Représenter la représentation politique

Taux d’abstention toujours plus élevés, montée des extrême-droites cherchant à effectuer une OPA sur l’expression des sans voix et des « invisibles », remise en cause d’une démocratie « représentative » pas assez réelle pour garantir les droits et l’existence de pans entiers des sociétés, mise en place de gouvernements de technocrates en Italie ou en Grèce… La crise qui secoue aujourd’hui l’Europe place au cœur de l’enjeu démocratique celui de la représentation politique.

Taux d’abstention toujours plus élevés, montée des extrême-droites cherchant à effectuer une OPA sur l’expression des sans voix et des « invisibles », remise en cause d’une démocratie « représentative » pas assez réelle pour garantir les droits et l’existence de pans entiers des sociétés, mise en place de gouvernements de technocrates en Italie ou en Grèce… La crise qui secoue aujourd’hui l’Europe place au cœur de l’enjeu démocratique celui de la représentation politique. La thématique des « 99% », portée par le mouvement Occupy, le slogan des indignés espagnols, « Vous ne nous représentez pas ! », ou encore la nouvelle constitution élaborée par les Islandais, mettent également au centre des questions politiques contemporaines les bouleversements nécessaires de la manière d’incarner et de faire entendre les différents segments des sociétés.

Si les représentants n’ont pas à être strictement représentatifs, l’écart trop grand entre ceux qui prétendent décider au nom du peuple et ceux qui le composent affecte, en profondeur, la possibilité d’un monde commun apte à faire face aux défis économiques, politiques et écologiques de notre temps.

L’Association française de science politique débute un cycle de conférences mensuelles consacrées à cette notion de représentation politique: son histoire, ses théories mais aussi, et surtout, ses mutations contemporaines. Pour saisir les contours de ces mutations, tissées de crises mais aussi de nouveaux outils et de pratiques innovantes, Mediapart est partenaire de cet ensemble de séminaires, qui abordera « la multiplicité des situations où l’on parle, agit ou décide au nom d’un collectif, et en particulier au nom du peuple, où l’on argue de la représentativité ou de la non-représentativité d’une instance ou d’un collectif (…) où des « représentants » forgent des représentations qui contribuent à constituer les groupes censés être représentés. »

L’originalité principale de ce cycle, qui s’étale sur trois ans, est sa dimension internationale, permettant, par le détour géographique et le décentrement du regard, de mieux réfléchir les impasses où pataugent nos démocraties occidentales.

Comment pense-t-on la représentation politique dans une société divisée en castes, comme en Inde ?

Comment la fait-on mieux advenir, dans un contexte où des pratiques participatives d’ampleur impliquant les mouvements sociaux se mettent en place à l’échelle fédérale, comme au Brésil ?

Comment la pratique-t-on dans un pays où les stratégies de démocratisation d’un système politique autoritaire présentent souvent l’instauration d’élections compétitives au-delà de l’échelle des villages comme problématique et peu efficace, et se voit couplée à la mise en place de dispositifs participatifs innovants, comme en Chine ?

« Cette volonté de "provincialiser l’Europe et, a fortiori la France" écrivent les organisateurs de ces séminaires, peut aider à « repenser la représentation politique au-delà des frontières qui lui sont habituellement assignées », en particulier en cessant d’assimiler représentation et élection de gouvernants, puisqu’il est « nécessaire de porter une attention plus grande aux pratiques politiques non électorales de participation, de délibération, de contestation, où apparaissent souvent des porte-parole, de la délégation, de l’incarnation. »

Chaque séance est ouverte à tou-te-s. 

Programme du séminaire, 2012-2013

• Séance 1, mardi 13 novembre 2012, 15h-18h30 : L’histoire du concept de représentation.

Lieu : Collège de France, 3 rue d’Ulm, 75005.

Animation de la séance : Stéphanie Tawa-Lama Rewal, chargée de recherche CNRS au CEIAS (EHESS).    

