Le Guêpier – préface

Préface de l’épopée à suspense inspirée des méandres de l’affaire » DoublO

 

 

 

Le guêpier1

 

 

Pas de noisettes pour les pigeons

(L’antimirage des chaumières)

 

 

Épopée2 à suspense
née de l’imagination de

Jean-Pierre Lamargot

 

1 « Endroit dangereux, situation complexe et délicate dont on arrive difficilement à sortir sans dommage. Synonymes : pétrin (familier), piège, souricière, traquenard. Donner, tomber dans un guêpier. »

« Ce n'est pas la peine de nous donner tant de mal pour tirer Albert du guêpier où il s'est fourré »  (François de Curel, La nouvelle idole, 1899, I, 1, p. 163), selon Le Trésor de la Langue Française informatisé (cf. http://atilf.atilf.fr/)

2 Long poème ou récit « de style élevé » où la légende se mêle à l'histoire pour « célébrer un héros ou un grand fait ». On pourrait sans doute à bon droit aussi bien parler de prétérition (« figure par laquelle on attire l'attention sur une chose

 

Préface

 

Ce roman1 fut entamé et largement rédigé dans le climat très particulier et inédit du confinement généralisé décrété en réponse aux assauts du coronavirus : l’humanité malade de la2 Covid 193.

« Tout ce qui est tatoué n’est pas à moué ! » C’est une réflexion qui me vient de la manière la plus récurrente en juillet sur les plages de Lanzarote, en y étant exposé plus que de raison aux insolentes bandes dessinées ambulantes arborées par de nombreux sujets de sa gracieuse majesté, qui y déambulent sans trop tituber, pour passer le temps entre deux happy hours … Une avanie dont la pandémie m’aura sagement préservé cette année (ce qui confirme, s’il en était besoin, que tout revers peut avoir sa médaille), en m’offrant de substituer à la fidèle fréquentation des côtes canariennes la découverte de la Charente confolentaise et plus particulièrement de l’ensemble monumental des thermes gallo-romains de Cassinomagus4, en compagnie de mon petit-fils (je présente sincèrement mes plus plates excuses à tous ceux qui ont su endurer de bien moins riches châtiments) !

Ils n’en mourraient pas tous, mais tous étaient frappés. On en voyait d’occupés à de multiples choses (spéculant qui sur les pâtes, qui sur le papier toilette5…), mais nul cependant au point de chercher le soutien d’une mourante vie ! Nul mets n’excitait leur envie, à la seule exception, peut-être, des pâtes6 lorsqu’avec une profonde tristesse, ils étaient témoins du pillage des rayons par leurs congénères.

 

Si vous n’êtes pas candidat à la succession du baudet de la fable, il vous est recommandé d’inventer une occupation en pareilles circonstances ; sinon, le risque vous guette d’être sauvé de la pandémie, mais emporté par la dépression7. Une alternative ouverte et réjouissante, en somme …

 

Car c’est une expérience inédite pour la plupart de se retrouver face à soi-même, un « privilège » qui jusqu’alors n’était l’« apanage » que des prisonniers et des otages !

 

De réaliser aussi que si seuls quelques esprits avancés8 songent encore à nier que notre responsabilité est sans nul doute engagée quant au dérèglement climatique, il est de plus en plus probable que nous portions aussi celle de la survenue de l’épidémie courante (et sans doute des précédentes ainsi, hélas, que de celles à venir aussi), du fait d’avoir créé, et développé jusqu’au delà de l’acceptable, les tortures infligées à la biodiversité et à l’autonomie de la vie sauvage9.

 

De constater enfin l’étrange et inattendue dichotomie10 qui fait qu’en notre pays les leaders politiques les plus extrêmes applaudissent aux consignes et aux initiatives gouvernementales, en même temps que d’autres dirigeants, au Brésil, aux États-Unis, en Grande-Bretagne et sans doute ailleurs se confinent eux aussi, mais dans les replis de leurs esprits barbares, pendant que l’exemple du civisme citoyen nous est administré par l’empire du Milieu, archétype pourtant de la désincarnation de l’individu !

 

Mais fort heureusement l’ « union sacrée » ne dura pas plus de deux ou trois semaines et l’on n’eut rapidement plus besoin de faire des efforts pour se souvenir en quel pays nous vivions. D’autant que, de l’autre côté de l’Atlantique, l’oncle des trois neveux, compagnon de Daisy et neveu de Picsou s’astreignait sans relâche à de louables et constants efforts pour que le doute n’ait aucune chance de s’instiller dans les esprits (esprit, esprit, es-tu là ? Mais sans la moindre ombre de la queue du chat, n’en déplaise aux frères Jacques).

