La valise mexicaine: les négatifs retrouvés de la guerre civile espagnole (par Ambre Blondeau*)

Le musée d'art et d'histoire du judaïsme (MAHJ) propose une exposition inédite sur la fameuse 'valise mexicaine' de Robert Capa. Longtemps considérée comme perdue, celle-ci est passée de main en main de 1936 à 1940, pour finalement refaire surface à Mexico en 2007.Elle est constituée de négatifs d'environ 4500 photographies de la guerre d'Espagne. 

Gerda Taro, Spectateurs de la procession funéraire du Général Lukacs Valence, 16 juin 1937 © International Center of Photography Gerda Taro, Spectateurs de la procession funéraire du Général Lukacs Valence, 16 juin 1937 © International Center of Photography

Le musée d'art et d'histoire du judaïsme (MAHJ) propose une exposition inédite sur la fameuse 'valise mexicaine' de Robert Capa. Longtemps considérée comme perdue, celle-ci est passée de main en main de 1936 à 1940, pour finalement refaire surface à Mexico en 2007.Elle est constituée de négatifs d'environ 4500 photographies de la guerre d'Espagne. 

Chim (David Seymour), Femme avec un bébé écoutant un discours politique près de Badajoz, mai 1936 © Magnum Chim (David Seymour), Femme avec un bébé écoutant un discours politique près de Badajoz, mai 1936 © Magnum


Capa, l'un des plus célèbres photojournalistes du XXe siècle, n'est pas le seul auteur de ces photographies. Ces dernières ont aussi été prises par sa compagne, Gerda Taro, une des premières femmes à être reconnues comme photojournaliste, et leur ami David Seymour Chim (de son vrai nom Dawid Szymin), reconnu grâce à ses images du Front populaire et collaborateur régulier du magazine Regards. 

La guerre civile espagnole opposa, de 1936 à 1939, le gouvernement républicain espagnol de Front populaire à une insurrection militaire et nationaliste dirigée par le général Franco. De nombreux intellectuels et artistes de gauche se sont ralliés à la lutte antifasciste, défendant dans la presse internationale la cause républicaine.

Les négatifs de la 'valise mexicaine'_  présentés sous la forme de planches-contacts agrandies_ révèlent trois regards différents sur le conflit. 


 Robert Capa, Exilés républicains emmenés vers un camp d’internement Le Barcarès, 1939 © ICP / M Robert Capa, Exilés républicains emmenés vers un camp d’internement Le Barcarès, 1939 © ICP / M
Les photographies prises par Capa sont empreintes d'une charge émotionnelle forte. Celles de la bataille de Teruel, fin décembre 1937, sont caractéristiques du style du photographe en montrant des centaines de civils contraints à fuir. 

Chim s'attache davantage aux individus et réalise des portraits, loin du champ de bataille. Sa photographie la plus connue de l'époque montre une femme allaitant son enfant durant un meeting pour la réforme agraire. Elle paraît d'abord dans le numéro de Regards du 14 mai 1936, puis dans d'autres publications. Elle fait également la couverture de Madrid (1937). Évoquant une madone, elle présente tout le pathos d'une icône religieuse et témoigne de l'habilité de Chim à associer des thèmes différents sur une seule image. 

Taro nous montre encore un autre aspect de la guerre civile. Les films de juin et mars 1937, mettent en parallèle la vie à Madrid et celle à Valence et présentent des scènes de la vie urbaine, sept mois après le début du conflit. On y voit des affiches et des inscriptions qui proclament la résistance de l'Espagne contre le fascisme, des devantures de commerce et des vendeurs mais aussi des blessés et des soldats républicains en partance pour le front.   

L'exposition de ces négatifs retrouvés de la guerre civile espagnole permet ainsi de porter un regard nouveau sur un des évènements majeurs du siècle dernier. Il s'agit d'un témoignage exceptionnel _réalisé par les fondateurs de la photographie moderne de guerre_ qui met en lumière le rôle joué par les intellectuels juifs dans la résistance espagnole. Il propose trois angles de vue, trois sensibilités différentes mais complémentaires sur ce conflit.

*Ambre Blondeau est étudiante en Master information-communication à l'Université Panthéon Sorbonne (Paris 3) et stagiaire à la Revue du Projet.

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