Le Guêpier – Et pour conclure encore

Et pour conclure encore l’épopée à suspense inspirée des méandres de l’« affaire » DoublO

 

 

 

 

Le guêpier1

 

 

Pas de noisettes pour les pigeons

(L’antimirage des chaumières)

 

 

Épopée2 à suspense
née de l’imagination de

Jean-Pierre Lamargot

 

1 « Endroit dangereux, situation complexe et délicate dont on arrive difficilement à sortir sans dommage. Synonymes : pétrin (familier), piège, souricière, traquenard. Donner, tomber dans un guêpier. »

« Ce n'est pas la peine de nous donner tant de mal pour tirer Albert du guêpier où il s'est fourré »  (François de Curel, La nouvelle idole, 1899, I, 1, p. 163), selon Le Trésor de la Langue Française informatisé (cf. http://atilf.atilf.fr/)

2 Long poème ou récit « de style élevé » où la légende se mêle à l'histoire pour « célébrer un héros ou un grand fait ». On pourrait sans doute à bon droit aussi bien parler de prétérition (« figure par laquelle on attire l'attention sur une chose en déclarant n'en pas parler »)

 

Et pour conclure encore …

 

Soyez honnêtement informés que ce vous allez lire dans la dizaine de pages qui suivent est rigoureusement sans rapport avec le sujet de ce livre ; « vous allez lire » : affirmation posée, ne nous privons pas de le remarquer, avec la fatuité et l’aplomb1 du cuistre moelleusement avachi dans ses certitudes, au point de ne pas même imaginer la possibilité du nihil2  qui, lui, ne devrait rien à Michel Houellebecq.

Sans autre rapport, plutôt, que la deuxième phase du déconfinement3 fut le moment choisi par le facétieux Guy Bedos pour tirer sa révérence, lui qui d’ordinaire, à juste titre, l’était tellement peu, révérencieux.

On l’avait connu plus drôle4 !

Une de mes parentes que je chéris sans honte5 (mais avec, en la circonstance, un peu de gêne tout de même) qui m’avait appris dans le passé qu’elle me considérait comme son clone, a naturellement senti le moment venu de se mettre en devoir de renouveler l’outrageant « compliment », prétendant que la ressemblance est physique, intellectuelle, morale, politique et sarcastique (je peux la révéler, maintenant que cette anecdote n’est plus susceptible de déclencher un tir de riposte de la part de l’outragé ; courageux, mais pas téméraire !)

Elle me demande si j’ai lu ses Chroniques d’Outre Mère. Je réponds ingénument que oui, probablement, mais voici tellement longtemps que je n’en ai conservé que le brumeux souvenir d’un inattendu point commun entre lui et moi ; lorsque la route est potentiellement dangereuse, il est d’une élémentaire prudence de laisser l’autre vous précéder, ce qu’il a toujours fait, au demeurent avec une avance d’une bonne douzaine années… Il me laisse désormais une chance de le rattraper. Saurai-je m’en emparer (2033, c’est loin !) ?

Je dois le confesser : c’est un homme que j’aurais énormément aimé rencontrer, alors que je ne l’ai vu en scène qu’une seule, toute petite et minuscule fois, en 1992 ou 1993 (en tous cas, au siècle passé …). Et encore, c’était pour une représentation de Robin/Bedos, selon le sobre intitulé de son improbable duo avec Muriel Robin. Duo dans lequel, entre nous, la fabuleuse présence de la « jeune femme comique » éclipsait quelque peu celle en veine de cohabitation, mais en demi-teinte, du « comique politique corrosif et solitaire » (ce n’est pas une insulte faite au second de rendre l’hommage que mérite la première !) Ces propos sont en substance ceux tenus, en interview pour France 3, par Serge Langeois, le directeur du Zénith de Caen, où le duo se produira cinq jours d’affilée devant une salle comble.

Toute modestie bue, finalement, j’accepte que me soit prêtée la flatteuse ressemblance. Pourtant, à la différence du Tatoué (tout ce qui tatoué est à moué, en vertu du principe collectiviste bien connu), ce n’est pas un Modigliani que j’arbore sur le cuir tanné et chenu de mon dos, mais deux simples phrases. L’une prévient que « Je ne suis pas rancunier ; mais j’ai de la mémoire » et la seconde proclame en forme d’avertissement ou de sommation, selon la gravité du cas, « Qui s’y frotte s’y pique » ; moi qui ne suis pourtant ni Louis XII (en même temps Père du peuple et fils de la Princesse de Clèves, tellement chère à Sarkozy6), qui en avait fait sa devise, ni même simplement duc d’Orléans, puisque j’ai passé mes jeunes années à Limoges7.

Tu resteras à jamais « mon Chergui8 », alors que les circonstances présentes ne m’auront même pas permis de t’accompagner sur un petit bout du chemin qui te mènera de Saint-Germain-des-Prés jusqu’aux rives de Lumio, au nord de ta Corse d’adoption.