 

Ne manquerait plus, en ces temps incertains, que l’on en vienne à réaliser que nous avons à tort confondu le « mieux être » avec le «plus  avoir11  »… Si d’aventure cela venait à se produire, alors peut-être pourrait-on faire mentir le dicton, en le renversant pour affirmer que « tout revers a sa médaille ».

 

En cette période troublée, même si l’écrit n’a pas été tout à fait supplanté (mon facteur continue, pour l’instant, de me livrer chaque semaine Le Canard Enchaîné12 et, lorsque cette source se sera tarie, il me restera encore la faculté d’alimenter ma liseuse via Internet …), la radio a pris une place de choix.

 

J’y entends de doctes penseurs y parler de sujets comme la peur de mourir ou encore la priorité conquise par la sécurité au détriment de la liberté13. Mais j’objecte aussitôt in petto car il me semble être du ressort de l’évidence la plus ordinaire que sans la sécurité (sanitaire), la liberté risquerait d’être plutôt éphémère et volatile, comme en témoignent les EHPADs.

 

D’autre part, j’ai depuis longtemps admis que la vie est une maladie sexuellement transmissible dont le pronostic est mortel dans 100 % des cas. Admettre cette vérité me libère, même si je ne suis pas tout à fait certain que le strict respect des consignes de confinement puisse suffire à me prémunir à jamais du risque de cesser de vivre.

 

Et puis, voilà longtemps aussi que j’ai fait mien le constat sagement prêté par Pagnol à Panisse, sur son lit d’agonie : « Ce n’est pas de mourir qui me fait peine. C’est de cesser de vivre ! ». Cesser d’interagir avec mes proches, tous mes proches, même s’ils sont en ce moment plutôt éloignés…

 

Je m’inscris en faux avec véhémence contre ce cliché tarte à la crème que l’on voit pulluler au décès de quelque président de la République : vieillir n’est pas un naufrage, tant s’en faut14. C’est au contraire un authentique miracle, celui qui chaque matin me fait me réjouir et m’émerveiller de la perspective de connaître un jour supplémentaire15.

 

Je me plais à bénéficier de ce sursis quotidiennement renouvelé jusqu’à présent : serais-je né deux siècles plus tôt que je ne serais plus, comme à l’instant, en train de soupeser tel et tel synonyme16, afin de m’accorder le luxe de retenir le meilleur d’entre eux17.

 

Jouons un brin avec les mots18, un luxe que l’on peut se permettre car celui-là, contrairement à ceux de la Française des Jeux, n’a rien, absolument rien d’addictif.

 

Confiner ; étymologiquement « envoyer aux confins ». Fins ou non, feints ou non, pourraient-ils de surcroit être sommés ensemble, puisque préfixer par lui marque le  signe de vivre « avec, ensemble » ?  Mais on pourra le constater : beaucoup des membres de cette famille présentent une tournure surprenante, qui bien souvent laisse à penser que quelque coquille19 pourrait avoir présidé à leur naissance.

