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La Revue du Projet

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Billet de blog 7 mars 2011

Une croissance sans précédent d'un autre PIB (par Frédéric Boccara*)

L'alternative au capitalisme n'est aujourd'hui envisageable qu'avec une dimension environnementale forte. Celle-ci est intrinsèque au changement de société. Elle est au cœur du nouveau mode développement que nous voulons bâtir.

Nicolas DUTENT
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L'alternative au capitalisme n'est aujourd'hui envisageable qu'avec une dimension environnementale forte. Celle-ci est intrinsèque au changement de société. Elle est au cœur du nouveau mode développement que nous voulons bâtir.

Longtemps, trop longtemps, les communistes ont considéré l'écologie comme un champ d'action mineur, le déléguant au secteur associatif. C'est vrai pour l'activité politique militante beaucoup moins sur le terrain de la gestion de nos collectivités territoriales pour laquelle les élus communistes ont souvent fait preuve de lucidité, de créativité et d'innovation.

L'aspiration à un rapport plus accessible, plus équilibré, plus raisonnable, plus maîtrisé avec la nature est un élément fondamental de notre pensée. Dans la théorie marxiste la question des rapports homme / nature occupe une place majeure.

Avec les crises financières, sociales, alimentaires, démocratiques, écologiques nous vivons une crise systémique capitaliste sans précédent à l'échelle planétaire. Et dans cet ensemble les enjeux écologiques se font particulièrement pressants. Ils occupent une place croissante dans les préoccupations de nos concitoyens et s'invitent dans le débat politique quotidien et électoral. Les citoyens ont bien compris qu'il s'agit d'agir à tous les niveaux. Chacun est aujourd'hui attentif aux petits gestes du quotidien mais pour autant nous sommes conscients - une fois la culpabilité rangée au placard- que les défis se jouent ailleurs.

Ainsi aujourd'hui plus aucun d'entres nous ne nie l'urgence de l'intervention communiste sur cet enjeu. De catastrophes industrielles aux pollutions des milieux naturels, de pollution de l'air au réchauffement climatique, du débat énergétique à celui des OGM nous sommes amenés à prendre position et à donner notre avis pour peser dans les débats de société, sur la définition des politiques publiques et sur la nature de changement de société auquel nous aspirons.

L'expérience nous a appris qu'il ne suffit pas que le système de production soit étatisé ou nationalisé pour présenter des garanties écologiques à toute épreuve ; loin s'en faut ! Néanmoins le sentiment de l'incompatibilité profonde entre le capitalisme et le respect de l'environnement grandit dans les consciences. De façon encore trop diffuse certes car les partis écologiques et certaines grandes ONG sont plus enclins à jouer sur la culpabilité et les peurs individuelles plutôt que de s'attaquer à la mise en évidence de la responsabilité première du système capitaliste à l'origine de la crise.

Pourtant à l'évidence le capitalisme n'est pas écolo-compatible et ce pour une raison évidente : les écosystèmes ont besoin de temps longs pour se maintenir et se développer incompatibles avec les temps courts de la course au profit maximum.

L'exploitation à outrance des ressources naturelles par les multinationales des pays riches sous couvert des Etats libéraux, ici et dans le monde, continue dramatiquement de sévir tout comme leur désinvolture sur les conditions de leur activité industrielle (catastrophe BP en Louisiane été 2010).

Je voudrais donc donner quelques points de repères et formuler quelques champs d'intervention sur lesquels nous pouvons développer notre politique écologique militante.

Une conviction est de plus en plus partagée ces crises ne sont pas fatales. Elles appellent autant d'avancées de civilisation, - au sens de la poursuite de l'hominisation et de l'émancipation humaine - qui remettent en cause les modes de production et d'échanges capitalistes, la recherche exacerbée du profit, et au-delà l'ensemble des rapports de domination, d'exploitation et d'aliénation qui gouvernent le monde, les êtres humains et la nature depuis des millénaires.

Un nouveau mode de développement, humain et durable

Pas d'issue sérieuse sans un nouveau mode de développement qui soit à la fois durable, soutenable et renouvelable sur le plan écologique, générateur de progrès social, d'épanouissement individuel et d'émancipation humaine, démocratique et citoyen sur le plan politique. Ce que nous avons appelé au congrès un développement humain durable.

Un nouveau mode de développement, c'est d'abord une action publique résolue en faveur d'une maîtrise citoyenne sociale et écologique des marchés dominés aujourd'hui par le capitalisme financier et productiviste.