Mais il me semble préférable de me taire pour laisser la parole à Nicolas (ton fils, pas le sautillant zébulon, tournicoti-Coty ?-, tournicoton), par cette lettre (qu’il t’écrivit, par délicatesse, sans doute, le jour de mon anniversaire, alors que pour sa part, mon géniteur avait eu, en son temps, l’impudeur de cesser de vivre l’avant-veille) :

« Paris, le 31 mai 2020,

 

Papa,

Une dernière nuit près de toi. Des bougies, un peu de whisky, ta main si fine et féminine qui sert9 la mienne jusqu’au p’tit jour du dernier jour. Ton regard enfantin qui désarme un peu plus le gamin que j’redeviens. Au-dessus de ton lit, un bordel de photos, de Jean-Loup Dabadie à Gisèle Halimi, de Desproges à Camus en passant par Guitry. Ça ne votait pas pareil, ça ne priait pas les mêmes fantômes, mais vous marchiez groupés dans le sens de l’humour et de l’amour.

Au bout de tes jambes qui ne marchent plus, tes chats – sereins, comme des gardiens. Sur la table de nuit, un fond de verre de Coca10, ultime lien entre ce monde et toi, quelques gorgées de force qui te permettent, du fin fond de ta faiblesse, de nous lancer des gestes d’une élégance et d’une tendresse insolentes. Fâché de ne plus pouvoir parler, tu envoies des baisers muets à ta femme adorée, à ta fille bien aimée, à la fenêtre sur l’Île Saint Louis, au soleil que tu fuis.

Des gestes silencieux qui font un boucan merveilleux dans nos yeux malheureux. Tu auras mélangé les vacheries et l’amour jusqu’au baisser de rideau. Les « foutez l’camp » et les « je t’aime ». Caresses et gifles, jusqu’au bout.

Incorrigible cabotin, tu avais bien prévu ton coup : dans ton dernier morceau d’mémoire, tu avais mis des « vous êtes beaux,  je suis heureux, j’ai de la chance. C’est ta mère, là, devant moi ? C’est ma femme ? Oh Tant mieux ! ».

On va t’emmener, maintenant, dans ton costume de scène. Celui des sketches et des revues de presse, des télés et des radios, celui qui arpenta la France, en long en large et en travers de la gorge de certains maires. J’ai dénoué ta cravate noire. On va t’emmener où tu voulais, c’est toi qui dicte le programme, c’est toi qui conduit sans permis.

D’abord à l’église Saint Germain ; tu n’étais pas très pote avec les religions, mais les églises, ça t’emballait. Tu disais « Faudrait qu’on puisse les louer pour des spectacles de music-hall, des projections de films, des concerts de poésies ».

Il y aura des athées, plein d’arabes et plein de juifs. Ça aurait consterné ta mère, tu aurais bien aimé que ta mère soit fâchée.

Puis on t’envole11 en Corse, dans ce village qui te rendait un peu ta Méditerranée d’Alger. On va chanter avec Izia et les Tao12, du Higelin, du Trenet, du Dabadie et Nougaro. On va t’faire des violons, du mélodrame a capella : faut pas mégoter son chagrin, à la sortie d’un comédien. Faut se lâcher sur les bravos et occuper chaque strapontin. C’est leur magot, c’est ton butin. D’autant que je sens que tu n’es pas loin...

Tu n’es pas mort : tu dors enfin.

Nicolas Bedos » 

 

Alors voici, dans le seul but de me repentir de ma honte et d’être un peu en leur présence, j’entonne ces refrains que je n’avais jamais entendus et qui me seraient encore inconnus si Nicolas ne les avait pas cités (puisse-t-il pardonner la prétentieuse liberté que je prends de le nommer par son prénom13) :

Le jour va bientôt se lever sur la baie de Calvi
 La la la la la la la
Je lève mon verre le cœur gros aux frères, aux amis de Tao
Vivez heureux aujourd’hui
Demain il sera trop tard
Mon cœur se rappelle
Jean Témir et Cathy, Tao-by
Maman Tao Zalim et Lena
Enfants de la citadelle
Qui s’aiment et se chamaillent
Au soleil.
Vivez heureux aujourd’hui
Demain il sera trop tard.