Combaluzier20, combat (bah, tant pis …), combiner (puis logiquement, et même chronologiquement, consemer ? sumer ? sommer ?), communiste21, compact (civil – si vil ?- de solidarité ?), compagne (ou comparéo), compagnie (des Florent, n’importe quoi !), compain (devenu copain, qui partage le pain …), comparaison (contors, alors), compartiment (dit la vérité s’il reste), comparer (des plus beaux atours), comparse, compassion (dévorante), compatir, compenser (un pascal dépensé22), compétent23, compétition (en ligne sur Sign it), compiler (arrêt au    mur24 ?), compisser25, compote26, compotier (il n’y a pas de sot métier pour manier l’argile), comprendre (mieux vaut que son presque verlan), compté (Paolo, la come di), complaisant (c’est toujours ça : il aurait pu être lassant), complément (il plaît, ça ne fait pas un pli), complémentaire (de bruyère), complet (ou déplait, c’est selon), compliment (il plie, ça ne fait pas un plé …), compliquer, complot, componction (ponction lombaire ? Lombaire Wilson ? Comme le facteur, il sonne toujours trois fois ?), composé (par terre, c’est la faute à Voltaire !), composter (Hassan Céeffe), compresser (ce n’est pas un geste garde barrière !), comprimer (une affaire de récompense), compromis (« au plus brillant avenir » ou « chose due », aurait complété Coluche), compulser (ex ?), compulsif (à chat), comte (de Meaux, à moi), con sal (ou sin sal, d’une espagnole à l’hygiène incertaine, olé-olé), Concarneau27, concasser (comparution immédiate), concave (donc pas un pégreleux28), concentrer (ou alors pointillés), concentrique29, conception (elle avait besoin d’affection …), concerné (rendez-vous !), concession (à perpétuité), concierge (puritain, sauf pour Mélanie, la bonne du curé, dedans ses trompes de Fallope), conciliabule (Benoît XVI, tout comme avant lui Jean XVIII, Benoît IX, Grégoire VI, Célestin V et Grégoire XII, opta pour le pape ôté), concilier (et parfois sourcilleux), conclure, concomitant (mais qui donc est Itan ? Titan ?), concorde (on n’oserait pas en parler dans la maison du pendu), concours (à sa perte), concret, concrétiser30, concubin (ou jamaïcain, qu’importe l’île), concupiscent31, condamner (damned : le Roundup fut condamné par contulimace32), condé, condensateur (et non pas dans ta sœur ; articulez, de grâce), condenseur (j’en suis fort aise ; eh bien chantez, maintenant !), condescendant (a donc croisé, ou croisera, Yves Montant ; à moins qu’il s’agisse d’une redoutable confusion avec les sans dents chers au précédent président … Sans dents ? Sanglant ?), condiction (condition ? conduction ?), condiment (qu’il lève la main droite et dise « je le jure »), condisciple (le complice du maître ; « Ah, Cambronne, mon vieux complice ! » trémolait33 la marquise), condoléance, condor (c’est au lit), conducteur, condottiere (qui s’en fiche, comme du quart), confabuler (Luchini34 ? La Fontaine ?), confectionner, confédéré (arrêt au Mur, aussi, mais avec une majuscule cette fois, s’il vous plaît), confédérer (y con Nadal, tan bien), conférence (comme le beurre ou la poire), confesse (culotté), confiance (prétendant à marier35), confidence (dense ? danse avec les loups ? confit d’oie ?), configurer (l’imagination au pouvoir), confiserie (et les Japonais firent the riz36), confit (et conféra ; pourtant, que la montagne est belle !), confiture (singulier : un confiteor ? pluriel : des confitures ? Quelle déconfiture !), confirme (infirme ?), confisquer, (sourd comme impôt, ce contribuable), conflit (flic tue elle), conforme (en formes ?), conformer, confort (comme un truc), confrère (même pas concerné, m’en fiche : fils unique …), confronter (national, pléonasme), confus (et sera), congé, congelé (brrr …), congénère, congénial37, congénital, congestion (de père de famille), conglomérat (comme on le dira plus loin de General Electric), congratuler (ou conchatuler38), congre (« Merdre ! » lança le Père Ubu ; « Ouigre ! » rétorqua la Mère), congrès39 (et pourquoi pas gras ? A cause d’un accent régional ?), congru (et pourquoi pas gros ? Pour la même sotte raison ?), conifère (qu’alors y faire ?), conjecture, conjoint (ah, chiche !), conjoncture, conjuguer, conjurer (d’assises), connecter40, connexe, connivence41, connotation (très scolaire), connu (couvre toi), conque42, conquérant43, conquête (et mendie, sans gêne ni retenue), conquistador (va, je ne te hais point), consacrer (en la cathédrale de Reims ou en celle de Chartres … Paris vaut bien une Metz), consanguin (mais sans perte, non plus), conscience44 (sans ruine de l’âme  ?), conscrit (à pleine gorge), conseil45, consensus (ou avec, mais en option), conséquence (et à quoi ça sert, la pattemouille ?), conserves (de musique46, à Thouars), considérer47, consigner (d’une croix pour les ânes alfa, bêtes comme des pieds), consistoire, consoler, consolider, consommations (dernières, d’usage), consoner (ou en variante, consonner, pour entrer ?), consort (prend la porte), conspuer (pas sentir bon), constat (de bois), constant (et tant …), constater (indécis), consteller, consternant (hirondellant de mer), constiper (lequel des types l’est ?), consulter, conspirer (inspirer ? transpirer ?), contaminer (évidente faute d’accord : c’est ton minet ou ta minette ?), constituer (et pas un mot pour anticonstitutionnellement, qui fait son kéké de recordman bravache48 et prétentieux), constrictif (comme les vis, à boa ; no comment : la caravane passe …), constructif, consul, consultant (ou vizir, pour Iznogoud), consumer, contagieux49, conte (à dormir debout, Jean-Jacques), contemplatif50, contempler (païen ? d’Héphaïstos ?), contemporain, content51, contentieux (moins compromettant que compte en Suisse), contenu (à la plus ardente obligation de réserve), contexte52, contigu (tu m’intéresses), continent (hein ?), contingent53, contondant (un jardinier), contorsionner, contourner, contracté (une sorte d’agriculté aveugle, à califourchon sur son tracteur54), contraception (immaculée inconception), contracture, contradictoire, contraindre, contraints (co-rails, chemin Deferre, c’est-à-dire décentralisé), contraire (oh, la vache !...), contrarier, contraster (un agriculté à la Garcimore, décontrasté55), contravention, contrebande, contrecarrer, contredire, contrefaçon, contremaître et contrepartie (déjà le vocabulaire de Thémis …), contrefort (et même parfois, très, très fort), contrepet56, contrepied, contreplaqué, contribuer (attribuer ; attribut ; à tribut ? Ah : tribu ; une bande, quoi ! Une bande de thons ...), contribution (d’un chinois en Chine, sans la57), contrindiquer, contrition, contrôle (mais pas nécessairement marrant), contrordre, controuvé (aux objets perdus, ou perdu aux objets trouvés ?), controverse58 (et à trop verser, finit par renverser), contusion (meurtre ou assassinat ? Tout repose sur l’après méditation !), convaincu59 (aspire bien sûr à la revanche …), convalescence (ou chauffeur à la station), convenir (puis repartir), converger (ou pote âgé), convers (ou comble ; des goûts et des couleurs, ça ne se discute pas), convexe (et susceptible avec ça !), convier (inviter, par exemple à partager un fameux Dîner), convivance60, convive (hip, hip, hourrah), convoquer, convoiter, convoler (à tire d’ailes), convoyeur (compétiteur en curiosité optique dont le paparazzi est à la fois l’ancêtre et l’archétype), convulser, Thomas Robert Bugeaud de la Piconnerie61), coronavirus62

