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Le Club de Mediapart mer. 31 août 2016 31/8/2016 Édition de la mi-journée

Pour que l'altermondialisme cesse de tourner en rond (par Bernard Cassen*)

Il faut d’abord voir dans la démondialisationune orientation stratégique de rupture et de refondation.

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Il faut d’abord voir dans la démondialisationune orientation stratégique de rupture et de refondation.

Les 17 % de votes obtenus par Arnaud Montebourg lors du premier tour de la primaire du Parti socialiste en octobre dernier ont mis en évidence l’impact du thème de la démondialisation, dont le candidat avait fait son principal cheval de bataille. Quelques mois avant cette consécration – dotée d’une « griffe » de respectabilité  car venue de l’intérieur d’une formation dont le centre de gravité est clairement social-libéral –, une sourde bataille avait commencé à se livrer autour du mot. Une bataille politico-sémantique, mais pas seulement : elle avait aussi une dimension patrimoniale. Beaucoup, dans les partis de gauche, ne voulaient pas donner l’impression de s’aligner sur le socialiste Montebourg et de se placer sur le territoire qu’il avait habilement délimité. Par ailleurs, dans le milieu associatif, certains détenteurs de la « marque » altermondialiste craignaient, semble-t-il, l’évaporation de leur fonds de commerce au profit d’une nouvelle « marque » présumée concurrente.

Le terrain du débat avait été balisé intellectuellement, en France, par trois livres : celui de Georges Corm, Le Nouveau Gouvernement du monde (La Découverte, 2010) ; celui de Jacques Sapir, La Démondialisation (Seuil, 2011) ; et celui d’Arnaud Montebourg, Votez pour la démondialisation, préfacé par Emmanuel Todd (Flammarion, 2011). Ces deux derniers auteurs faisaient remonter le concept au Philippin Walden Bello, figure de proue des Forums sociaux mondiaux, dans son livre publié en 2002 Deglobalization : Ideas for a New World Economy (Zed Books, Londres, 2002). En fait, il avait déjà été proposé par l’auteur de ces lignes dans un article publié en novembre 1996 et intitulé « Et maintenant… démondialiser pour internationaliser » (Manière de voir n° 32). Mais, à l’époque, il n’avait pas fait surface dans le débat public.

Une condamnation de la mondialisation libérale

Rien de plus naturel que les artisans et thuriféraires de la mondialisation libérale aient pris pour cible un mot dont ils ne s’étaient d’ailleurs pas donné la peine de vérifier la signification – variable selon les auteurs – , mais qui valait condamnation de leur système en faillite. On a ainsi vu se multiplier les condamnations péremptoires, d’Alain Minc à Pacal Lamy en passant par Manuel Valls et, dernier en date, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso (Le Point, 17 novembre 2011), tous traitant la démondialisation de concept  « ringard » ou « réactionnaire ».

Cette montée en première ligne, avec des « éléments de langage » communs, traduit une sourde inquiétude : celle de la délégitimation de l’ordre capitaliste néolibéral dont le mouvement des Indignés est un autre symptôme. Cette délégitimation est un préalable indispensable pour rendre audible, dans les opinions publiques, un discours à la fois réellement alternatif et cohérent, un nouveau paradigme pour parler « savant ». Aussi longtemps que ne sera pas mise en pièces « l’évidence du discours néolibéral » – pour reprendre le titre d’un ouvrage de Thierry Guilbert tout juste paru aux éditions du Croquant – , des politiques de rupture ne pourront pas recueillir l’adhésion du plus grand nombre. On l’a bien vu en Espagne où, malgré la petite percée d’Izquiera Unida, les électeurs – et surtout les abstentionnistes – ont cru que leur seul choix se situait entre une austérité PSOE et une super-austérité PP.

Dans ce contexte sinistré, chacun devrait convenir que le point d’ancrage et de cristallisation constitué par l’installation du mot « démondialisation » dans le lexique politique d’une partie de la social-démocratie française constitue un acquis non négligeable. Alors, au lieu d’instruire de faux procès, d’ergoter et de rechercher des concepts de substitution, mieux vaudrait utiliser, prolonger et amplifier cette dynamique.

