J'ai fait mon apprentissage à Lyon et Saint-Etienne

Durant de longues années j’ai été conseiller technique de ces deux villes où j’ai beaucoup appris. Ce qui suit est un résumé succinct de cette époque. Les espaces publics de Lyon Des principes fondateurs à leur mise en œuvre sur le terrain

Lyon : de la volonté d’humaniser la ville à l’attention à la qualité de tout ce qui se transforme

Le Grand Lyon, comme la plupart des agglomérations en France et en Europe, avait très sérieusement subi les méfaits d’une vision fonctionnaliste. Les villes avaient été éloignées de leurs fleuves, des dizaines de milliers de logements sociaux avaient été construits en périphérie et, comme partout ailleurs, la prégnance de la voiture était très forte, dans les villes et leurs espaces, le savoir faire des collectivités s’étant lui-aussi orienté beaucoup sur cet objectif.En 1989, le nouvel élu à l’urbanisme souhaita concilier urbanisation et humanisation et confia naturellement à l’administration (assistée de moi-même) l’organisation d’une telle démarche, centrée pour beaucoup sur l’amélioration des espaces publics. Pour que les effets soient bien à l’échelle d’une agglomération de 1.200.000 habitants comptant 55 communes, il ne pouvait être suffisant d’intervenir seulement sur quelques lieux prestigieux comme le centre Presqu’île mais l’on devait travailler, avec tous les acteurs publics ou privés déjà impliqués dans l’évolution urbaine, partout où se transformait la ville : toutes les typologies de lieux dans tous les quartiers ou les communes. De 1989 à 2000 ce seront plus de 300 sites qui auront ainsi été réaménagés. Places, boulevards, infrastructures, parcs…une multiplicité de typologies de projets Ainsi furent concernés des espaces emblématiques comme la place des Terreaux ou la rue de la République, mais des boulevards comme celui de la Cité Internationale remplacèrent des voies rapides, des centralités furent rénovés (à Pierre Bénite, Saint-Fons…), une vaste politique en direction des grands ensembles fut engagée. Bien des rues ou de petits sites ordinaires, qui sont aussi les lieux de la vie quotidienne, ont été rénovés.Les nouveaux espaces, théâtres aussi de la vie moderne (la place Vivier-Merle avec ses deux lignes de tram, sa dizaine de lignes de bus, sa gare, son centre commercial, etc.), ont aussi été traités avec le plus grand soin, non seulement dans leurs fonctions propres mais aussi par rapport aux autres usages, à leur paysage, à leur capacité à renforcer l’urbanité, le confort. La création de deux nouvelles lignes de tramways a par exemple permis de restructurer tout le cœur de Bron et bien d’autres espaces sur les 20 km des lignes. De nouveaux parcs ont vu le jour : le parc des hauteurs et celui de Gerland. Du sens des projets aux dimensions culturelles de l’urbain Les lieux n’ont pas que des formes différentes, ils ont aussi un sens, des usages, une histoire, des modes d’appropriation différents qui constituent la richesse de l’offre urbaine. L’urbain a donc une dimension culturelle que l’on a cherché à traduire dans les projets eux-mêmes, en réalisant par exemple des études historiques ou sociologiques décrivant comment les sites étaient vécus et perçus. Mais des actions comme les jardins de poches, les commandes artistiques ou des manifestations telles que le festival des Lumières ont permis de la renforcer. Celui-ci a par exemple enrichit, à travers les créations lumineuses éphémères, l’écriture des projets pérennes de Lyon et ses enseignements sont appliqués (c’est même un de ses credos) dans le nouveau plan Lumière piloté par Gilles Buna, élu en charge de l’urbanisme depuis 2001.

Les grands ensembles : une approche urbaine et une vision socio-politique.

Concernant les grands ensembles, l’un des principes fondateurs a été celui de l’unité entre centre et périphérie. A l’expérience ce principe, porté en continu au Grand Lyon depuis plus de 20 ans quels que soient les bords politiques, n’est pas utopique. Il a été mis en application à partir de thèmes simples : l’appel à la même qualité de concepteurs, l’utilisation du même mobilier urbain spécial au Grand Lyon, le même soin accordé au ravalement des bâtiments de centre-ville ou à la réhabilitation des logements sociaux dans la banlieue, des moyens financiers analogues …