Je plante là le lent et tumultueux piétinement de ce laborieux cortège, que vous pourriez à la longue vous risquer à trouver lassant63.

Et je n’évoquerai pas davantage le blason (dont le malheur, selon Brassens, tiendrait pour lui à porter le même nom qu’une foule de gens, de la dernière averse ou des neiges d’antan). Sans oublier non plus, bien entendu, de rappeler que c’est à leur pouvoir de tout oser qu’on doit de les reconnaître ; ni de les traiter à la Nougaro, « à peine qu’on les traite ».

Ce que je ne risque pas d’oublier, en tous cas, c’est que de me retrouver chaque jour à mon bureau expose un peu plus à mon regard la photographie de celui qui s’est vu consigné, mais à jamais, lui, depuis déjà vingt-sept longues années … Il serait désormais presque cinquantenaire, ce que mes malheureuses méninges, dépassées par la fuite du temps, ne parviennent qu’à grand peine à se figurer, en ces douloureuses périodes d’alentours de 27 avril64

C’est pour m’avoir permis de réchapper par les lignes que je vous livre aux tourments de la claustration que je tiens, Françaises, Français, mes chers compatriotes65, à vous remercier bien sincèrement et publiquement de votre chaleureuse présence.

Je souhaite vous offrir de passer d’aussi bons moments à la lecture de cette épopée que ceux qui furent consacrés à sa genèse66.

Sans que rien de tout cela ne me serve de prétexte, ni ne m’exonère, surtout, des excuses que vous méritez de la part d’une stérile imagination dont la fragilité ne m’a permis de sélectionner rien d’autre qu’un sujet certes exfiltré sans ménagements du vécu intime, mais sans y avoir échappé pour autant67 à la plus vaste et insipide banalité …

 

Prochain épisode : L’avenant avant

 

1 Ce n’est sans doute que dans bien des siècles, qu’un spécialiste particulièrement féru de la littérature du 21ème siècle (ou plus vraisemblablement une spécialiste, car il est tout à fait probable que seule une représentante du sexe prétendument faible pourra avoir mobilisé l’indispensable patience…) relèvera, puis révèlera, la consanguinité « coïncidentale »  de son titre, qui le doit à la masculinisation de celui du dernier roman (enfin, le dernier en date, le plus récent, je l’espère) d’un ami cher.

2  Continuons dans le domaine du genre : l’Académie Française nous a doctement expliqué que si le virus est le corona, c’est la maladie que l’on nomme Covid 19 (COronaVIrus Disease 2019). Dont acte !

3 Je devrais plutôt dire que c’est sous ces auspices que sa rédaction fut entamée car bien vite, cette actualité céda le pas à une autre : celle de la sigmoïdectomie élective, en traitement (radical, mais pratiqué avec beaucoup de circonspection) de la diverticulite récidivante qui s’était installée en squatteuse invétérée.

Plus tard, il faudrait bien se résoudre à reconnaître que « premier confinement » aurait été une expression plus à la page.

