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Billet de blog 18 mai 2011

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Un programme de « changement raisonnable » (par Francis Parny*)

Le programme rendu public par le Parti Socialiste nécessite un examen attentif, notamment pour celles et ceux qui aspirent à une alternative aux politiques menées depuis des années sur la base des logiques dominantes du système capitaliste. Hélas rien de fort qui symboliserait une ambition nouvelle pour notre pays.

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Le programme rendu public par le Parti Socialiste nécessite un examen attentif, notamment pour celles et ceux qui aspirent à une alternative aux politiques menées depuis des années sur la base des logiques dominantes du système capitaliste. Hélas rien de fort qui symboliserait une ambition nouvelle pour notre pays.

Rien de comparable même avec les nationalisations portées en 1981 par exemple ou la réduction du temps de travail qui en 2007 avait sans doute porté Lionel Jospin à Matignon. Il s’agit en quelque sorte d’un programme de « changement raisonnable ». On sait malheureusement que le raisonnable est l’ennemi des révolutions.

L’ambition affichée est celle du redressement de la France et d’un nouveau modèle de développement. Mais ces objectifs s’inscrivent dans une acceptation d’un monde concurrentiel dominé par les marchés financiers et dans une conception de la croissance économique où les gains de productivité ne sont jamais redistribués en faveur de l’emploi, des qualifications et des salaires.

Ce programme est-il de gauche ?

Il y a certes des choses qu'on ne peut balayer d'un revers de main, comme la création de 300.000 emplois jeunes ou la modulation de l'impôt sur les bénéfices qui prévoit d’appliquer un taux de 40 % lorsque ceux-ci sont distribués en dividendes. Mais quelques propositions concrètes ne constituent pas une vision de la société. Ce programme ne rompt pas avec les logiques libérales et atlantistes des politiques menées ces dernières années.

Pour l’OTAN par exemple, on frise le ridicule puisqu’il est suggéré d’évaluer les conséquences de l’entrée de la France dans l’OTAN. Tous les jours nous constatons qu’elle nous entraîne dans la guerre. Concernant l’Europe, il y a acceptation par le PS de toutes les logiques issues du traité de Lisbonne.

Et cette acceptation des politiques libérales se retrouve au plan national. Les hypothèses économiques du parti socialiste prévoient une inflation à 2 et une augmentation des dépenses publiques à 1,7 %, c'est-à-dire moins vite que l’inflation. Nous sommes dans une logique de diminution de la dépense publique confirmée par des propositions de réformes fiscales à budget public constant. Dans ces conditions, on comprend que rien n’est dit sur l’arrêt de la RGPP ou la nécessité d’un plan d’embauche de fonctionnaires pourtant nécessaire dans tous les services rendus à la population. Le PS annonce 10 000 policiers recrutés, cinq cents magistrats, mais combien pour l’école considérée comme une priorité ? On ne sait pas, et rien sur la poste. Rien pour empêcher le démantèlement de notre système de santé et la casse de l’hôpital. Les propositions sur des maisons de santé ou sur la médecine libérale confirment même l’engagement d’une politique de substitution au service public. L’absence de propositions sur le maintien et l’extension des services publics, sur leur rôle dans la logique de redistribution des richesses et la maîtrise sociale de secteurs indispensables à la solidarité et à

l’accès aux biens communs est sans doute le marqueur le plus négatif d’un programme enlisé dans l’acceptation des logiques libérales.

Concernant les mesures en faveur du développement de l’emploi, de la formation et d’une économie au service des impératifs sociaux et écologiques, on ne peut qu’être déçu. Nous avons besoin d’un véritable pôle financier public permettant de réorienter l’ensemble des crédits publics et privés vers ces objectifs en s’appuyant sur de nouveaux droits pour les salariés, sur leur lutte et sur des fonds régionaux pour l’emploi. En matière de justice sociale, rien sur l’éventualité d’une réduction du temps de travail ou même sur les 35 heures sans annualisation et sans diminution de salaire ; rien de précis sur le SMIC. Concernant la retraite, l’augmentation de la durée de cotisation et de toutes les cotisations, y compris les cotisations salariales confirme la position du PS dans le conflit.

On sait pourtant que la mise en place d’une taxe sur les actifs financiers, évalués à 305 milliards d’euros, permettrait de régler le problème d’une bonne couverture sociale. Un taux de taxe équivalent à celui des cotisations patronales de ce jour rapporterait 24,3 milliards à la caisse des retraites. De telles mesures permettraient de « marquer » un programme de gauche remettant en cause le capitalisme financier qui est le capitalisme de notre siècle et auquel il faut s’attaquer sous peine de se résigner à accepter sa domination et la marchandisation de toute activité humaine qu’elle induit.

Rendre l’espoir au peuple de Gauche

Un tel constat concernant le programme du PS est-il désespérant ? Oui, si on croit le rapport de force à gauche immuable. Non, si on s’inscrit dans une dynamique, si on s’appuie sur les potentialités de rassemblement qu’induit le mouvement social, sur les aspirations profondes de nos concitoyen-ne-s et sur des propositions, portées par le Front de gauche, qui rompent avec les logiques précédentes. Il s’agit de rendre l’espoir au peuple de Gauche et d’entraver ainsi la « résistible » ascension du vote FN.

Le programme populaire partagé du Front de gauche est un outil. De son appropriation par le plus grand nombre dépend un vote en 2012 qui ne soit pas guidé par la crainte mais par l’espoir. C’est notre combat. n

*Francis Parny est responsable national du PCF et vice-président à la culture de la Région Île-de-France.

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