Ce que nous voulons c'est un développement susceptible de préserver la planète pour notre génération et celles qui viennent, tout en maintenant et en poursuivant notre ambition d'égalité, de justice sociale, de croissance saine et de progrès social. Il faut maintenir le cap d'une croissance qui réponde aux besoins actuels, nouveaux et futurs, avec l'extension de la démocratie et le pouvoir d'intervention des salariés.

Pour nous social et environnement vont de paire

Les enjeux environnementaux sont en effet étroitement liés aux enjeux sociaux et les familles modestes, les personnes et les salariés en situation précaires sont les plus exposés aux risques environnementaux. Nous devons mettre au cœur du débat public, la question de la recherche d'autres critères que la rentabilité pour la machine économique et celle d'une autre utilisation de l'argent au service non seulement de l'emploi et d'un autre type de croissance et de productivité, mais au service de l'amélioration de l'environnement.

L'importance des services publics

La question du développement de services publics de l'environnement et de l'écologie devient cruciale, tout comme celle d'entreprises publiques fonctionnant avec des critères d'économie de ressources naturelles et de moyens matériels, en alternative à la domination-prédation de l'environnement et des ressources naturelles .... Des services publics nationaux coopérant entre eux jusqu'au niveau mondial concerneraient les « ressources naturelles » (agences de l'eau, ...), mais aussi la connaissance de la production, des effets des technologies, voire le transfert des technologies....

Comment avancer dans cette voie et quelles propositions formuler :

Lors du forum national du Front de Gauche à Bordeaux en janvier dernier nous avons commis un texte conçu comme point de départ à notre ambition commune transformatrice dont les militants doivent s'emparer pour susciter le débat entre eux et surtout avec les citoyens. Il en est également ainsi du forum de Bagnolet sur la crise de l'agriculture.

Une planification écologique démocratique

Fondamentalement nous proposons d'organiser démocratiquement la bifurcation vers un autre mode de développement, en interrogeant nos besoins et en réorientant production, échange et consommation en vertu de leur utilité sociale et écologique.

Dans les grandes lignes, il faudra au préalable identifier les biens communs et les services publics qui constituent les droits fondamentaux, et en organiser la production et la gestion publique. Trouver le niveau pertinent d'articulation entre le central et le local, explorer les voies de la socialisation et de la réappropriation citoyenne. L'ensemble des forces du pays, partis politiques, organisations syndicales et professionnelles, associations, organisations non gouvernementales, citoyens aura à s'y exprimer et trouvera à faire valoir ses arguments. Sous le contrôle du Parlement, ces débats publics doivent permettre de dépasser les contradictions actuelles entre les intérêts économiques, sociaux et environnementaux pour définir ce qui est l'intérêt général. Ils permettront de décider, collectivement, des solutions technologiques et économiques à mettre en œuvre pour satisfaire nos besoins sans porter atteinte aux écosystèmes.

Une transformation écologique et énergétique : dans cette perspective nous militons pour une appropriation publique et sociale des biens communs de l'humanité : eau, énergie, air, terre....Face au changement climatique nous devons penser l'après pétrole, -énergie fossile la plus contributive à l'effet de serre- et ouvrir en grand le débat sur la politique énergétique française et européenne afin d'assurer le droit à l'énergie pour chacun, ici et dans le monde: systématisation des plans climat, programme d'économie et d'efficacité énergétique [habitat aux normes écologiques, développement des transports en commun, ferroutage et fluvial...] ; mettre fin aux droits à polluer institués dans la cadre du protocole de Kyoto.

Dans le domaine de l'électricité pour améliorer la compétitivité des énergies nouvelles renouvelables et faire émerger la « génération 4 » de centrales nucléaires plus sûres, plus économes en combustible et moins productrices de déchets. Développer la recherche dans tous les domaines énergétiques (en matière d'efficacité énergétique, renouvelables,...) en encourageant la sobriété à tous les niveaux ce serait à la fois tracer des pistes pour l'avenir et développer l'emploi dans de nouvelles filières.

Ne nous cachons pas qu'en ce qui concerne l'énergie en général et le nucléaire en particulier un profond débat traverse la société et donc nous même. C'est pour cette raison que nous organisons un séminaire sur ce thème le 5 mars dont les conclusions seront portées à votre connaissance. Produire de tels efforts passe par un véritable plan de recherche, de formation, de développement industriel, pour explorer toutes les possibilités en termes d'énergies renouvelables et d'amélioration de l'efficacité énergétique.