4 Chassenon, puisque tel est devenu son nom moderne…

5 Alors que les Américains, eux, se ruaient dans le même temps sur les armes, ce qui démontre que la notion de trou de balle n’est pas universelle …

6 Des papes, des papes … oui, mais de Tanzanie !

7 Encore que vous n’y échapperez pas, tout du moins dans sa variante économique …

8 Au sens où l’on dit d’un poisson qu’il est avancé, lui qui pourrit par la tête !  

9 « Comme la plupart des épidémies de l’histoire de l’humanité et trois quarts des maladies émergentes, la Covid-19 est une zoonose, c’est-à-dire une maladie liée à des transmissions par des animaux domestiques ou sauvages »  (in Le Temps est venu, Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme)

10 Il n’y a, au monde, que deux catégories d’individus : ceux qui raisonnent par dichotomie et les imbéciles !

11 J’entends dire que la fondation Nicolas Hulot (pour la nature et l’homme…) a lancé, sous le slogan « Le temps est venu », une campagne pour éveiller les consciences à la nécessité et à l’urgence de « poser ensemble les fondations d’un nouveau monde » (en particulier, « Le temps est venu d’appréhender l’ensemble des crises écologiques, climatiques, sociales, sanitaires et économiques comme une seule et même crise : une crise de l’excès »). Vous m’en voyez tout ébaubi : lirait-on par-dessus mon épaule ?...

« Les deux tiers des enfants du monde meurent de faim, alors même que le troisième tiers crève de son excès de cholestérol »,  Pierre Desproges, in Vivons heureux en attendant la mort

12 Quoiqu’amputé de la moitié de ses pages, et donc de la moitié de sa substance, pour la quatrième semaine consécutive …

13 Je prends conscience dans le même temps que si nous avions déjà la joie de disposer de 66 millions de sélectionneurs de l’équipe nationale de football, nous avons aussi le privilège de compter le même nombre d’éminents virologues ! Un pays tel que celui-là devrait avoir moins que tout autre des soucis à se faire.…

14

«  Qu’on me rende impotent, cul-de-jatte,  goutteux, manchot
Pourvu qu’en somme je vive, c’est assez, je suis plus que content.
 Ne viens jamais ô mort, on t’en dit tout autant
 »

Jean de La Fontaine, in La Mort et le Malheureux

15 «  Vieillir reste pour l’instant ce qu’on a trouvé de mieux pour ne pas mourir », Guy Bedos

16 «  Mot à écrire à la place de celui dont on est pas certain de l’orthographe »,  attribué à Pierre Desproges

17 Ou, pour le dire plus abruptement, à la manière de Ronsard (voici 442 ans, déjà, excusez du peu !) :

« Je serais sous la terre et fantôme sans os,
par les ombres myrteux je prendrais mon repos
»

 Je substitue délibérément et avec détermination un conditionnel au futur originel, accordez moi cette liberté, s’il vous plait ; encore que, de vous à moi, ce futur ait des airs (déserts ?) d’inéluctable …  

18 Une bande de thons traversaient la riviè-è-re …  

19 Plusieurs origines sont avancées pour la « coquille typographique ». Je porte une préférence marquée à celle pour laquelle tenait Pierre Desproges (lui aussi grand esprit limougeaud, en hommage parodique au cher Monsieur Chaussin, qui avait pris la manie de débuter le premier cours de chaque année par un modeste et bien senti : « Il y a deux grands métallurgistes dans le monde ; l’autre est aux États-Unis »).

Dans l’une de ses Chroniques de la haine ordinaire, l’illustre Pierre nous apprenait que l'origine en remonterait à une parution d’un Journal Officiel du début du vingtième siècle qui publiait une réglementation sur le calibrage des œufs stipulant que «  quel que soit leur calibre, les coquilles devaient être propres et exemptes de duvet au moment d’être exposées à l’étalage ». Hélas l’omission d’une lettre (mais allez savoir laquelle ?...) montra le peu de souci qu’avait en apparence le rapporteur de cette parole officielle « de la décence et des bonnes mœurs » chères à Pierre Dac.

En tous cas, cela exclut résolument qu’elle puisse avoir le moindre point commun avec La Guerre des Moutons du regretté Louis Pernod et ses trop réputées «  coulemelles », je crois, si j’ai bien entendu ; en tous cas, des lépiotes élevées, en forme de monticules …  

20 Ce Roux pourrait bien être la censeur qu’on subodore.

Pourquoi me priver de la délicate confraternité de Frédéric Dard, qui a largement usé de cette nuance pour décrire des couples de policiers, de Franquin, qui en a poussé la description avec « Ducran et Lapoigne »  et de Georges Perec, qui fait de « Roux et Combaluzier »  une référence bibliographique fictive dans son pastiche Cantatrix Sopranica L. .