Des faux procès

Le premier faux procès consiste à prétendre que ceux qui préconisent la démondialisation veulent ramener au périmètre national les luttes pour les biens sociaux mondiaux et contre le changement climatique, les pandémies, la spéculation sur les matières premières et les produits agricoles, etc. Ce faisant, ils confondent mondialisation et internationalisation.

Dans la mondialisation libérale, les acteurs sont globaux, transfrontières, déterritorialisés, off-shore. Il s’agit des opérateurs financiers, des transnationales, des organisations multilatérales à leur service (FMI, Banque mondiale, OMC, OCDE), de la Commission européenne, de la BCE. Tous ont en commun d’être hors de portée du moindre contrôle démocratique, réduisant ainsi à zéro toute forme de souveraineté populaire. La « troïka » BCE/FMI/Commission qui sévit à Athènes, Lisbonne, Rome, etc., en plaçant sous tutelle – et avec leur assentiment plus ou moins imposé – les différents gouvernements, constitue un modèle réduit édifiant de cette oligarchie planétaire.
L’internationalisation, elle, du moins dans son principe, a pour valeurs la coopération et la solidarité, mais elle peut aussi se traduire par des délégations de souveraineté consenties (et révocables) par des collectifs politiques. Pour l’avenir prévisible, ces collectifs, à part quelques îlots, sont les nations. Reste à construire un véritable espace public européen pour que le sentiment d’appartenance et la capacité d’intervention commune qui en découle s’élargissent à ce niveau et au-delà. On pourra remarquer – les raisons sont multiples – que l’Amérique latine est bien plus avancée que l’Europe dans la construction d’un espace public continental.
 
Second faux procès : à en croire une tribune publiée par des membres influents d’Attac en juin 2011, la démondialisation serait « un concept superficiel et simpliste », par ailleurs antagonique avec l’altermondialisme. Cette prise de position a été largement perçue à l’époque comme un réflexe « boutiquier » de la part de responsables d’une organisation qui, identifiée à l’altermondialisme, s’inquiète de l’émergence d’un concept présumé concurrent. Cette posture a rapidement fait long feu et aucun des intéressés ne s’en est réclamé dans un colloque d’excellente tenue, organisé le 19 novembre dernier par la Fondation Copernic et… Attac, et dont le titre était pourtant « Démondialisation / Altermondialisme » !
Cette retraite sur la pointe des pieds relevait du simple bon sens. Car l’altermondialisme ne se situe pas sur le même registre que la démondialisation. Un livre d’Attac – Le Petit Alter. Dictionnaire de l’altermondialisme ( éditions des 1001 Nuits, 2006) – précise bien qu’il regroupe des initiatives et propositions qui « se soutiennent mutuellement, mais sans jamais tenter de se fédérer formellement ni de se cristalliser dans un organigramme rigide, d’autant plus que les différentes composantes de l’altermondialisme se réclament plutôt d’une culture de contre-pouvoir que de conquête du pouvoir ». Tout est dit… Il faudrait que l’on nous explique en quoi la mise en œuvre de propositions altermondialistes serait « antagonique » avec l’altermondialisme !

Car la démondialisation, elle, se situe effectivement sur le registre du pouvoir, de sa conquête, puis de son exercice. Elle s’articule donc parfaitement avec l’altermondialisme dans la mesure où les actions de gouvernement qui sont sa raison d’être peuvent puiser dans le gisement de propositions des organisations ou coalitions qui se retrouvent dans les Forums sociaux mondiaux, continentaux ou nationaux. La démondialisation, c’est le passage à l’acte, le débouché politique tant réclamé par des militants qui ne se contentent plus de dresser des catalogues de revendications dans les Forums, mais veulent les voir aboutir concrètement. Sans cette perspective, le mouvement altermondialiste est voué à tourner en rond, à s’enliser ou à se folkloriser.

Les actions de démondialisation

La panoplie des actions de démondialisation est potentiellement aussi  diverse que celle des propositions altermondialistes. Ses axes centraux sont, d’une part, la mise à bas des piliers du néolibéralisme que sont la liberté de circulation des capitaux et le libre-échange, et, d’autre part, en guise d’outil, l’affirmation de la souveraineté populaire et du contrôle démocratique des flux économiques et financiers à tous les niveaux pertinents. La mise sous tutelle des banques, la fermeture des paradis fiscaux, la taxation des transactions financières, des mesures de protection contre le dumping social, fiscal et écologique, etc., font partie de la panoplie, mais cette dernière ne s’y limite pas.

