esther heboyan
Abonné·e de Mediapart

Billet publié dans

Édition

La poésie et la vie

Suivi par 73 abonnés

Billet de blog 23 mai 2020

"Les prémisses du bonheur" de Seyhmus Dagtekin

Avec son sens exacerbé et énigmatique de l'observation, Dagtekin fait de la réalité un immense horizon où se devine la résistance des fourmis, des étoiles et de l'amour.

esther heboyan
Ecrivaine, traductrice, chroniqueuse. Universitaire. Domaines d'intérêts: la place des individus dans la société, littérature nord-américaine, cinéma, musique...
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Seyhmus Dagtekin nous fait l'honneur et l'amitié de partager son poème "Les prémisses du bonheur" dans notre édition La poésie et la vie. Avec son sens exacerbé et énigmatique de l'observation, Dagtekin fait de la réalité un immense horizon où se devine la résistance des fourmis, des étoiles et de l'amour. 

Seyhmus DAGTEKIN

Les prémisses du bonheur

Ceux qui se hissent, verront

Ceux qui se terrent, mourront

De ce qu’auront vu

Ceux qui se hissent

Nous sommes cernés, mes petits. Il n’y a même pas une seconde de répit

Vous pouvez vous assourdir de vos caquètements

De vos croassements

Nous ne sommes pas moins condamnés

Vous vous êtes battus vaillamment, vous avez plus que résisté

On nous avait prédit une disparition rapide

Un effacement instantané et total

Il sera progressif mais total à terme

Sans savoir ce que nous réserve le terme même de l’effacement

Nos bruits sont couverts par celui de notre fin

Dans ce temps qui nous regarde de l’au-delà de sa disparition

Sans savoir de quelle lumière morte nous sommes l’étoile

Nous sommes cernés, mes petits. Par cette fin que nous cernons. Nous sommes la fin de notre perte. Le temps de notre fin. Nous sommes la rumeur qui précédons notre fin. Le souffle qui la retardons. Nous sommes l’agitation qui la brusquerons. Le flux qui scellerons la fin de l’eau