Une amie attend son bébé
Au cœur de la citadelle
Qui passe le ciel de Calvi
De l’âme éternelle des pierres

Veille et protège son berceau
Dans la demeure de
Tao
 Le jour s’est levé à
Paris

Mes pensées s’envolent vers Calvi
Dans la citadelle de mes amis

 

 

Prochain épisode (récapitulatif) : Sommaire

1 Les moins somnolents d’entre vous (mais après l’épreuve d’une telle lecture, je concède que les autres méritent plus d’excuses que de reproches !...) auront remarqué, je n’en doute pas, que je me suis sobrement abstenu d’évoquer le moindre fil (le genre de tournure que l’on appelle prétérition, ou paralipse)

2 Pardonnez ce jeu de mots passablement approximatif (mais vous commencez à en avoir l’habitude, non ?) et comprenez « l’hypothèse selon laquelle vous auriez pu avoir abandonné la lecture depuis belle lurette (expression apparue en 1877, dans laquelle lurette est un néologisme né du fructueux concubinage par lequel heurette - petite heure - fut engrossée par belle), voire ne l’avoir jamais entreprise »

3 Arrgh !... Quelqu’un pourrait-il avoir la douce amabilité de signaler à ce malotru de correcteur orthographique attardé que ce mot existe bel et bien, désormais ?

4 Après tout, c’était peut-être aussi l’origine de l’expression « à mourir de rire »…

5 D’accord avec Maxime Le Forestier : « On choisit pas ses parents ; on choisit pas sa famille… » ; mais en l’occurrence, nul regret ne me hante, car je n’aurais pas fait mieux  

6 L’une des heures de gloire du remuant président se déroula, en février 2xx8, hélas pour lui, sous l’œil indiscret des caméras : à la fin de la ratification d’un accord conclu en Roumanie avec Traian Basescu, notre affidé du bling-bling porte un regard de connaisseur sur le stylo Montblanc par lequel les deux présidents viennent d’opérer, … avant de le glisser sans coup férir et sans retenue dans la poche intérieure de sa veste.

Le plus récent exploit du « petit agité » (ou « petit à JT » ?) eut pour cadre en février 2x21 l’Hôpital militaire Percy à Clamart où il se fit vacciner, âgé de 66 ans, en un temps où ce rite était réservé aux septuagénaires avérés. Selon le protocole en vigueur, cet acte supposait que le patient fut atteint d’une pathologie à très haut risque. Le respect du secret médical nous interdit de préciser s’il s’agissait d’une maladie rénale chronique, d’une poly pathologie avec au moins deux insuffisances d’organes, d’une anomalie du développement et déficience intellectuelle, de causes rares ou encore d’une maladie rare à expression motrice ou cognitive du système nerveux central dont les bulletins publiés au cours de son mandat auraient négligé de porter l’écho … Mal en point, notre ami ?

7 Comme Desproges, peu ou prou mon ami Bidasse (encore que nous ne soyons pas natifs d’Arras ; dites, vous radotez, ou quoi ?). Sauf que moi, mon patronyme ne rime en rien ni avec mon lieu de naissance, ni même, comme lui, avec ma cité d’adoption. Pour qu’il en fût ainsi, encore eut-il fallu qu’en bon Parigot, Pour qu’il en fût ainsi, encore eut-il fallu qu’en bon Parigot, je naquisse à Issy-les-Moulineaux ; encore que ni l’une ni l’autre ne soient des rimes particulièrement riches et que la seconde évoque bien davantage un sketch à la Coluche  … On pourrait même clore le sujet définitivement en faisant remarquer qu’il ne rime aryen, un comble pour moi qui ne suis aucunement germanophone.

Mais « on ne m’a jamais accordé ma chance ». Je m’voyais déjà, même si je suis désormais convaincu (abstenez-vous de calembours approximatifs et de commentaires désobligeants, s’il vous plaît) que, même si j’avais été célèbre, personne ne l’aurait jamais su, Eugène ; encore un Mystère de Paris !...

8 Du nom que prend le Sirocco en quittant le Maroc, sans avoir encore poussé par l’ouest ses nuages sableux à l’huis des Canaries, où sitôt passé le seuil il devient Calima

9 J’ose imaginer que c’est pris par l’émotion que Nicolas n’a pas écrit « serre » ; ou bien alors, ce lapsus est celui qui émerge de la tendresse et de la reconnaissance filiale.

10 Mon Chergui , que j’aurais cru davantage porté sur le Ruinart ou le Deutz, se laissait donc parfois aller à quelque faute de goût

11 L’irrésistible puissance de ce barbarisme-trouvaille me comble d’admiration, je le concède : elle exprime une intense connivence complice, là où « Tu t’envoles », actif, aurait été matériellement impossible et donc inapproprié, alors que « On te met dans l’avion »  t’aurait réduit Chergui à une indolente passivité à peine digne du sac de patates que tu n’étais certes pas …

12 Je viens humblement jusqu’à Canossa pour y avouer, toute honte bue, la profondeur insondable de mon inculture musicale, qui m’avait jusqu’à cet instant fait ignorer La ballade de chez Tao, belle et longue histoire d’amour naguère composé par Jacques Higelin en référence au mythique club, dont j’ignore encore aussi bien l’existence que sa localisation, mais près duquel se trouve un tag du paternel visage

13 « Je me les sers moi-même, avec assez de verve, Mais je ne permets pas qu'un autre me les serve », Edmond Rostand, La tirade des nez de Cyrano de Bergerac

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