Intervenant principal : Roger Chartier, professeur au Collège de France, chaire Ecrit et cultures dans l’Europe moderne.

Discussion : Patrick Boucheron, professeur d’histoire à l’Université Paris 1, et Yves Sintomer, professeur de science politique à l’Université Paris 8, membre de l’IUF.

Séance 2, mardi 11 décembre 2012, 15h-18h30 (en association avec l’Institut du Genre) : Quotas et représentation des femmes.

Lieu : FNSP, 98 rue de l'Université 75007 Paris (salle Annick Percheron)

Animation de la séance : Yves Sintomer, professeur de science politique à l’Université Paris 8.

Intervenantes principales : Catherine Achin, professeure en science politique à l’Université Paris Est – Créteil Val de Marne, et Virginie Dutoya, docteure de science politique au CERI (IEP Paris).

Discussion : Katherine Opello, professeure de science politique à la City University of New York.

Séance 3, mardi 5 février 2013, 15h-18h30 : Retour sur Les principes du gouvernement représentatif.

Lieu : FNSP, 56 rue Jacob 75006 (salle de conférences)

Animation de la séance : Samuel Hayat, post-doctorant en science politique au CRESPPA (Université Paris 8).      

Intervenant principal : Bernard Manin, directeur d’études à l’EHESS, chercheur au CESPRA, professeur de science politique à New York University.

Discussion : Alice Le Goff, maîtresse de conférences de philosophie, Université Paris Descartes et Charles Girard, PRAG de philosophie à l’Université Paris 4.

Séance 4, mardi 12 février 2013, 15h-18h30 : La représentation politique dans les conférences nationales au Brésil.

Lieu à définir.

Animation de la séance : Emilie Frenkiel, docteure en science politique du CESPRA (EHESS), ATER de science politique à l’Université Paris 8.

Intervenant principal : Leonardo Avritzer, professeur de science politique à l’Université Fédérale du Minas Gerais, président de l’Association brésilienne de science politique.

Séance 5, mardi 19 mars 2013, 15h-18h30 : Une autre tradition de la représentation démocratique.

Lieu : CEVIPOF, 98 rue de l’Université, 75007 Paris

Animation de la séance : Gil Delannoi, directeur de recherche FNSP.

Intervenante principale : Nadia Urbinati, professeure de science politique à Columbia University.

Discussion : Keith Sutherland, chercheur en science politique à l’Université d’Exeter, et Samuel Hayat, post-doctorant au CRESPPA (Université Paris 8).

Séance 6, mardi 16 avril 2013, 15h-18h30 : La représentation des basses castes en Inde.

Animation de la séance : Stéphanie Tawa-Lama Rewal, chargée de recherche CNRS à l’EHESS.

Intervenant principal : Christophe Jaffrelot, directeur de recherche CNRS au CERI (Sciences po Paris).

Discussion : Daniel Sabbagh, directeur de recherche au CERI (IEP de Paris).

• Séance 7, date à définir, mai 2013 : La dimension théâtrale de la représentation politique.

Animation de la séance : Yves Sintomer, professeur de science politique à l’Université Paris 8.

Intervenante principale : Doris Kolesch, professeure de science du théâtre et directrice de l’UFR de philosophie et sciences humaines de la Freie Universität Berlin : The Theatrical Machinery of Representation: The Case of Louis XIV.

Discussion : Cécile Cuny, maîtresse de conférences à l’Institut Français d’Urbanisme/Université Paris Est Marne la Vallée.

Séance 8, mardi 4 juin 2013, 15h-18h30 : Les usages de la représentation en Chine.

Animation de la séance : Emilie Frenkiel, ATER de science politique à l’Université Paris 8.  

Intervenants principaux : Wang Shaoguang, professeur de science politique à l’Université de Hong Kong et Thomas Heberer, professeur de science politique à l’Université Duisburg-Essen.

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