À cœur ouvert 2

Deuxième bouquet de poèmes à effeuiller comme une marguerite.

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Épicurisme

art de savourer des petits riens

de déguster la vie par petits bouts

d’être heureux de peu quand la disette sévit

le plaisir se niche partout

partout où il y a un peu de lumière

pour éclairer un coin de la nuit

 

Savoir aimer les

plaisirs qui ravissent l’instant

de bonheurs fugaces en suspens

chaque met chaque rire chaque caresse du soleil

est un répit magique

qui vient adoucir les tourments

car la vie est magique derrière le tragique

la vie est belle

lorsqu’on la prend humblement

 

 

 

Des bols et ses mains

les bols qui résonnent et ses mains qui m’entonnent

baume sur mes plaies invisibles

je vibre

je plane

apaisement sublime

je vibre

je suis ivre

d’amour

 

 

 

Cessez de geindre

de vous plaindre à tout bout de champ

vous préférez être assistés

pourquoi pas c’est votre droit

c’est un choix comme un autre

vous ne voulez pas vous cultiver connaître vos droits

quitte à être spoliés malmenés infantilisés

pourquoi pas c’est votre droit

mais par pitié cessez de geindre

soyez au moins digne dans votre survie

assumez votre choix

d’être assisté

plutôt que de payer le prix

de la liberté et de l’autonomie

 

 

 

Je tâtonne entre ciel et terre

à chercher un équilibre

afin de garder la fibre

en vivant entre paradis et enfer

 

Il faut aimer les mystères

pour trouver du sens à l’existence

et saisir la lumière

dans ses plus subtiles fragrances

 

Je ne suis rien et je suis tout

tout ce que tu veux et tout ce que je peux

j’ai tant et tout voulu ma vie durant tout

et tant que je la somme de mes vœux

arrivé au zénith de mes aveux

 

 

 

L’uniformité m’ennuie

j’aime la diversité une vie pimentée

imprévisible impromptue et mutine

vous vous imaginez vous

vivre sans pépin

une vie durant

mais c’est mortel !

 

 

 

Je me délite

je m’effrite

la cervelle confite et la raison déconfite

macérant dans une marinade de léthargie et de Mort subite

le houblon mousse dedans ma tête recuite

et les mots disjonctent dans mes synapses en fuite

je suis en orbite autour de ma ligne de conduite

réveillez-moi avant le terminus j’ai rendez-vous avec Magritte

 

 

 

Entre les stands animés

la foule grouille sur l’asphalte

tronches masquées

qui sillonnent les allées

environnées de senteurs alléchantes

et d’un bourdonnement continu de vie

et de voix qui voguent du regard

au-dessus des cagettes et des cageots

débordant de victuailles

c’est jour de marché

les produits s’étalent impudiques

sous un soleil méridional

 

il suffit de se pencher pour se régaler

 

 

 

Je m’accroche aux mots comme on s’accroche à un espoir ténu

lorsque la branche cassera les mots n’auront plus d’existances

les vers seront dans le fruit et les rimes

 

 

 

Dormir

plonger dans le néant

partir à la dérive d’une nuit-océan

dormir

porté par le temps en suspens

dans la douceur d’un sentiment d’éternité

il y a de l’invulnérabilité dans le sommeil

dormir

quelle volupté

de ne plus penser

de ne plus se démener avec ses démons diurnes

apaisement suprême que de

s’abandonner à la sagesse du temps

 

 

 

Je me suis vu trop beau

je me suis cru invincible

j’avais beau savoir que ça ne durerait guère

mais

je voulais encore y croire

être encore un peu le plus fort

je ne voulais pas t’infliger ma dégringolade

je ne voulais pas être une astreinte dérisoire

je ne voulais pas que tu me voies dépérir à petit feu

misérablement décrocher sous tes yeux

mais

je ne suis pas Dieu le père ni même tout à fait Saint d’Esprit

je n’ai pas le pouvoir de faire la pluie et le beau temps

mon amour que tu me touches avec ta vaillance inquiète

je croquais la vie ardemment je craque désormais l’envie sans dents

hier je suis mort avec allant demain je suis passablement vivant

tout dépend du sens du vent tout mais absolument tout

 

