Depuis plus de cinquante ans,  notre pays  raconte fièrement sa belle aventure culturelle, ces multiples  histoires qui  font  vivre l’exception culturelle au quotidien. Il y a  dans ces expériences une richesse inouïe. 

La nation est faite ce cette sève, notre peuple cultive un souci de culture et d'arts. L'inventivité des artistes dans tous les domaines, dont le régime d’assurance chômage garantit  des droits sociaux bien légitimes pourtant remis en cause régulièrement est le terreau de cette vitalité…  et ces centaines de milliers de professionnels qui agissent en continu, au plus près des citoyens pour que les arts et la culture irriguent les territoires.  La décentralisation  a favorisé  la construction d’un outil culturel dense, diversifié, réellement efficace, avec un apport associatif déterminant. Pour autant sommes-nous au firmament de l'avènement des politiques publiques des arts et de la culture ? La crise frappe et le constat est terrible partout, tant du côté des populations et des artistes que des structures,  le manque est grand… et les enjeux d'hier semblent bien petits au regard de  tous ceux qui agitent notre monde contemporain.
Quels chemins, quelles pistes emprunter ?  Plutôt que la dérive libérale sans lendemain, nous appelons à une vraie révolution de la pensée pour faire de la culture le moteur d’un nouveau projet politique. « L’archipel sensible » sorti cet été pendant le festival d’Avignon propose de nous interroger sur le champ souvent rétréci de ce qu’est la culture. Les tenants d’une vision libérale de la société, eux, sont à pied d’œuvre, leurs réponses conjuguent toujours culture, arts et produits financiers,  mais le pire n’est pas encore à l’œuvre, en tout cas en ce qui concerne les collectivités et l’État : la puissance publique ferait de la culture non pas un moteur d’humanité mais un vecteur économique, un marché de biens et de produits. La frénésie  de la concurrence entre capitale européenne et  la compétitivité érigée en dogme asséchera tous les  financements ! Que faire alors devant  une si sinistre prophétie ? Résister, inventer, responsabiliser, anticiper comme le suggère Mireille Delmas-Marty. Car au nom  de quoi faudrait-il abandonner nos antiennes émancipatrices !
Appelons du nouveau dans nos politiques publiques, sortons des schémas anciens et mettons en démocratie ! Donnons du souffle, interrogeons la politique, débattons des enjeux ! Ne voyons plus les populations comme des cohortes à éduquer ou   des consommateurs potentiels, favorisons une vision progressiste  qui reconnaisse les droits culturels pour chaque citoyen. Les politiques passées les ont  chiffrés, catégorisés, soumis aux critères de la démocratisation culturelle,  faisons ensemble des politiques avec  les gens. Un pari démocratique  enthousiasmant qui modifie le centre de gravité des politiques publiques. Soyons conquérants pour tous, la culture est un bien commun qu’il nous faut partager dans une vision  transversale et non pas comme un élément additionnel de l’action publique… saisissons nous des questions ensemble et réactivons notre espace public en donnant du sens à notre action ! un enjeu qui doit nous mobiliser partout  et singulièrement au sein de nos communes, espace culturel symbolique et physique  de construction de notre projet politique. 

Florian Salazar-Martin est adjoint (PCF) au maire de Martigues (Bouches-du-Rhône), chargé de la culture.
 

La Revue du projet, n° 29

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