Le Guêpier, chapitre 16 : Echec, échec, échec, échec, échec… et Mat !

Chapitre 16 de l’épopée à suspense inspirée des méandres de l’« affaire » DoublO

 

 

 

 

 

Le guêpier1

 

 

Pas de noisettes pour les pigeons

(L’antimirage des chaumières)

 

 

Épopée2 à suspense
née de l’imagination de

Jean-Pierre Lamargot

 

1 « Endroit dangereux, situation complexe et délicate dont on arrive difficilement à sortir sans dommage. Synonymes : pétrin (familier), piège, souricière, traquenard. Donner, tomber dans un guêpier. »

« Ce n'est pas la peine de nous donner tant de mal pour tirer Albert du guêpier où il s'est fourré »  (François de Curel, La nouvelle idole, 1899, I, 1, p. 163), selon Le Trésor de la Langue Française informatisé (cf. http://atilf.atilf.fr/)

2 Long poème ou récit « de style élevé » où la légende se mêle à l'histoire pour « célébrer un héros ou un grand fait ». On pourrait sans doute à bon droit aussi bien parler de prétérition (« figure par laquelle on attire l'attention sur une chose en déclarant n'en pas parler »)

 

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Echec, échec, échec, échec, échec… et Mat

 

Il ne serait pas dit que l’impressionnante efficacité largement démontrée par l’usage des techniques de clonage qui avaient présidé à la conception des Duplex brothers1 et à la réalisation des outils consacrés à leur souscription se serait érodée lorsque le temps des échéances serait venu…

Et de fait, les cinq Duplex suivants connurent des sorts que l’on peut qualifier de très semblables, pour ne pas dire superposables :

- Duplex 2 échoua2 du fait de la défaillance, dès la première des dates de constatation, de deux des valeurs du panier de valeurs internationales à fort potentiel de performance : Allianz AG3 (- 49,4 %) et Ford (- 51,8 %),

- Duplex 3 échoua du fait de la défaillance, dès la première des dates de constatation, d’une seule des valeurs du panier de valeurs internationales à fort potentiel de performance : Ford4  (- 52 %),

- Duplex 4 échoua … défaillance, … première des dates de constatation, … trois … valeurs du panier de valeurs internationales à fort potentiel de performance : Merck & Co, NTT Domoco et Telecom Italia Media (l’ampleur de leur défaillance a malheureusement échappé à la postérité…)

- Duplex 5 échoua mais … défaillance, … première des dates de constatation, une seule … valeur du panier de valeurs internationales à fort potentiel de performance : Pfizer (- 52 %)

- et enfin Duplex 6 échoua … défaillance, … première des dates de constatation, … deux … valeurs du panier de valeurs internationales à fort potentiel de performance : Ford (- 60,5 %) et Ahold NV (- 71,8 %)

Carton plein ! La formule se traduisit donc en termes sobres : « 100 % de l’investissement initial, hors commission de souscription, majoré d’un coupon qui [aurait progressé] de 12,5 % par trimestre échu … jusqu’à la date de constatation où l’on observe qu’une action du Panier a enregistré une baisse d’au moins 40 % » ; mais cette date de constatation étant la première, le nombre de trimestres échus fut égal à zéro, confinant au même niveau le montant du coupon associé !

Imprévue surprise de dernière minute : ces « 100 % de l’investissement initial, hors commission de souscription », ne furent pas restitués en numéraire, mais automatiquement convertis en parts de six FCP « refuges »  dont les notices avaient opportunément été soumises à l‘agrément de la COB (et agréées par elle) en même temps que les six Duplex dont ils répondaient en écho ! E bella la macchina !