Au fond, il faut d’abord voir dans la démondialisation une orientation stratégique de rupture et de refondation : cesser de reculer face à la mondialisation libérale, passer à l’offensive pour en démanteler pas à pas les structures et permettre la construction de sociétés sur des bases « autres ». Ce qui nous enjoint de donner un contenu au mot d’ordre à la fois ouvert, optimiste et 100 % altermondialiste : « Un autre monde est possible ! ».

*Bernard Cassen est président d’honneur d’Attac, secrétaire général de Mémoire des luttes.

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Tous les commentaires
  • 14/01/2012 08:01
  • Par JJMU

Contre le discours dominant sur la dette publique
Point de vue | LEMONDE | 13.01.12 | 13h13 • Mis à jour le 13.01.12 | 13h14
par Geneviève Azam, Etienne Balibar, Thomas Coutrot, Dominique Méda, Yves Sintomer
Il y a deux manières de raconter ce qui se passe en Europe. Selon le storytelling dominant, nous avons trop dépensé. Experts et éditorialistes devisent sur la France qui, comme les autres pays dépensiers, "vit depuis plus de trente ans à crédit". L'enjeu pour la gauche serait seulement de "donner du sens à la rigueur" en attendant de "relancer la croissance".
Ce scénario semble aussi évident que l'air que nous respirons. Il est pourtant contraire aux principaux chiffres officiels, et une narration alternative apparaît mieux fondée. Ainsi selon le rapport sur "La dépense publique et son évolution", publié par Bercy, la part des dépenses publiques dans le PIB français est passée de 52,8 % dans les années 1990 à... 52,9 % dans les années 2000.
Si les déficits et la dette ont flambé, ce n'est pas du fait d'une envolée des dépenses, mais à cause d'une réduction des recettes. Le manque à gagner annuel dû aux exonérations et baisses d'impôts consenties dans les années 2000 est chiffré par Gilles Carrez, député UMP et rapporteur du budget, à plus de 100 milliards d'euros. Et la crise financière a provoqué une chute brutale des recettes publiques déjà érodées par cette contre-révolution fiscale. Cette dette est celle de la finance et du néolibéralisme, pas des assurés sociaux ni des citoyens.
Deux narrations aussi contradictoires de l'histoire de la dette publique déterminent deux réponses antagoniques. Selon l'histoire officielle, une cure sévère d'amaigrissement budgétaire s'impose, sans débat autre que sur les modalités, pour que la France restaure ses finances publiques et que ses entreprises redeviennent compétitives. Dans la narration alternative, à l'inverse, la clé de la situation réside dans une réforme fiscale redistributive, couplée à une cure amaigrissante et une mise sous tutelle... du secteur financier.
En outre, la réforme fiscale, qui permet de réduire le déficit courant, n'épongera pas la dette : les intérêts versés en 2011 aux rentiers - ceux-là mêmes qui ont bénéficié des baisses d'impôts - se montent à 50 milliards d'euros, avant même la prochaine perte du triple A et de probables hausses des taux exigées par les marchés.
Pour alléger ce fardeau, préserver les services publics et la protection sociale, et enclencher une transition écologique, le débat démocratique devra déterminer si une part de cette dette est illégitime, c'est-à-dire contractée au nom d'arguments infondés et au bénéfice d'intérêts particuliers et, le cas échéant, décider un défaut sur cette partie de la dette. Les Etats devront à l'avenir se financer ailleurs qu'auprès des seuls marchés financiers, comme ils le faisaient jusqu'au début des années 1980 : faute de quoi ils ne pourront plus prétendre à aucune souveraineté.
Ils devront également prendre acte que cette crise est aussi celle d'un modèle de croissance insoutenable, et réorienter les investissements publics vers des programmes écologiquement plus sobres et plus riches en emplois, au lieu de grands projets productivistes, coûteux et obsolètes.
Mais si la narration critique a pour elle la vraisemblance du diagnostic, elle se heurte aux "évidences" martelées, et la nécessaire radicalité des réponses qu'elle appelle peut inquiéter. C'est pourquoi un appel pour un "audit citoyen de la dette publique" a été lancé mi-octobre 2011 par des personnalités et nombre d'organisations syndicales, associatives et politiques, rejoints depuis par plus de 50 000 citoyens (Audit-citoyen.org).
