil, à l’amour, à la vie qui vit encore, au présent, à la nature, à l’instant, à l’amour toujours, et au temps qui chemine doucement.

Vieillir et vivre. Réduire la voilure, ça s’apprend. J’apprends donc. Laborieusement. Mais j’apprends.

À vieillir, reconnaissant de ce que j’ai vécu et de ce que je vis à chaque moment.

 

S’adapter, encore et toujours s’adapter. Je suis Sisyphe et Diogène.

J’apprends continûment. À remettre sur l’ouvrage ma vie en partage.

 

Ralentissement. Introspection existentielle dans cette vie qui me respire et m’aspire passionnément.

Renoncements. Aller dans le sens du vent, loin d’avant. D’avant quoi ?

Apaisement. Sérénité.

Éternité.
Je vieillis et je vis.

Je marche intérieurement. Et.

Je rêve encore entre vos bras.

Vos bras aimants.

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