Castor, Pollux et les Pould’Ô (5/7) – Les piaillements bâillonnés

Cinquième épisode de la saga des Pould'Ô, ou la grande déception des petits épargnants.

Cinquième épisode de la saga des Pould'Ô, ou la grande déception des petits épargnants.

Castor.jpgCastor éprouva un sentiment de profonde solitude, mais décida de faire front ; ou plus précisément, d'y faire monter sa troupe en première ligne, seule exposée au feu nourri de la mitraille. Celle-ci, de guerre lasse (c'est le cas de le dire !), s'évertua à passer en retrait, vers les forces de l'arrière.

En rangs serrés, celles-ci mirent beaucoup d'application à leur tâche, qui était de parler beaucoup sans pour autant rien dire. Elles rivalisèrent d'adresse et de style dans l'exercice, peu avares d'inventions et de trouvailles et jamais en peine d'explications ; toutes, on s'en doute, exonéraient Castor de la moindre responsabilité.

etourneau.jpgTant et si bien que les Étourneaux furent bien vite lassés de souffrir leurs mesquines rebuffades.

Rraminagrobis.jpgevenant sans répit à l'assaut, Pardaillan les encouragea à en appeler à Raminagrobis, un greffier que Castor entretenait grassement en son foyer, en large contrepartie de quelques menus services.

Le matou matois avait sa méthode : plutôt que d'écouter les jérémiades des uns et les autres, il préférait prendre ses ordres directement au terrier, à charge ensuite pour lui de les mettre sous les formes voulues.

Pressé de toute part, il se hâta dans un premier temps ... de prendre tout son temps ! Et ce n'est que lorsque son discours fut des plus polis et des mieux rôdés qu'il se mit en devoir de le débiter, le débiter et le débiter encore, répétant encore et toujours le même modèle. Il en fit en la circonstance un usage immodéré, aspergeant copieusement les Étourneaux de ses gaz tout autant anesthésiants que lacrymogènes.

Il commençait par y récuser toute compétence en matière de Pould'Ô, soulignant que seule sa conscience lui avait dicté de s'y intéresser.

Puis, il enchaînait en déclarant à l'Étourneau que puisque ses arguments, décidément, n'étaient pas convaincants, eh bien, ma foi, il n'était pas convaincu.

Parfois (rarement) il se montrait grand seigneur et concédait que Castor en avait peut-être pris un peu à son aise, mais toujours signalait qu'après tout l'étourdi Étourneau était mieux placé que quiconque, du haut des cieux, pour faire la différence entre une Pould'Ô et un Faisan. Puis il lui faisait aussitôt les gros yeux : « Et qui me dit après tout que ce vous n'auriez pas délibérément supplié Castor afin qu'il consente sous la pression à vous céder quelques Pould'Ô » ?

Enfin (au souvenir à peine voilé de la Belette et du petit Lapin), il poursuivait que les Étourneaux s'en tireraient somme toute plutôt à bon compte en acceptant les généreuses propositions de Castor, quand il avait eu la faiblesse d'en faire !

Prudent comme le chat qu'il était, Raminagrobis concluait toutefois en disant aux uns et aux autres que c'était à eux de voir.

Bref, il fit tant de patenôtres et de chattemites que les Étourneaux se résolurent à le planter là pour tourner leurs regards vers dame la Chouette, symbole de sagesse rappelons-le.

Demain, vous avez rendez-vous chez l'Arbitre des rongeurs. C'est devenu pour vous un réflexe désormais, car vous savez combien le royaume d'Ésope n'est pas sans recéler d'inattendues coïncidences : vous qui voulez en savoir plus, rendez vous ici.

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Sommaire

Introduction. Castor, Pollux et les Pould'Ô

1. Les Paniers aux œufs d'or

2. Séduire les Etourneaux

3. La science de Pollux

4. Les cris des Etourneaux

5. Les piaillements bâillonnés

6. Chez l'arbitre des rongeurs

7. Les Etourneaux en appellent à l'Hermine

 

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