Oou encore de celle de Boris Vian, qui emploie le nom de Combaluzier, avec ceux de Edoux-Samain et de Otis-Pifre (autres fabricants d'ascenseurs ; arrêtons là la liste de Schindler …) pour nommer les gendarmes, acteurs de sa Java des chaussettes à clous (premier album de Jacques Higelin) ?

Il est de moins illustres et de moins encourageantes compagnies …  

21 « Si on ne devait parler que de ce que l’on connaît, est-ce que les curés parleraient de Dieu ? Est-ce que le pape parlerait du stérilet de ma belle-sœur ? Est-ce que Giscard parlerait des pauvres ? Est-ce que les communistes parleraient de liberté ? Est-ce que je parlerais des communistes ? », Pierre Desproges, au Théâtre Grévin.

On raconte qu’en mars 1960, en visite à Paris à l’invitation de Charles de Gaulle en hommage à la « coexistence pacifique », Nikita Sergueïevich Khrouchtchev avait été très impressionné de découvrir sur les murs du métro la publicité devenue emblématique : « DuboDubonDubonnet ». A tel point que dès son retour au Kremlin, il décida d’apprivoiser le slogan en le localisant ; il y serait devenu « xxx … commun… communiste ». Parodiant sans vergogne le sus cité Pierre Dac, je suis tenu hélas d’affirmer bien haut que «  la décence et les bonnes mœurs m’interdisent de préciser davantage », au risque de vous décevoir peut-être.  

22 Du nom de celui dont l’effigie ornait naguère les billets de cinq cens francs, du temps où ils avaient encore cours

« L'élite de ce pays permet de faire et défaire les modes, suivant la maxime qui proclame : « Je pense, donc tu suis » », Pierre Desproges, in Fonds de tiroir  

23 Honni soit qui flatulence …  Exercé dans l’ascenseur, cet exercice est devenu un moyen discret de s’assurer que nos voisins n’ont pas perdu le sens de l’odorat, un des symptômes des formes bénignes de la Covid.

24 A chacun sa place : pour la RATP, arrêt au mur et pour Sébast, au pôle… «  Parole de coiffeur : il est strictement interdit de descendre avant la raie », Pierre Desproges  

25 Moins châtié, mais plus imagé, on aurait pu dire : lâcher de l'eau, lancequiner (ou lansquiner), lissebroquer, soulager, tirer un bock ou un demi

26 Ami pas très affuté…

27 Que vient faire une avenante cité historique comme celle là au beau milieu de cette parade dégingandée (si vous n’en convenez pas encore, ne vous impatientez pas : ça va venir sans tarder) ? C’est que le pittoresque de sa ville close exerce sur moi un attrait certain, voilà tout ! Étonnant, non ?

Mais c’est tout à fait en vain que l’on y chercherait un hommage subliminal au sadique président, et encore moins à Caserio, qui l’envoya au Panthéon tenir compagnie à son grand-père …  

28 « Ceux qui n'ont jamais discuté le bout de gras avec un pégreleux tenant un Luger dans les pattes ne peuvent pas savoir à quel point votre interlocuteur est d'accord avec vous. Toutes les difficultés s'aplanissent ; tout devient facile et cordial dans les relations », Frédéric Dard, in Les confessions de l’ange noir  

29 Infirmité vulgaire, grossière (grosse hier ?)

30 Et non pas concrétiniser, néologisme qui sonnerait comme une sorte de redondance vulgaro-diplomatique, mais en forme de double peine.  

31 Ce serait donc vrai, qu’un fakir est arrivé à pied par la Chine ?  

32 « On a le droit de violer la langue française, à condition de lui faire de beaux enfants », Frédéric Dard, parodiant l’histoire et Alexandre Dumas

33 Du verbe trémoler (comme ça se prononce), qui évoque des tremblements d’émotion dont la sonorité n’est pas sans rappeler les chevrotements de la sénescence

34 Et si Lucky nie, qui donc alors avoue ?...  

35 Un fiancé que l'on ne saurait trop mettre en garde contre l’humiliation à laquelle son imprudence expose le mari de la femme d’un cocu …

36 « Pour se nourrir, les Japonais mangent du riz sans blanquette ! J'en ris encore », Pierre Desproges, in Les étrangers sont nuls

37 « Qui est conforme au génie, à la nature profonde de », mais en réalité oxymore, paradoxe ; à la rigueur prétention (car pour savoir qu’on n’est pas intelligent, encore faudrait-il l’être) …

38 Selon le diagnostic de l’œuf à la Knock

39 « Le bar est fermé aux congres du fait même que le palais des congres est ouvert au bar », Pierre Desproges, in Ondine. Par parenthèse, mais évidente pour vous autres, lecteurs avertis : le Loup de Méditerranée est le même que celui que l'on nomme bar dans l'Atlantique (et aussi loubard en région parisienne...)

