Eric Dubois © Frédéric Vignale, 2010 . Eric Dubois © Frédéric Vignale, 2010 .

 

  Quelles sont les véritables raisons que font que la poésie est quasi absente des grands médias? Qu'est-ce qui justifie qu'elle est reléguée dans une sorte de ghetto intellectuel, universitaire? L'on m'objectera que non, la poésie est encore populaire, et qu'au moment du Printemps des Poètes,  les manifestations en son honneur attirent le grand public, friand d'écouter des poètes et des comédiens lire des poèmes sur une scène dans un théâtre ou  un autre lieu culturel ? Et beaucoup de gens, amateurs ou non  écrivent de la poésie à défaut de la lire car les tirages des livres sont confidentiels, quelques centaines d'exemplaires font un succès pour un recueil de poèmes, en plus du succés critique, quelques notes de lecture ça et là dans quelques revues de poésie et sur certains sites. Seule l'édition de poche s'en sort grâce à l'enseignement.

Le problème vient-il seulement de certains médias qui semblent ignorer ou ne pas comprendre la nature réelle de la poésie, en dehors de certains clichés qui ont la vie dure? On est plongé dans un abîme de sidération, de doute et de questionnement permanent lorsqu'on évoque le problème de la médiatisation de la poésie !

L'on me dira que j'exagère à vouloir rejoindre le déclinisme ambiant, la sinisitrose de certains, à noter que l'on s'inquiète aussi pour la littérature en général, pour le roman, l'essai, le livre, son avenir car il y a de moins en moins de lecteurs,tous ou presque,  happés par la société du spectacle que fabriquent les écrans, Internet, les smartphones et autres tablettes, la chronophagie de certains réseaux sociaux et le miroir aux alouettes de la télévison commerciale. L'on me dira que ce qui compte c'est la qualité du public et non la quantité. Et là je ne suis pas d'accord ! C'est prendre les gens pour des imbéciles !

Alors quelle pédagogie adopter? C'est à nous tous, poètes, écrivains, artistes, intellectuels et autres enseignants, de faire bouger les lignes . Et pour cela il faut désormais songer à trouver des réponses, à élaborer des solutions comme je l'évoque dans cet autre article : https://blogs.mediapart.fr/eric-dubois/blog/140217/poesie-un-poeme-par-jour .

 

 

 

 

ERIC DUBOIS

 

Poète.

Dernier livre paru : "Chaque pas est une séquence" ( Editions Unicité, 2016 )

Initiateur de Dis un poème ! sur Facebook.


Responsable de la revue de poésie en ligne et association « Le Capital des Mots ». Blogueur : « Les tribulations d'Eric Dubois ». Chroniqueur dans l'émission « Le lire et le dire » sur Fréquence Paris Plurielle (106.3 fm Paris) depuis 2010. Attaché de presse du webmagazine Levure Littéraire. Membre de l'Union des Poètes & co.

 

 

 

 

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Ravages délicats. Adrian MIATLEV

 

Le citadin est imbu de sa supériorité

Et le paysan est persuadé de sa supériorité

Le bourreau est tout sacré de sa supériorité

Et la victime est toute sainte de sa supériorité.

L'homme fourbe est tout savant de sa supériorité

Et l'individu vertueux se rengorge de sa supériorité.

L'artiste est convaincu de sa supériorité

Et le boutiquier se félicite de sa supériorité.

L'ouvrier se barricade de supériorité,

L'intellectuel s'électrise de supériorité...

Et tous, de cette façon

Dans une fraternité surprenante

Celle qu'on chercherait en vain

A réaliser par des moyens pacifiques

Pilent, pillent, dépècent, écorchent

Et convoient à sa fin malheureuse

Ce monde humain.

Et tous de cette façon

Avec un ensemble touchant

Rendent impossible

Et toujours plus impossible

Toujours plus divisé, plus morcelé,

Inégalisé, et comme concassé

Ce monde humain.

Le poète, toujours doublé d'un haïsseur

Médisant de tous sauf de lui-même

Ou de ce qu'il pense aimer

N'est pas d'une essence plus pure

Ni plus amène.

Je ne sais s'il vaut mieux quand il déclare qu'il est :

Délibérément, décidément

Et définitivement inhumain.

Car ce n'est là qu'une supériorité comme une autre

Très loin de la véritable supériorité.

Indicible mérite qui ne s'encense pas.

 

Quand le Dormeur s'éveille, éd. Rencontre, 1965