Des collectifs locaux se créent dans de nombreuses localités pour proposer aux citoyens de s'emparer de ce débat. Ces initiatives n'ont pas encore intéressé les médias, mais veulent susciter dans les profondeurs de la société un débat de la même intensité que celui qui a précédé le référendum sur le traité constitutionnel européen en 2005.
Car les questions alors débattues se posent avec une tout autre acuité, à l'heure où le tsunami de l'austérité arrive d'Europe méridionale. Les réformes institutionnelles adoptées depuis un an, et parachevées par le "traité intergouvernemental à Vingt-Six" décidé au sommet européen de décembre, ne font que radicaliser une logique de répression budgétaire et de soumission aux marchés financiers, dont la crise manifeste pourtant l'échec patent. Alors que le navire de Maastricht s'est déchiré sur les récifs de la crise financière, les capitaines s'épuisent à coller des rustines sur les débris qui flottent.
Une idée a servi de clé de voûte à l'architecture européenne depuis Maastricht : les marchés sont plus intelligents que les gouvernements et les électeurs. Concurrence fiscale et sociale au sein d'un marché libre et non faussé ; réduction des recettes publiques pour augmenter la compétitivité ; obligation faite aux Etats, en cas de déficits, de se financer sur les marchés ; interdiction faite aux Etats de s'entraider financièrement... : la zone euro a été conçue pour éliminer les politiques économiques volontaristes et placer les Etats sous le pilotage automatique des marchés. La tentative désespérée de sauver cette architecture aux principes obsolètes ne peut qu'échouer, fût-ce avec des eurobonds (des titres communs pour mutualiser la dette des pays de la zone euro) qui resteront soumis au jugement et donc aux critères de "bonne gestion" des marchés.
L'échec programmé de ce sauvetage peut déboucher dans les années à venir sur un éclatement de l'euro et un déferlement des courants nationalistes, autoritaires et xénophobes qui travaillent les sociétés européennes. Mais le pire n'est pas certain. Les aspirations démocratiques, elles aussi, sont très vivaces en Europe, notamment dans la jeunesse, comme le montre l'essor des mouvements "indignés" dans les pays du Sud, jusqu'ici les plus touchés par la crise sociale et démocratique.
La nomination d'anciens dirigeants de Goldman Sachs comme chefs de gouvernement en Grèce et en Italie, ministre des finances en Espagne ou président de la Banque centrale européenne, ne passe pas. Pas plus que les cris d'orfraie devant l'éventualité d'un référendum, en Grèce ou ailleurs. Les citoyens ne veulent plus être "des jouets dans les mains des banques et des politiciens", comme disent les "indignés" espagnols. Ils veulent pouvoir peser sur leur avenir, faire des projets pour leurs enfants, stopper les dégradations sociales et écologiques qui les indignent.
Face à la surdité des élites, une insurrection démocratique est nécessaire en Europe comme d'ailleurs aux Etats-Unis, dans le monde arabe, en Russie... Il s'agit de refonder la démocratie dans le champ politique, par un recours intense aux mécanismes de la démocratie directe (initiatives citoyennes, référendums révocatoires...) et de la démocratie délibérative (conférences citoyennes, deuxième Chambre tirée au sort...).
Il s'agit aussi de l'élargir au champ économique, à commencer par le système bancaire, dont le sauvetage imminent par les deniers publics doit être l'occasion de le placer sous le contrôle non pas des fonctionnaires de Bercy ou de Bruxelles, mais de la société civile. L'horizon semble bouché par leur dette : dégageons-le en réinventant notre démocratie.
Attac organise, en partenariat avec Mediapart, la journée de débats "Leur dette, notre démocratie", le dimanche 15 janvier, à l'Espace Reuilly (Paris 12e).
Geneviève Azam, économiste, membre du conseil scientifique d'Attac ;
Etienne Balibar, philosophe ;
Thomas Coutrot, économiste, coprésident d'Attac ;
Dominique Méda, sociologue ;
Yves Sintomer, politologue.

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