40 Le prototype de l’objet connecté est bien l’écran, ambigu au point d’être à la fois celui sur lequel on se projette et derrière lequel on se protège

41 Oh niçois qui Mali pense …

42 Une forme de comique comicroupier

43 Errant, et plan, petit rat à plans…

44 « S'il n'y avait pas la Science, combien d'entre nous pourraient profiter de leur cancer pendant plus de cinq ans ? », Pierre Desproges, in Vivons heureux en attendant la mort (et qui déclarait au Théâtre Grévin, alors qu’il se savait déjà métastasé : « Moi, j’ai pas de cancer et j’en n’aurai jamais : je suis contre ! »)

45 « Donne-moi (à la rigueur, prête-moi) ta montre, je te vendrai l’heure », telle est la maxime, le mantra des conseils. Nous l’allons montrer tout à l’heure (et même tout à leurre !)

46 « La musique, c’est du bruit qui pense », Victor Hugo, in Fragments

Raison pour laquelle sans doute la « Maison de la Radio » est devenue cette année celle « de la Radio ET de la Musique »

47 Qu’on se le dise : un homme considéré serait considérablement étonné !... « Étonnant, non ? »  aurait ponctué Monsieur Cyclopède en sa Minute nécessaire.

48 Fanfaron, comme une queue de pelle : « La période que nous vivons a besoin de courage, pas du courage qui divise, pas du courage bravache qui consiste à définir des formes de souveraineté qui seraient un souverainisme de repli, une non coopération, une fragmentation.»  Emmanuel Macron, discours du Président de la République, à l'Expoforum Forum Economique International, 25 mai 2018

49 Donc contesté positif … « Être contesté, c’est être constaté », Victor Hugo, in Tas de pierres

50 Encore une histoire de coiffeur ; Desproges n’est donc pas loin… Et puisqu’on parle de lui, rappelons avec la plus grande fermeté qu’on ne saurait confondre dubitatif avec éjaculateur précoce !

51 Je vous invite à vous convaincre que « se contenter de ce que l’on a », ce n’est ni renoncer, ni sacrifier : au contraire, cela pourrait (devrait !) s’entendre « se rendre content avec ce que l’on a »...

52 J’en donne ici un assez saisissant échantillon, n’est-il pas vrai ? Par quelle prémonition l’illustre Castelthéodoricien anticipa-t-il l’inéluctable apparition de ma modeste personne (mais fière de l’être) en ces termes : « Un sot plein de savoir est plus sot qu’un autre homme » ?
« Peut-on appeler « écrire»  n'importe quelle tentative de représentation d'une ébauche de pensée par le biais de symboles graphiques incohérents couchés dans le désordre au mépris total de la grammaire, de la syntaxe, de l'orthographe et du souvenir de mon aïeule Germaine Philippin, institutrice de l'époque missionnaire, qu'une cédille oubliée décourageait aux larmes », attribué à Pierre Desproges

53

 « Jean s'en alla comme il était venu,
Mangea le fonds avec le revenu,
Tint les trésors chose peu nécessaire.
Quant à son temps, bien le sut dispenser :
Deux parts en fit, dont il soulait passer
L'une à dormir et l'autre à ne rien faire
 »

Épitaphe de Jean de La Fontaine, en sa demeure d’éternité au cimetière du Père Lachaise ; éloge de sa paresse, n’en déplaise à Jérôme K. Jérôme

54 « Je n’reconnais plus personne en Massey Ferguson » ; ça va Barder, Brigitte (dissimulation de nom exigée par les équidés hybrides issus de croisements d’étalons et d'ânesses, redoutant d’avoir à subir des assimilations hâtives)

55 Au moins ont-ils échappé à l’infortune d’être tristés !

56 Selon Victor Hugo, « les jeux de mots sont des pets de l’esprit»  (fécond) ; je cale, Hambourg

57 avec la belle monde, oh là !