 

 

Épave

échouée dans le lit de la civière

avant d’être mise en bière blonde

je suis une épave hédoniste

échouée peut-être mais dans des plats gourmets

des mets divins avant l’heure

des agapes de bon vivant

épave avant mais pas pendant

la vie se déguste posément bercée par le chant

des oiseaux et de mon amour qui roucoule

épave mais dignement

tout est une question d’état d’esprit

même le déclin

d’un vieux parchemin émoussé par son destin

 

 

 

Je ne suis plus moi je ne suis pas toi

Je suis une bouffissure en fin de droits.

Je vois de moins en moins le jour

à quand la Nuit infinie ?

Enfin l’Amour !

 

 

 

Que j’aimerais rejoindre le cimetière des éléphants

loin des regards des inquiétudes des tourments

que je suscite dans vos cœurs impuissants

je suis trop pudique pour déchoir devant votre peine

il faut savoir humblement rejoindre la Plaine

 

Que j’aimerais me replier dans ma lente déclinaison

loin des oraisons et des horizons mortifères

qui jonchent les jours délétères à force de se dissoudre

dans un vide temporel de baudruche désemparée

suis-je dans la salle d’attente de mon éternité

je ne sais que dire que penser de cette vie amoindrie

 

 

 

J’aime ces instants doux suspendus à nous

où le crépuscule irradie le ciel qui nous habille

tout semble simple tout semble évident

je te savoure doucement pour m’imprégner de ta soie

bercé par la douceur du soir qui enveloppe

nos voies déployées en harmonie sous les étoiles

et cette quiétude et cette sérénité

l’éternité est à nous dans ces instants si doux

hors du temps qu’il est bon de s’aimer en toute liberté

viens demain est un autre jour

ce soir je me sens aimant et aimé

 

 

 

Lorsque seuls les matins sont accueillants

sous les arbres qui se languissent d’un peu de vent,

lorsque les oiseaux sont essoufflés dès le petit matin,

lorsque le bonheur est en chemin sous une chape de plomb,

lorsque je ne vois que toi comme seul horizon

et la réclusion dans la fraîcheur de la maison,

l’été fait son chaud sans aucune compassion.

 

 

 

Le ciel est torride

les bronches crament avidement

dans l’étuve vorace d’un temps

tonitruant. Respirer respirer

dans un coin ombragé de sa tête

il est des jours où il faut aller au plus pressé.

Il faut bien que les saisons s’expriment en toute liberté.

Qui a détraqué le climat ?

 

 

 

Je ne comprends pas ces gens qui brûlent un centre de vaccination

je ne comprends pas cette infection d’intolérance

je ne comprends pas cet aveuglement sourd cette surdité aveugle alentour

je ne comprends pas les intégrismes et les radicalités

je ne comprends pas cet autoritarisme liberticide

je ne comprends pas cette violence cette dictature des opinions

je ne comprends pas ce manque d’empathie et d’ouverture d’esprit

je ne comprends pas ces idiots utiles à l’État pour cacher son incurie

je ne comprends pas ce manque d’amour et de discernement

je ne comprends pas ce besoin d’avoir raison contre les autres

je ne comprends pas ce manque de dialogue et de solidarité

je ne comprends pas ceux qui prétendent défendre leur liberté

au mépris de celle de leur prochain l’humanisme perd-il la raison

je n’ai pas réponse à tout je ne suis sûr de rien je ne suis qu’un humain

qui cherche l’amour dans un monde en train de devenir fou

pourquoi tant de mépris d’égoïsme de virulence haineuse

pourquoi tant de poisons infertiles quelle dérision

ce virus révélateur de nos petitesses de nos angoisses et de notre déraison

alors que le mal est ailleurs il trône cyniquement dans son Olympe

bien plus viral qu’un virus fruit de l’insouciance matérialiste et

consumériste qui nous dévore dans un chacun pour soi égocentré

pourtant la vie est si belle la vie est si simple lorsqu’on ouvre

humblement les yeux sur cette Terre qui nous a tant donné

 

