Castor, Pollux et les Pould’Ô (2/7) – Séduire les Étourneaux

« Je n'en reviens encore pas de la promptitude avec laquelle les Étourneaux se sont précipités dans nos rets ! Et massivement avec ça : plus de 240 000, qui nous ont laissé près de 17 millions de fois 150 brindilles ! » commenta Castor, encore tout à son émoi.

Pollux.jpg« C'est que nous avons bien su les y aider, vous et moi ! » suggéra Pollux. « J'avais, convenez-en, soigneusement préparé les vôtres afin qu'ils soient d'autant plus convaincants qu'ils étaient eux-mêmes convaincus. Et, en bons élèves, ils ont consciencieusement récité leur leçon, si bien enseignée et si bien apprise. Quand nous les avons tenus dans nos terriers, les malheureux Étourneaux n'y ont vu que du feu ... ». « Tout de même », marchanda Castor, « ça n'a pas toujours été de tout repos » !

Pollux concéda : « Il est vrai qu'au début, ils étaient plutôt méfiants, nous disant que tout ce qui brille n'est pas or. Et pour briller, ça brillait : nous n'avions lésiné ni sur les fils d'or, ni sur les fils d'argent pout tresser les paniers ! ».

« La première trouvaille a été d'aller les chercher chez eux ; une fois dans nos terriers, il nous était plus commode d'allumer les projecteurs pour faire scintiller les joyaux de mille feux, pour allécher les naïfs, pour les culpabiliser en leur disant qu'ils seraient écervelés de ne pas profiter de l'aubaine, surtout que c'était sans risques, ab-so-lu-ment (à ces mots, l'Étourneau ne se sent plus de joie !) ».

« Je dois reconnaître en toute modestie », ajouta-il en se rengorgeant, « que l'idée des simulations n'était pas piquée des hannetons ; rien de plus efficace pour prédire l'avenir que de faire parler le passé » ; tout en reconnaissant avoir eu assez de chance pour que le magazine Picoré pour vous ne publie les siennes, de manière assez confidentielle de surcroit, que longtemps plus tard.

« Mais où diable sont-ils allés chercher toutes ces brindilles. A croire qu'ils les fabriquent », renchérit Castor ? « C'est que vous ne savez peut-être pas tout » protesta Pollux : « ils ne les ont ni fabriquées, ni apportées. Pour la plupart, elles étaient tout bêtement déjà chez nous ! Nous avons simplement convaincu les Étourneaux de les changer de place ».

« Gé-nial : » siffla Castor, avant d'ajouter, un brin soupçonneux : « et ils avaient vraiment tous des brindilles » ? Pollux dut concéder : « Non ; pas tous ... ».

Castor : « Et alors, par quel miracle ... » ? Pollux : « Pas un miracle ! Du travail de professionnels : nous en avons prêté à ceux qui en manquaient ».

« Prêté » manqua de s'étouffer Castor ? « Mais nous ne sommes pas prêteurs, c'est là notre moindre défaut » ! Pollux le rassura sur le champ : « Contre rétribution, bien entendu. Et ils nous ont tout remboursé, intérêt et principal, avant l'août foi d'animal ».

« Ah bon ! Gé-nial ! » récidiva Castor. « Quelle magnifique idée que ces Pould'Ô. Et qui nous laisse une marge des plus confortables ! Combien, précisément, déjà ? »

« Un peu plus de 647 millions de brindilles : 50 en copeaux, dès qu'ils ont eu signé ; plus 32, en copeaux encore, facturés au fur et à mesure, pour prix de la garde des brindilles qu'ils nous avaient si généreusement prêtées (et que nous avions déjà par devers nous, au demeurant). Plus enfin 565, par un tour de magie dont je suis assez fier et que je vous expliquerai demain » !

A demain, donc pour être instruits de la science de Pollux. Mais d'ici là, souvenez-vous que le royaume d'Ésope n'est pas sans recéler d'inattendues coïncidences. La preuve en est ici.

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Sommaire

Introduction. Castor, Pollux et les Pould'Ô

1. Les Paniers aux œufs d'or

2. Séduire les Etourneaux

3. La science de Pollux

4. Les cris des Etourneaux

5. Les piaillements bâillonnés

6. Chez l'arbitre des rongeurs

 7. Les Etourneaux en appellent à l'Hermine

 

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