Ce sont même des moyens humains plus importants qui sont mobilisés dans la mesure où les questions à résoudre là sont particulièrement difficiles. On peut remarquer d’ailleurs que la politique menée sur ce thème dans le Grand Lyon, depuis 81 et les évènements des Minguettes, a très fortement nourri la réflexion et les méthodes utilisées dans d’autres territoires : c’est par exemple le rôle de la concertation, celui de la prise en compte, dans la constitution d’un projet, de lamultiplicité des partenaires ou des différentes échelles de temps - le court, le moyen et le long terme -, c’est le rôle de l’espace public. Sur la ville constituée et ses quartiers, une intervention sur tous les thèmes en même tempsPresque tous les grands ensembles de l’agglomération font ou ont fait l’objet de transformations plus ou moins lourdes. Elles concernent tous les domaines (habitat, commerces, équipements, espaces publics…) car, et c’est une autre des leçons, intervenir sur l’architecture, le logement ou l’espace urbain ne suffit pas. Il faut travailler, sur un territoire, tous les sujets en même temps et donc aussi les transports, la culture, le social, le commerce, l’éducation et même la gestion…L’on doit pour cela coordonner tous les acteurs et cet apprentissage du travail sur la complexité de la ville, de ses quartiers et de ses lieux est une méthode maintenant utilisée partout. Les deux exemples qui suivent en fournissent une illustration. En son temps, dans la Presqu’île, le réaménagement des espaces publics a été précédé de la création de parkings enterrés et de la réorganisation des lignes de transport en commun. Les équipements comme le musée des Beaux-arts ou l’Opéra ont été rénovés, une campagne de ravalement des façades a été engagée, une mise en lumière d’édifices singuliers ou de rues principales a été conduite, accompagnant et renforçant l’impact de la rénovation des espaces. Dans le même sens, le centre de Vaulx-en-Velin, ville construite dans les années 60 et comportant une grande part de logement social, s’est vidé à la fin des années 80 du fait du départ de deux grandes surfaces. Un projet global, piloté par le Grand Lyon et la Ville, a été conçu puis négocié entre tous les partenaires. Chaque maître d’ouvrage ensuite a mis en œuvre, selon sa propre responsabilité et en coordination avec les autres acteurs, la partie qui lui incombait : un lycée a été construit, un nouvel équipement commercial ouvert, des espaces publics, des logements, des bureaux ont été conçus ainsi qu’une ligne de transport en site protégé. En somme les actions ont été fédérée dans un temps relativement court en multipliant les angles d’approche et en cherchant à appréhender toutes les échelles, depuis celle du quartier à celle du pied d’immeuble, depuis le détail jusqu’au global. C’est une des leçons tirées du travail réalisé depuis plus une vingtaine d’années.

Une maîtrise d’ouvrage forte, condition nécessaire de la conduite d’une politique

Tout cela n’est pas tombé du ciel. La nature va dans le sens du cloisonnement, chacun s’enfermant dans sa propre spécialité. Le travail urbain est en cela contre nature car il oblige à trouver, au service de l’intérêt public, des mises en cohérence, des synthèses, des arbitrages entre les logiques, les intérêts des nombreux acteurs impliqués : maîtres d’œuvre, maîtres d’ouvrage, politiques, associations…Il les amène à tous œuvrer ensemble. Des méthodes ont donc été mises en place au Grand Lyon qui reposent sur le renforcement du rôle et de la compétence de la maîtrise d’ouvrage. Chaque opération est sous la responsabilité d’un chef de projet unique. Il a pour tâche de concevoir les programmes, les commandes, de suivre les budgets, d’organiser les partenariats, le suivi administratif…Il est fait appel, pour concevoir les projets, à des maîtres d’œuvre extérieurs. La légitimité du politique est mise en avant et chaque projet est à divers stade l’objet de débats entre partenaires et d’arbitrages politiques. Une planification rigoureuse des actions est conduite de manière à ne pas disperser moyens humains ou financiers. Un travail continu de concertation entre les partenaires et avec le public est mené pour faire correspondre projets, attentes et contexte.En cela, une telle politique et l’organisation, les jeux de rôle auxquels elle renvoie constituent, pour la société urbaine, un instrument qui lui permet d’évoluer dans des conditions plus maîtrisées. Elle peut ainsi participer à l’écriture de son destin au lieu de le subir. C’est donc un levier précieux de la vie démocratique. A présent, les élus comme les administrations peuvent s’appuyer sur ce savoir-faire pour concrétiser leur politique et par exemple mener des projets complexes comme l’aménagement de la rive gauche du Rhône ou la restructuration du quartier de grands ensembles de la Duchère.Dans le même sens, le contexte ayant changé notamment parce que ce qui a été fait n’est plus à faire, que des problèmes d’alors ont trouvé leur solution quand d’autres sont apparus, que les savoirs se sont approfondis, que les priorités ont naturellement évolué, il était nécessaire que les pratiques, les principes, les méthodes eux aussi soient réinterrogés. C’est dans cette direction que s’est engagé le Grand Lyon et c’est la mission que nous assurons à présent que de l’assister dans cette évolution, à partir de l’analyse et de la réorientation des projets en cours.