 

 

La solitude attendue comme un soulagement

les paupières closes sur un voluptueux relâchement

plus rien n’existe plus rien n’est primordial

que se fondre dans la nuit dormir avec les étoiles

délivrance des sens et de l’esprit

je ne pense plus je suis

dans l’absence de conscience

la solitude enveloppante de la nuit

douce petite mort savoureux réconfort

blotti au fond de soi dans la soie du crépuscule

dormir

 

 

 

Tu vas mourir

comme tout le monde

tu vas y passer

tôt ou tard tu vas y passer

et tu n’emporteras rien avec toi

alors pourquoi

pourquoi t’alourdir la vie

à thésauriser exploiter écraser

consommer consumer conspirer

pourquoi tant de cupidité de vénalité

ne vaut-il pas mieux partir sur la pointe des pieds

rempli d’amour

juste rempli d’amour et de liberté

rien ne m’appartient

toute possession est illusion

on ne possède que ce qui nous éclaire

le reste est dispersion fuite en avant

et convulsions matérialistes

vous allez mourir réveillez-vous

ne perdez pas votre humanité

elle est plus précieuse que vos sous

 

 

 

Je souris

pourquoi je souris

je ne sais pas pourquoi je souris

je souris

je suis heureux soudain

d’un bonheur impromptu

impromptu comme la vie

je souris

je saisis au vol le bonheur qui passe

pourquoi je souris

pour rien pour tout

le temps d’être surpris

par cet instant fugace qui me dit que je suis en vie

rien n’est plus imprévisible et libre que le bonheur

lueur insoumise qui fait scintiller les jours

 

 

 

Ô réseaux sociaux

confessionnaux de tous les maux

convulsifs

parvis virtuel des commérages

compulsifs

déversoir des misères humaines en peine de vie

dépotoir d’amertumes et de rancunes

où est la décence où est la dignité

déballer s’étaler se répandre se perdre

prendre à témoin à défaut de se prendre en main

devant ce mur des lamentations désincarnées

cette mort des relations incarnées

 

Ô réseaux sociaux

pourtant on peut y rire sourire découvrir réfléchir

rêver partager oui partager de la légèreté avec légèreté

de la liberté de l’humanité de la beauté

apporter de la lumière un peu de bonheur

dans un monde désubstantialisé mais comment assumer

ce qu’on jette en pâture à la complaisance compassée

du cortège compatissant des consolateurs du Web

la vacuité relationnelle ne fait-elle pas le miel de la superficialité

 

 

 

 

Voyager dans le silence impénétrable d’une nature

debout sous un ciel éblouissant    se laisser porter par les frémissements

d’un air indolent

je flotte

flatté par la volupté du temps

d’un regard reconnaissant

le singulier est dans le pluriel la singularité dans la pluralité

de ce qui nous entoure

comment faire ressentir la profondeur du lien qui nous lie à la Terre

je suis mon propre silence

 

 

 

Écrire éteint

les mots atteints

d’engourdissement soudain

extraire péniblement des phrases horizontales

d’un gisement en fin d’exploitation

se contenter de quelques pépites grappillées jour après jour

par amour de la vie des mots ou des mots de la vie

il suffit de si peu pour créer du sens

 

 

 

Je ne sais plus le goût de ta peau

je ne sais plus le son de tes soupirs

je ne sais plus la volupté de nos émois

je ne sais plus la hardiesse de nos épopées épiques

mais je sais la lumière de notre amour

je sais la musique de tes fous rires

je sais le bonheur qui nous inspire

je sais la chaleur de tes bras

je sais le baume de tes mains sur moi

je sais que je t’aime à en mourir

 

 

 

Averse de mots

sur la campagne grise

il tombe des cœurs

sur cette terre insoumise

apportant un peu de lueur

à une réalité déprise

d’une certaine humanité

 

 

 

Soudain ce silence assourdissant

qui m’enveloppe d’une sérénité surnaturelle

Je n’entends plus rien

que le son de mes pensées sans interférence

dans la profondeur d’une nuit intemporelle

Je ne suis plus que moi

 

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