Castor, Pollux et les Pould’Ô (4/7) – Les cris des Étourneaux

Quatrième épisode de la saga des Pould'Ô, ou la grande déception des petits épargnants.

Quatrième épisode de la saga des Pould'Ô, ou la grande déception des petits épargnants.

Castor.jpg« Dites-moi, Pollux : j'ai comme un souci. Voilà que nos Étourneaux semblent vraiment fâchés et que leur nuée vient frapper aux portes de nos terriers. Déjà, certains y étaient venus voici deux ans sous prétexte qu'ils étaient inquiets pour le sort de leurs brindilles. Sur votre conseil, nous les avons éconduits, leur faisant gober qu'il leur fallait attendre deux ans de plus pour connaître le fin mot de l'histoire, alors que vous comme moi, nous savions dès ce moment que la messe était dite !

Toujours aussi souples d'échine, ils nous ont fait confiance, une fois encore. Mais etourneau.jpglà, maintenant, les voilà semble-t-il décillés et bien décidés à en découdre !... ».

Pollux.jpg« Oh là ! Tout beau mon cher Castor, c'est à vous de gérer tout cela. Ma route s'arrête là ; souffrez que je vous abandonne : cela ne me concerne plus. Qui plus est, j'ai du pain sur la planche : déjà, je vois poindre d'autres machineries dont je salive déjà ».

C'est que les Étourneaux, maintenant que l'échec des Pould'Ô leur était connu, officiellement (et cyniquement annoncé par de cruels poulets), commençaient de se lâcher en un sacré raffut.

Après s'être contentés un temps de pérorer entre eux, voilà maintenant qu'ils n'hésitaient plus à en appeler au Roi des animaux en personne, après s'être adressés à sa grande argentière la Fourmi. Par bonheur, la seconde restait de marbre quand le premier disait se reposer entièrement sur elle. Rien qui soit vraiment de nature à émouvoir Castor. Seule, la Chouette, symbole de sagesse qui œuvrait au terrier de l'Arbitre des rongeurs (qui, ainsi que tout terrier, était fort obscur et si peu transparent, comme nous le verrons sous peu), avait fait quelque cas de leur juste courroux.

Toujours est-il qu'ils proclamèrent urbi et orbi qu'ils feraient un vol de sommation, en escadrille, au jour de la Saint-Daniel.

Castor prit la menace au sérieux, renforça la sécurité de ses terriers en y postant quelques molosses pour filtrer les entrées et fit donner de la voix à ses affidés. Il envoya aux étranges lucarnes sa représentante. Elle ne trouva rien de mieux que de railler le nom des Pould'Ô, le jugeant prétentieux et aberrant, regrettant par là-même qu'on eut commis l'erreur d'en vanter tant le ramage que le plumage.

Un bien grand branle-bas pour une si timide menace, émanant d'une si modeste armée ! Castor voulut sans coup férir laver l'affront et la vexation de s'être tant alarmé pour si peu.

Au front des Étourneaux se trouvait un chevalier de Pardaillan, flamberge au vent (pas gascon pour un coup, mais flamand celui-là). Ysengrin l'avait débusqué et vertement tancé par de ronflants propos : un pelé, un galeux d'où venait tout le mal !

Castor fut prompt à lui emboîter le pas. « Nous l'allons montrer tout à l'heure », déclara-t-il tout soudain à l'Hermine, la priant avec insistance de bien vouloir faire taire l'injure sur le champ ! Las, il y mit tant d'empressement malhabile et fébrile qu'il dut s'y reprendre à deux fois et que l'Hermine, trouvant le trait grossier, confus et imprécis, le pria pour ces raisons d'aller se faire voir ailleurs. Ce qu'il fit la queue basse, posture bien peu usuelle et ô combien humiliante pour Castor ...

Mais les Étourneaux savaient désormais qu'ils devraient tôt ou tard croiser d'autres fers.

A demain pour apprendre comment leurs piaillements furent bâillonnés. Vous êtes désormais familiers de la formule : le royaume d'Ésope n'est pas sans recéler d'inattendues coïncidences. Vous pouvez vous en convaincre ici et .

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Sommaire

Introduction. Castor, Pollux et les Pould'Ô

1. Les Paniers aux œufs d'or

2. Séduire les Etourneaux

3. La science de Pollux

4. Les cris des Etourneaux

5. Les piaillements bâillonnés

6. Chez l'arbitre des rongeurs

7. Les Etourneaux en appellent à l'Hermine

 

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