Saint-Etienne,

La singularité d’une politique urbaine

Saint-Étienne est une ville populaire, vivante, forte, qui avait consacré depuis 30 ans beaucoup d’argent à une transformation économique aujourd’hui réussie mais, de ce fait, peu d’attention à sa qualité urbaine et notamment à ses espaces publics. En dix ans, elle avait perdu 10% de sa population et le maire de l’époque avait souhaité que l’on agisse rapidement pour stopper ce phénomène, et à grande échelle afin que soit reconstruite, dans tous les quartiers, la qualité de vie à laquelle chaque citadin aspire.Mais la difficulté était dans le passage de principes généraux à leur application dans les actes. L’enjeu était de taille puisque l’action urbaine est devenue centrale dans les politiques publiques.La rénovation de grands espaces tels que les abords du stade Geoffroy-Guichard ou ceux du centre-ville avec une diminution forte de la voiture au profit des piétons et des transports en commun avait été engagée : la place Jean-Jaurès, la mise en site propre du tram…. Depuis de grands équipements d’agglomération tels que la Cité du Design, le Zénith ont été programmés et construits.Mais dans le même temps nous avons proposé et organisé une politique d’ « actions de proximité » et environ 150 petits lieux de dimension modeste mais d’une grande importance pour la vie des quartiers ont ainsi été réaménagés depuis 1998. Pour ce faire, ont été mobilisés les services de la Ville mais aussi l’École d’Architecture et l’École des Beaux-Arts, très impliquées dans la vie publique. Comment tout cela a-t-il fonctionné ?Un projet politique, des lieux de projetLa plus grande efficacité a d’abord été recherché entre le passage des objectifs et principes de la politique urbaine au choix des projets qui lui ont donné corps. L’équipe municipale de l’époque avait souhaité que lui soient proposés plusieurs scenarii comportant un nombre déterminé d’actions, et surtout une analyse de leur impact escompté par rapport au projet politique. Bien sûr, le niveau d’investissement induit devait être acceptable pour la Ville et le planning de réalisation des opérations devait correspondre à la durée du mandat électoral. Ce travail d’explicitation fut conduit par le Service Urbanisme, et une grande attention a été portée à la justesse des informations, à la lisibilité des enjeux de manière à ce que les choix s’opèrent dans des conditions éclairées. Après un débat politique, un scénario assurant un équilibre entre rénovation du centre et action dans les quartiers, fut choisi, fixant pour plusieurs années la liste des opérations prioritaires. Les moyens financiers et humains pouvaient alors être concentrés sur leur mise en œuvre, évitant ainsi toute dispersion sur des thèmes ou des lieux jugés secondaires.Des moyens humains au service des prioritésLe service Urbanisme alors orienta son travail vers la conduite de projet pour réaliser les opérations, chacune étant confiée à un chef de projet unique.Ce rôle est essentiel et demande à la fois énergie et compétence. Energie quand par exemple il faut savoir gérer les conflits, animer des débats. Compétence car il oblige à trouver à chaque problème des solutions astucieuses et prenant en compte les possibilités locales. Un exemple permet d’éclairer ce point.La rénovation du stade Geoffroy Guichard impliquait le réaménagement des ses abords (12,5 hectares), mais la capacité financière disponible était bien loin des budgets disponibles ailleurs, par exemple autour du Stade de France à Saint-Denis. Pour autant, un grand soin fut accordé à la qualité du projet, mettant l’argent sur l’essentiel (la structure, les usages, les arbres) et substituant à l’emploi de matériaux riches, celui du sable stabilisé. Cela permit d’ouvrir un très grand espace public, nouvel équipement destiné aux Stéphanois pour un coût de seulement 20€/m².Une organisation, un mode de décision adaptésAménager l’espace urbain nécessite de résoudre les contradictions qui lui sont propres, d’arbitrer entre les diverses logiques qui s’y affrontent. Il fallait d’autre part agir vite et avec un souci de cohérence. Furent donc mis en place des processus décisionnels et de suivi efficaces tant au niveau politique que technique : un Comité de Pilotage Politique et un Groupe de Travail Technique. Des compétences opportunément placéeConduire un grand nombre d’opérations en un temps court nécessite des moyens humains coordonnés, en nombre suffisant et avec des missions claires et correspondant à la fois aux compétences des personnes et aux tâches à assumer.Le Service Urbanisme, maître d’ouvrage, a donc travaillé en coordination et en