Entre feu et fleur

Où le bruit

Est l’annonce

De ce qu’il ne fut

Jamais

Combien

                 suis-je

                             eau

Dans ce qui m’attire

                              Combien

                        me sépare

                de toi

Cette Eau

Ce reflet qui persiste

                              dans le gouffre de l’œil

Il faut que je te voie pour que tu surgisses

Que je te devine pour que tu existes

Que je t’efface pour que tu perdures

Là où l’œil se calme

Le corps s’oublie

Là où tu nais de l’oubli des corps

Quand l’oreille se tend

Vers cette flèche

Qui ne manquera sa cible

De même qu’ils marchent sur l’eau

L’eau les fauchera dans leur marche

Viens petite fourmi

Viens sur mon doigt qui te portera sur ma langue qui te portera sous mes dents

Je te délivrerai

Il y aura une pierre

Non loin de ma tête

Qui me délivrera

Viens

Qui voudras-tu émouvoir de tes cascades, petite fourmi

Les vagues viennent mourir à mes pieds

Jusqu’à la mort de mes pieds

Qui courent derrière chaque chevelure

Pour quémander pitance

Entre ce que tu miroites

Et ce que la langue me prend

Il faut que tu viennes, petite fourmi

Je t’attrape à l’envers

Tu t’échappes à l’endroit

Je te confonds le jour

Tu réveilles la nuit en moi

Il faut que tu viennes

Mes bras te sont tout ouverts

Je peux m’envoler, faire un tour et revenir

Te laisser un peu plus dans le balancement de cette tige, de ces feuilles

Aiguiser un peu plus mon attente

Mais, à la fin, il faut que tu finisses

Petite fourmi

Parce que les vagues qui montent

N’empêchent pas l’eau de descendre

Là, seul, face à qui. Les soupirs sont-ils de mon côté

Les expirs m’incluent-ils dans leur nuit

Pourquoi les étoiles s’éteignent, ne font que scintiller dans l’eau

Pourquoi les arbres se réfugient seuls dans leurs masses

Pourquoi je ne touche par un bout une de tes nuits

Pourquoi ces mots aussi vains que les sauts de poissons

Tombent-ils dans le ciel rapiécé à mes pieds

De combien de vols de viols d’oiseaux remplis-tu la nuit, ô mon amour

Avant d’aller te noyer dans une flaque

Je viens frapper contre la porte de tes rêves

De combien de cadenas me fermes-tu ta nuit, mon amour

Je fais comme si les lumières et les eaux me menaient vers toi

Dans quel dédale égares-tu mes pas, mon amour

Je fais comme si dans chaque étoile, tu clignais

De quelle main les éteins-tu une à une, ô mon amour

Mais la nuit n’entrera dans ma maison

Elle n’y entrera que si tu la précèdes

Ne s’y installera que si tu l’habites

N’en sortira que si tu l’expulses

Pour accoucher du jour

Comme les prémisses du bonheur

Je descends d’une de tes chevelures

Je suinte d’une de tes blessures

Je me reforme dans un de tes sourires

Joyeusement, dans un de tes regards

Tu me touches, je t’exécute

Et de nouveau

Tout est

Tu es

Abolition du hasard

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — International
Être LGBT+ en Afghanistan : « Ici, on nous refuse la vie, et même la mort »
Désastre économique, humanitaire, droits humains attaqués… Un an après avoir rebasculé dans les mains des talibans, l’Afghanistan n’en finit pas de sombrer. Pour la minorité LGBT+, le retour des fondamentalistes islamistes est dévastateur.
par Rachida El Azzouzi et Mortaza Behboudi
Journal — International
« Ils ne nous effaceront pas » : le combat des Afghanes
Être une femme en Afghanistan, c’est endurer une oppression systématique et brutale, encore plus depuis le retour au pouvoir des talibans qui, en un an, ont anéanti les droits des femmes et des fillettes. Quatre Afghanes racontent à Mediapart, face caméra, leur combat pour ne pas être effacées. Un documentaire inédit.
par Mortaza Behboudi et Rachida El Azzouzi
Journal
Un homme condamné pour violences conjugales en 2021 entre dans la police
Admis pour devenir gardien de la paix en 2019, condamné pour violences conjugales en 2021, un homme devrait, selon nos informations, prendre son premier poste de policier en septembre dans un service au contact potentiel de victimes, en contradiction avec les promesses de Gérald Darmanin. Son recrutement avait été révélé par StreetPress.
par Sophie Boutboul
Journal — Climat
Près de Montélimar, des agriculteurs exténués face à la canicule
Mediapart a sillonné la vallée de la Valdaine et ses environs dans la Drôme, à la rencontre d’agriculteurs qui souffrent des canicules à répétition. Des pans de récoltes grillées, des chèvres qui produisent moins de lait, des tâches nouvelles qui s’accumulent : paroles de travailleurs lessivés, et inquiets pour les années à venir.
par Sarah Benichou

La sélection du Club

Billet de blog
Céline, le trésor retrouvé - La piste Morandat (5/9)
Dans ses lettres, Céline accuse Yvon Morandat d’avoir « volé » ses manuscrits. Morandat ne les a pas volés, mais préservés. Contacté à son retour en France par ce grand résistant, le collaborateur et antisémite Céline ne donne pas suite. Cela écornerait sa position victimaire. Alors Morandat met tous les documents dans une malle, laquelle, des dizaines d’années plus tard, me sera confiée.
par jean-pierre thibaudat
Billet de blog
Céline, le trésor retrouvé - La révélation (1/9)
Comment, par les hasards conjugués de l’Histoire et de l’amitié, je me retrouve devant un tombereau de documents laissés par Céline dans son appartement de la rue Girardon en juin 1944. Et ce qui s’ensuivit.
par jean-pierre thibaudat
Billet de blog
Céline, le trésor retrouvé - Une déflagration mondiale (3/9)
La veuve de Céline disparue, délivré de mon secret, l’heure était venue de rendre publique l’existence du trésor et d’en informer les héritiers… qui m’accusèrent de recel.
par jean-pierre thibaudat
Billet de blog
Céline, le trésor retrouvé - Oscar Rosembly (4/9)
Depuis longtemps les « céliniens » cherchaient les documents et manuscrits laissés rue Girardon par Céline en juin 1944. Beaucoup croyaient avoir trouvé la bonne personne en un certain Oscar Rosembly. Un coupable idéal.
par jean-pierre thibaudat