D'autres propositions à mettre en débat :

  • Transport et fret : passer du tout routier au rail et au fluvial, développer les transports collectifs, garantir un financement renforcé des transports en commun (réouverture de lignes SNCF, en particulier des transversales, financement de matériel TER), développer la filière industrielles des véhicules électriques.
  • Lutte contre le consumérisme, contre l'invasion de la publicité et le système dominant des médias, mise en place du revenu maximum autorisé (à vingt fois le revenu médian). Passer de l'économie du remplacement à celle de la réparation, lutte contre l'obsolescence programmée (multiplication des temps de garanties sur tout le produit pour obliger les entreprises à la réparation). Lutte contre les modes, le surendettement et la création de besoins artificiels.
  • Science et citoyenneté : Garantir l'indépendance des chercheurs et développer la recherche fondamentale. Mise en place de débats citoyens et d'instances de contrôle et de décisions sur les applications scientifiques par l'industrie. Création d'un statut de protection des lanceurs d'alerte.
  • Agriculture : prise en compte des enjeux à la fois sociaux, d'emploi, de souveraineté alimentaire, d'environnement et de santé de l'alimentation. Garantir la souveraineté alimentaire - incluant le développement de l'agriculture paysanne et vivrière, et la protection du foncier agricole en zone urbaine et péri urbaine. Pour un nouvel ordre alimentaire mondial : Instauration d'une clause de sauvegarde internationale lorsque les terres d'un pays sont menacées de spéculation et de détournement de la production. Prolonger le moratoire sur l'utilisation des OGM agro-alimentaire ou PGM plein champ. Interdiction de la spéculation sur les matières premières agricoles et alimentaires. Taxation des importations abusives pillant les agricultures locales, en particulier dans les pays du Sud, afin de financer la relocalisation des productions (Voir à ce sujet les développements présentés dans le document produit à l'occasion du forum Front de Gauche de Bagnolet).
  • Santé et environnement : lutte contre les produits chimiques néfastes, les pesticides consommés et l'exposition des agriculteurs, les problèmes des nanomatériaux pour la population autant que pour les travailleurs.
  • Favoriser la relocalisation des productions, en particulier agricoles, pour développer les circuits courts et rapprocher les producteurs des consommateurs.
  • Impulser un processus de coopération internationale pour favoriser et soutenir toutes les expériences d'écologie anticapitaliste.
  • Création d'un service public national de l'Eau, un service public de l'Energie avec la réappropriation publique du secteur de l'énergie (EDF-GDF et Total) que le marché pousse dans les bras du privé en le détournant de sa mission de service public, mise en cause de l'ouverture à la concurrence dans les transports et l'énergie qui conduit à une véritable gabegie marchande au détriment de toute vision de long terme, soutien aux collectivités dans la mise en place de Plans climat, Agenda 21, Plans bruit etc ... Création d'un Service Public du Logement. Création d'un service public national de l'ingénierie durable au service des collectivités territoriales.
  • Développer une grande politique d'enseignement et de recherche en écologie : cela suppose de revisiter les programmes d'enseignement à tous les échelons, mettre à plat les enjeux de la recherche publique et privée, définir un nouveau rôle au CNRS, INRA, CEA... garantir le statut indépendant des chercheurs pour qu'en lien avec la société ils définissent en dehors des pressions des monopoles, leurs programmes. Pour cela nous proposons la suppression de la loi LRU. Développement de la recherche dans tous les domaines énergétiques (en matière d'efficacité énergétique, renouvelables,...) en encourageant la sobriété à tous les niveaux.
  • Sur l'impact des installations industrielles et agricoles : il faut développer l'INRA, l'INERIS (risques industriels), l'IRSN (risques nucléaires) et les mettre en coopération de travail.

La France, l'Europe, les pays riches industrialisés doivent payer leur dette écologique à l'égard des pays du sud spoliés de leurs ressources naturelles, les accompagner dans la maîtrise de leur développement en leurs transférants brevets et technologies utiles à la lutte contre le réchauffement climatique. Les déchets doivent être réduits à la source. Pour cela, dès la conception des biens de consommation l'avenir des déchets doit être envisagé. Par ailleurs, il faut poursuivre la politique de collecte et de tri sélectif avec valorisation des déchets. Les technologies propres, comme la méthanisation (gestion des déchets verts), doivent être amplifiées et accompagnées d'un plan de valorisation du méthane produit dans les réseaux urbains par exemple. Le recours à la valorisation énergétique des grandes masses de déchets par incinération doit être utilisé en derniers recours. Développer l'éco-production territorialisée afin d'utiliser des déchets d'un type de production comme matière première pour une autre production soit par le démantèlement d'un produit en fin d'usage et le recyclage des produits qui le composent. Il est urgent d'accélérer les efforts de recherche en matière d'énergie dans toutes les directions.

*Frédéric Boccara, invité du dossier du mois de Mars de la Revue du Projet. Il est économiste et membre de la direction nationale du PCF

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