complémentarité avec les autres services plus thématiques tels que la voirie, l’éclairage public, les espaces verts qui assurent les rôles de gestionnaire du domaine public. Pour construire une capacité de conception des projets, il fut fait appel à des compétences extérieures constituées de deux manières. On eut recours à des concepteurs privés (architectes, paysagistes, urbanistes) pour des missions de conception complètes pour les projets les plus importants et, pour les actions de proximité, on construisit une force de production de projets originale : l’Atelier.Une originalité d’intervention : l’AtelierIl fallait agir vite sur la qualité de vie au quotidien pour participer à enrayer le départ des habitants, à grande échelle pour toucher tous les quartiers et enfin avec des coûts d'intervention modérés eu égard à la capacité financière de la ville.Certains constats avaient orienté le choix du concept et sa mise en œuvre: c'était l'attachement des habitants ou des techniciens à leur ville, ville populaire où se professe une certaine discrétion, un refus de l'ostentation, c'était la présence de deux excellentes écoles - l'Ecole d'Architecture et l'Ecole des Beaux Arts -, c'était la compétence même des techniciens en leur domaine et enfin la nécessité d'imaginer un système de production et de suivi de projets efficace.Le principe consista à rassembler les moyens humains existants et des compétences en devenir. Elles furent formées de jeunes professionnels, architectes, designers et artistes issus des écoles stéphanoises et réunis au sein de l’Atelier. Ils eurent pour tâche de concevoir les projets pour chaque lieu. Ces compétences très diverses et complémentaires furent organisées au sein d'un processus rigoureux où les tâches de chacun, très clairement définies, étaient coordonnées attentivement.Le travail consista d'abord à faire choisir annuellement par les élus, à partir de leur propre connaissance des quartiers et des demandes qui remontaient de la population, entre 20 et 30 lieux relativement petits par leur dimension physique mais d'une importance grande dans la vie des gens. Ces lieux furent ensuite analysés dans leur fonctionnement et leurs enjeux par le Service Urbanisme et les programmes ainsi constitués furent discutés puis confiés à de jeunes créateurs, architectes, designers ou artistes.Les projets furent ensuite discutés par la maîtrise d'ouvrage, les services gestionnaires, les élus et les habitants. Ils évoluèrent, furent amendés, se précisèrent jusqu'à ce qu'il y ait accord. Les données techniques, financières furent alors, avec le jeune créateur, analysées par le bureau d’étude de la Ville qui constitua les dossiers de consultation. Le suivi de la réalisation fut assuré par les mêmes assistés du concepteur. Ce dernier, de statut privé, fut intégré à l’Atelier animé par moi-même et qui comprenait 15 jeunes créateurs de profil différent (5 artistes, 5 architectes, 4 designers et 1 paysagiste) rassemblés périodiquement en un même lieu pour discuter de façon commune les propositions de chacun. Ce fut à la fois un lieu de production de projet et d’apprentissage des mécanismes et des acteurs de la fabrication de l’espace urbain. La vigueur de l'organisation, la coordination du travail de chaque acteur dans la responsabilité qu'il possédait, l’attention apportée à la qualité, induisirent un temps très court entre la décision de faire et la fin des travaux et, si 15 à trente sites par an furent ainsi rénovés, la qualité tant formelle que d’usage fut le plus souvent atteinte, malgré des budgets faibles. Cela traduisit dans les faits la volonté de transformer la ville à grande échelle en s'appuyant sur ses valeurs propres. La politique publique s’attacha en cela à former un vivier local de professionnels capables de participer à l’évolution de leur cité.Quelques propos complémentairesL’espace public est-il seulement la voirie ?C’est un peu de voirie et beaucoup d’autres choses. L’espace public est un sujet et un instrument. C’est un sujet physique, contenant et contenu, fait de formes, de matériaux, de pratiques, de modes de gestion, d’éléments immatériels… Il s’agit de le transformer pour « l’embellir » et qu’il réponde mieux à des usages multiples, y compris changeants. Mais c’est aussi un levier, un instrument pour une meilleure société urbaine. Si on lance une action sur l'espace public avec des élus et une administration, on oblige d’emblée à aborder des problèmes très complexes, à l’image de la société d’une ville : il faut négocier avec les commerçants, arbitrer entre automobiles et piétons, entre intérêts publics et privés, etc. Il faut