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Billet de blog 27 mai 2014

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L’université au double défi de l’utilitarisme et de la réaction, Josua Gräbener

À l’inverse des choix actuels l’université doit être accessible au plus grand nombre et permettre une véritable autonomie des travailleurs tout au long de leur parcours professionnel et de formation.

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À l’inverse des choix actuels l’université doit être accessible au plus grand nombre et permettre une véritable autonomie des travailleurs tout au long de leur parcours professionnel et de formation.

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Un grand malentendu fausse les débats politiques autour des réformes de l’université. L’inflation des titres et diplômes, tant décriée par les tenants d’une approche utilitariste du savoir, ne s’est pas doublée d’un accès massif aux emplois moins pénibles et plus rémunérateurs. Le fossé entre les aspirations légitimes à l’épanouissement par le travail et la morosité des marchés de l’emploi (entre chômage, précarité et déclassement) n’a fait que s’accroître. Les gouvernements et les hommes d’affaires ont distillé l’idée que ce fossé doit se réduire par deux principaux leviers : la restriction de l’accès aux études et la mise en adéquation des cursus avec les besoins à court terme des agents économiques dominants. À l’inverse, une perspective communiste implique d’encourager simultanément la démocratisation de l’accès et l’autonomie des parcours de formation face aux injonctions des employeurs.

Sortir le droit à
la formation de la marchandisation

Le premier levier proposé, voire imposé, par les apôtres du tout marché, est la limitation de l’accès à l’enseignement supérieur, notamment par la hausse (ou plutôt l’explosion) des frais de scolarité, les coupes drastiques dans les bourses et par une sélection accrue. C’est aussi la promotion rhétorique de « l’excellence » et du « jeunisme », la valorisation du modèle « campus » états-unien pour favoriser l’entre soi estudiantin, l’attraction des « meilleurs élèves », avec souvent la fuite des cerveaux et ses conséquences délétères pour les pays d’origine. Cela s’inscrit dans un projet de société malade. Les individus (sauf peut-être les 30-50 ans) seraient « trop immatures » ou « trop âgés », donc soupçonnés de performances insuffisantes. Être en droit de se former devient un luxe, indexé à la productivité marginale des individus aux yeux des capitalistes.
Face à cela, les communistes doivent encore et toujours garantir à chacun la possibilité de se former, quelle que soit son origine sociale, quel que soit son âge. Le droit à la formation doit être arraché à la marchandisation parce qu’il constitue une pièce maîtresse de l’émancipation individuelle.
Le deuxième levier des dominants actuels est d’adapter les formations aux demandes du patronat en main-d’œuvre, ce qu’on appelle « l’employabilité ». La cause du chômage et de la précarité serait alors déplacée vers les seuls individus, sommés d’entretenir leur « capital humain ». Cette fourberie « adéquationniste », qui dédouane le système de ses responsabilités, est diffusée dans les établissements de formation eux-mêmes et dans les agences de recrutement. Dans cette logique, ce sont les diplômés qui doivent être immédiatement opérationnels pour les employeurs, et non ces derniers qui doivent compléter un cursus général par la transmission des compétences spécifiques. L’alliance entre marchandisation de l’université et bouleversement réactionnaire du marché du travail est évidente. La qualification se réduit à un outil supplémentaire de « lisibilité des marchés du travail ». Le jargon managérial s’est approprié l’université (comme tant d’autres symboles), dissolvant le potentiel émancipateur de celle-ci dans la mise en concurrence permanente. Les enquêtes sur le marché du travail sont pourtant formelles : un très grand nombre d’actifs occupe un poste sans rapport direct avec leur qualification.

Le droit à la formation, outil d’émancipation collective
C’est pour cela que les communistes incluent dans les luttes universitaires classiques celles pour l’autonomie intellectuelle et pédagogique face à la prétention du patronat (souvent soutenu par le gouvernement) d’imposer à l’université ses contenus et ses méthodes. L’université doit plus que jamais être un lieu de débat, d’apprentissages formels et informels, plutôt qu’une usine à cracher des travailleurs disponibles clés en main favorisant la compression des salaires. Revaloriser le droit à la formation comme outil d’émancipation collective implique d’en éliminer les dérives managériales.

Le lien est évident entre la dérive utilitariste des politiques de formation et l’affaiblissement des cadres collectifs de protection des travailleurs. Les débats politiques contemporains présentent au contraire séparément les luttes « sociétales », notamment celles à l’université, et les luttes relevant strictement « du travail ». Proposer une université accessible au plus grand nombre et permettant une véritable autonomie des travailleurs tout au long de leur parcours professionnel et de formation est indissociable du projet communiste d’émancipation du travail. Un défi majeur à intégrer dans la stratégie de long terme est de combattre, de façon intelligente et constructive, la mise en concurrence des travailleurs français avec le reste de l’Europe et du monde. Car de semblables attaques ont lieu dans tous les pays. L’internationalisation du capital voue à l’échec les batailles qui se limiteraient au plan national. Une stratégie transnationale est indispensable, difficile… mais possible. Mieux : elle est déjà en marche (certes trop peu) avec des partis, syndicats et associations de tous pays. 

Josua Gräbner est politiste. Il est doctorant à l'Institut d'études politiques de Grenoble.

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