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Billet de blog 3 févr. 2014

Les nationalisations en Amérique latine, instrument de souveraineté et de développement, Obey Ament

Le Venezuela, la Bolivie, l’Équateur ont fait des nationalisations un instrument clef de leur politique visant l’émancipation.

Nicolas DUTENT
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Le Venezuela, la Bolivie, l’Équateur ont fait des nationalisations un instrument clef de leur politique visant l’émancipation.

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L’arrivée des forces politiques de gauche au gouvernement des pays de l’Amérique latine ont signifié un coup d’arrêt à deux décennies de politiques néolibérales d’ajustement structurel inspirées par le Fonds monétaire international (FMI). Ces politiques ont livré les ressources naturelles de ces pays, jusque-là sous contrôle de l’État, aux compagnies transnationales.

Le Venezuela
C’est le Venezuela qui a eu le plus recours aux nationalisations de secteurs très diversifiés : d’abord le pétrole, qui formellement n’avait jamais cessé d’être sous le contrôle de l’État, a été livré aux transnationales qui ont pris en main
l’exploration et l’exploitation. La nouvelle Constitution de 1999 et les lois promulguées en 2001 ont redonné à la compagnie nationale PDVSA son statut d’entreprise publique à part entière. Actuel­lement, PVDSA exploite en partenariat avec des transnationales les ressources pétrolières du pays, l’État qui détient 51 % des entreprises mixtes et les transnationales payent des royalties de 20 % pour l’exploitation du gaz et de 30 % pour le pétrole en plus d’un impôt de 50 % sur leurs revenus. Ces contributions servent au financement direct des différents projets de développement humain et contribuent au budget de l’État. Après sa réélection en 2006, Hugo Chavez a nationalisé les raffineries installées dans la frange de l’Orinoque, puis des entreprises dans la sidérurgie et dans la distribution d’électricité. Il a pris 90 % des actions de CANTV (télécommunications) et, en vue des grands projets de construction de logements, il a nationalisé l’industrie du ciment. Certaines industries de production d’aliments sont passées sous le contrôle de l’État en réponse aux rétentions et hausses injustifiées des prix.

La Bolivie
La Bolivie a pris le contrôle de ses hydrocarbures (gaz) en 2006 après des grandes luttes qui ont contribué à mobiliser le pays en faveur de la candidature d’Evo Morales. Les compagnies étrangères qui, jusque-là, laissaient au pays 18 % des profits réalisés laissent aujourd’hui 82 % des profits. La gestion des pensions a été reprise à BBVA ainsi que la distribution d’électricité contrôlée par REE et Iberdrola, trois compagnies espagnoles.

L’Equateur
En Équateur, le pétrole apporte plus d’un tiers du budget de l’État. Comme dans les autres pays, l’exploitation des hydrocarbures était formellement contrôlée par l’État mais la Constitution de 1998 a ouvert la possibilité de privatiser les services et les biens publics. L’élection en 2006 de Rafael Correa à la présidence de la République a redonné un rôle central à l’État et les ressources pétrolières ont été considérées comme stratégiques pour l’économie et doivent être sous le contrôle exclusif de l’État. Comme dans les autres pays progressistes des Andes, les ressources naturelles sont protégées par la Constitution et ne peuvent en aucun cas être privatisées. Leur utilisation et exploitation sont soumises aux décisions du parlement. En 2007, le gouvernement a taxé à 99 % les transnationales qui dépassaient les quotas accordés dans les contrats. L’espagnole Repsol a résisté pendant deux ans et a fini par payer les 444 millions dus en impôts. La française Perenco a préféré céder ses actifs à une autre compagnie. En 2010, le gouvernement a transformé les contrats de participation signés avec les transnationales en contrats de prestation des services. Elles ne tirent plus un bénéfice direct du pétrole et sont payées, selon les services rendus, à un tarif unique laissant à l’État 100 % de la production. En échange elles ont vu leurs impôts passer de 44 % à 25 %.

L’Argentine
En Argentine, les nationalisations ne font pas partie des politiques menées par un gouvernement qui se donne pour objectif la mise en place d’un capitalisme national et moderne. Pourtant, le président Nestor Kirchner n’a pas hésité à nationaliser les transnationales qui ne respectaient pas les contrats signés, soit en refusant de réinvestir dans le pays leurs bénéfices, soit parce que les services rendus n’étaient pas de la qualité promise. Ainsi, Thales (spectre radio-électrique) a dû quitter le pays de même que Suez qui avait la distribution de l’eau et l’assainissement du grand Buenos Aires. En pleine crise financière, Cristina Fernandez, qui lui a succédé, a fait voter par le parlement le transfert des 26 milliards de dollars des fonds de pension privés vers un système public de retraites mettant sous protection 5 millions de retraités. En 2012, l’État a pris la majorité des actions de YPF, filiale de Repsol, sous les protestations du gouvernement espagnol qui a exigé de l’Union européenne des mesures de rétorsion.

Les nationalisations font partie de formes nouvelles d’appropriation qui existent dans les pays d’Amérique latine et qui contribuent à la diversification de leurs économies : propriétés communales comme en Bolivie, coopératives et usines récupérées par leurs salariés au Venezuela.

Les nationalisations sont un acte politique fort de souveraineté populaire face aux grandes puissances. Elles apportent des moyens pour le développement humain. Pour autant, elles posent la question de la diversification des matrices énergétiques et le défi de l'industrialisation pour que ces pays ne soient plus les pourvoyeurs de matières premières des pays dominants.  

*Obey Ament est responsable Amérique
latine du secteur International du Conseil
national du PCF.

La Revue du projet, n° 27

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