être capable de gérer des partenariats, passer des commandes, élaborer des projets, décider …On oblige à améliorer le fonctionnement, les compétences des organisations, la qualité du choix politique à partir de projets concrets qui parlent d’usages, de manières de vivre une ville. On donne en fait à la gestion de la société urbaine sa vraie place dans l’action publique. C'est une entrée dont on peut prendre conscience en France ou en Europe mais dont on mesure le caractère crucial en Amérique du Sud (j’y assure depuis 10 ans des missions régulières dans le cadre du programme SIRCHAL. Comment à Baranquilla ou Popayan en Colombie, à Saint-Domingue, à Lima ..., partir d’objectifs très concrets comme le confort ou l’hygiène des rues pour mobiliser une administration, des instances politiques d'ordinaire peu impliquées, et aborder peu à peu l'urbain comme un levier pour améliorer la vie sociale ? Chaque fois l'entrée espace public a permis d’interroger les élus, de mobiliser les techniciens, d’impliquer les architectes, etc. Et les questions ne portaient pas sur des principes généraux ou théoriques mais sur des problèmes bien réels : comment faire pour réaliser des trottoirs, des places, planter des arbres, nettoyer et entretenir, quelles solutions apporter, à quelles conditions?Quelles stratégies particulières nécessite une approche globale de l'espace public ?C’est d’abord une discipline avec ses compétences, ses méthodes, qui nécessite moyens humains et financiers, qui mobilise études et savoirs (ce que j’aide à mettre en place là où je travaille). Un exemple ? Il faut que les responsables soient réunis autour d'une même table, faute de quoi on ne peut prendre de décision, ou l’espace partagé devient une somme d’espaces confisqués par des groupes de pression. Mais l’espace public semble à la mode. Alors déjà apparaissent bien des pièges. Il avait disparu comme lieu de la vie urbaine au profit de la fonction routière … à présent chacun veut une part de ce nouveau gâteau, quand l’on ne confond pas être attentif au site, à la vie urbaine et implanter du mobilier urbain ostentatoire. Le métier de concepteur d’espaces s’était perdu…certains projets maintenant ne privilégieraient-ils pas la forme, l’esthétique au détriment des pratiques ou de la capacité d’évolution. La stratégie menée par la Ville de Copenhague est à ce titre intéressante. La construction de logements y est très dynamique. Leur conception est confiée à des architectes talentueux qui font de beaux projets. Face au risque que l'esthétique des espaces prime sur le contenu, l’objectif qui fut donné était qu’espaces nouveaux et traditionnels soient d’une même qualité de complexité, de diversité des usages, de subtilité des relations entre public, privé et semi-privé (notamment dans les cours intérieures). Cela se traduisit par un plan d’action (CUSAP 2/) à l’élaboration duquel j’ai participé et qui précise moyens, actions et méthodes pour que tout lieu fasse l’objet de la même attention. Il affichait la nécessité de travailler sur tous les lieux de la ville, tous les endroits où elle se transforme y compris les infrastructures, les boulevards ou par exemple les places devant les gares?Et en dehors des centres-villes, que se passe-t-il ?Il n’y a pas d'endroits de seconde zone, sans valeurs. Au-delà des excès de la « patrimonialisation », tout lieu mérite attention. D’abord vérifier que toute nouvelle opération programmée produise bien de la qualité, ce qui n’est pas gagné (n’oublions pas que les banlieues portent les stigmates d’une approche fonctionnaliste). Et puis agir vite pour améliorer la qualité de vie. Pour cela, en complément des opérations lourdes de transformation, il est important d’utiliser des moyens d’action simples et rapides. Un exemple : le grand ensemble des 4000 à La Courneuve est séparé d’un très beau parc par une autoroute. J’ai suggéré, dans le cadre de la mission qui m’a été confiée de participer à l’élaboration du projet urbain de la communauté Plaine Commune, que l'on coupe une bretelle d’accès à l’autoroute afin d'établir un accès direct, par cette voie devenue pour les piétons et les cycles entre ce grand ensemble défavorisé et le parc. Il s'agit là d'utiliser une infrastructure existante pour la détourner de sa fonction initiale. De nombreux problèmes pourraient être résolus de cette manière, sans investissements considérables. L’idée est de satisfaire à l’objectif d’urbanité en inventant s’il le faut les moyens pour l’atteindre.

Paris le 21 janvier 2009, à partir de textes sur Lyon et Saint-Etienne écrits en 2003.

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