58 Voir Stratagèmes de dialectique et de sophisme, par Arthur Schopenhauer, in L’art d’avoir toujours raison

59 « Ce qui compte c'est d'avoir raison, la vérité on s'en fout », Pierre Mazard (Daniel Auteuil) dans Le Brio (film d’Yvan Attal), illustrant la sophistique, c'est-à-dire l'art d'emporter la conviction, en exploitant et perfectionnant les procédés de style et effets rhétoriques que permet le langage.
A sa modeste échelle, Le Guêpier en donne de multiples illustrations …

60 Capacité de groupes humains différents à cohabiter harmonieusement au sein d'une entité locale, nationale, fédérale, communautaire, etc…
Mot vieilli, réintroduit en 2004 dans son dictionnaire par l’Académie Française ; cf. Plaidoyer pour la Convivance, Ghislaine Alajouanine

61 « On boit Picon parce que c’est bon »  disait la publicité d’antan (qu’on nommait alors la réclame). Je lance : « Garçon, un Picon ! » ; « Pi … quoi ? », m’interroge le serveur. « Con », je réponds. Et vlan, il me l’a foutu sur la g…

Private joke en hommage timoré, posthume et familial à un oncle facétieux trop tôt emporté par le crabe (celui là même, peut-être, dont en son temps Pierre Desproges n’avait pas voulu entendre parler en ce même CHU Dupuytren à Limoges).

« L’as-tu vue, la casquette, la casquette ? L’as-tu vue la casquette du père Bugeaud ?»  (chanson militaire de l’armée d’Afrique).
TRBP (pour Thomas Robert Bugeaud de la Piconnerie), maréchal d’Empire (le même, en pire …), né à Limoges, est nommé en 1840 gouverneur de l’Algérie par Thiers (dont on aurait aimé qu’il soit tenu à l’écart) ; un cours y bordant le Champ de Juillet porte son nom honni, non loin de la rue d’Isly, où se trouve une agence de Squirrel, (comme ce mode est étroit, décidément !...).
Et pour l'enfoncer (sans doute), le clou porte encore le détestable nom de l’« Homme de la rue Transnonain ».
Sur l’autre rive du Champ de Juillet (ainsi dénommé en l’honneur de la révolution de 1830), c’est Gay Lussac dont le cours monte la garde (et non pas « monte Lagarde », comme aurait pu à peu près se vanter DSK longtemps, longtemps, longtemps après … que ses frères poètes aient disparu) ; cette ironie des baptêmes urbanistiques est due aux diverses municipalités « de gauche»  (SFIO, PCF, PSD, PS) qui se sont succédé de 1912 à 1941 ; ironie que ceux du bord opposé (LR), en responsabilité depuis 2014, n’ont pas cru nécessaire, ni même utile, ou simplement opportun de désavouer.

« Les images représentent d’un côté la cueillette des olives en Basse Provence et de l’autre, une scène de la prise de la smala d’Abd-el-Kader par les troupes du duc d’Aumale, en 1843»  (Pierre Dac et Francis Blanche in Le Sar Rabin-Dranath Duval). Pour mémoire, le duc succéda à TRBP en 1847.

62 Un célèbre aspirant de narine …

63 « Quand on est plus de quatre, on est une bande de cons. A fortiori, moins de deux, c'est l'idéal », Pierre Desproges

64 Sébastien est un saint martyr romain ayant vécu, selon la croyance chrétienne, au IIIème siècle. Il est fêté le 20 janvier en Occident et le 18 décembre en Orient.
Né à Narbo, en Gaule (aujourd'hui Narbonne), Sébastien est citoyen de Milan, en Italie. Militaire de carrière, il est pris d'affection par les empereurs Dioclétien et Maximien Hercule, qui le nomment centurion. Durant la persécution de Dioclétien, il est pourtant exécuté sur ordre des souverains pour avoir soutenu ses coreligionnaires dans leur foi et accompli plusieurs miracles. D'abord attaché à un poteau et transpercé de flèches, il est finalement tué à coups de verges après avoir miraculeusement guéri la première fois.

Patron des archers, des fantassins et des policiers mais aussi troisième patron de Rome (avec Pierre et Paul), Saint Sébastien est surtout invoqué pour lutter contre la peste et les épidémies en général (tout est dans tout, et réciproquement : actualité n’a jamais rimé avec hasard …)

« L’enfant dont la mort cruelle
Vient de vider le berceau,
Qui tomba de la mamelle
Au lit glacé du tombeau ;
Tous ceux enfin dont la vie
Un jour ou l’autre ravie,
 Emporte une part de nous,
Murmurent sous la poussière :

Vous qui voyez la lumière,
Vous souvenez-vous de nous ?
»
Pensées des Morts, Alphonse de Lamartine

65 Patriotes ou non, ensemble, abstenons-nous soigneusement de conjuguer le verbe somdéquer à la première personne du pluriel du présent de l’indicatif ! Concédons-en l’irréductible privilège au 45ème président des États-Unis, maître incontesté toutes catégories en la matière.

66 N’en déplaise à la sagesse soi disant populaire, là où il y a de la genèse, il peut donc aussi se trouver simultanément quelque plaisir …

67 En emporte le vent, le vent homonyme, le vent d’Autan. Autan en emporte le van ; et vlan !

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