Le cas particulier de Duplex 5, qui n’enregistra la défaillance que d’une seule « valeur », mérite que l’on s’y arrête un peu ; car l’évolution du cours de ce titre présente une allure des plus particulières, alors que celle de ses 11 coreligionnaires était des plus honorables au regard du seuil de – 40 %, huit d’entre elles n’ayant de surcroit jamais évolué en retrait par rapport à leur niveau initial…

Seule l’action Pfizer se singularisait, en effet : son cours n’avait baissé que de 26 % le 8 mai, puis vacillé autour de – 40 % du 28 mai au 4 juin, pour plonger à son minimum (- 43 %) le 21 juin, avant de remonter à – 40 % le 10 juillet, puis d’enregistrer un minimum absolu le 15 juillet à – 44 %, et enfin de remonter en flèche après ce singulier épisode.

N’est-il pas incongru et tendancieux de rappeler que pour Duplex 5, la première des dates de constatation était précisément le 21 juin de la même année ? Aura-t-on jamais les moyens d’observer avec la finesse voulue le volume des transactions réalisées entre fin mai et fin juin ? Aura-t-on jamais la curiosité de se demander qui en était à l’origine ?

Qui pourrait d’ailleurs souhaiter qu’on le fasse ? Sans doute pas Squirrel Box, pour qui cet harmonieux chassé-croisé s’avéra être un pas de deux miraculeusement opportun et … providentiel !...

Par définition, par essence même, la Bourse est le domaine où règne l’irrationnel, en maître absolu, et où les seules certitudes sont celles qui relèvent du passé ; le corolaire de cet édifiant constat est que les prévisions y sont particulièrement hasardeuses, surtout celles concernant le futur. Ne dit-on pas d’ailleurs que les bons prévisionnistes sont ceux qui sauront expliquer demain pourquoi ils se sont fourvoyés hier ?...

Mais il faut admettre qu’en la matière, les experts de Squirrel réalisèrent un strike5 magistral qui impressionne encore aujourd’hui, dans les chaumières et même ailleurs. Pourtant, ils avaient maximisé les chances en élisant douze « valeurs » à fort potentiel de croissance telles que Ford, Allianz AG et France Télécom, pour ne citer que ces seuls exemples.

Quatre mois à peine après le lancement de Duplex, le site « Testé pour vous » avait publié un article qui aurait pu en inquiéter plus d’un, si sa notoriété n’avait été aussi confidentielle, hélas… :

 « L’analyse du produit Duplex par les experts financiers de “Testé Pour Vous” révèle que la probabilité d’obtenir un rendement supérieur à 10 % par an (rappelons que la promesse de doublement en six ans correspond à un taux encore plus élevé de 12,25 % par an…) n’était que de 6 % (soit beaucoup moins qu’une chance sur 10), alors qu’il y avait au contraire une probabilité de 76 % (soit près de 8 chances sur 10) pour que le rendement annuel net (compte tenu des frais) ne dépasse pas 0,5 % par an (une misère par rapport au Livret A6 !) ».

C’était à se demander si les lois du calcul des probabilités utilisées par les experts financiers de Squirrel, pour sélectionner « rigoureusement »  les « 12 valeurs de croissance » étaient bien les mêmes que celles qui avaient présidé à la confection de cet article.

C’en était même à se dire que si la chose mathématique s’énonçait bel et bien selon les mêmes lois et dans les mêmes termes pour les deux, on ne pouvait en conclure ou bien que l’expertise réelle de Squirrel était des plus fragiles, ou bien que les critères sur lesquels s’appuyaient les décisions et les choix étaient (comment dire pudiquement ?) … « différents » dans l’un et l’autre cas.

Mais qui aurait bien pu oser faire peser un tel soupçon sur la digne « vieille dame », adornée de la plus virginale des réputations ?...

 

 

 

Prochain épisode : L’âpre après

 

1 A tant parler de Duplex, j’en viendrais à perdre Montcalm, comme auraient pu le dire nos cousins de la Belle Province  

2 L’étymologie d’« échouer » et celle d’« échéance » dériveraient-elles de la même racine ?

3 Again ! One more time !   

4 Again ! One more time !  Same player shoot again ?

5 Au sens que l’on donne à ce terme dans les bowlings

6 En ces temps là, période de vaches grasses, non seulement le Livret A était fiscalement avantageux et sans risque ; mais de plus, il était encore honnêtement rémunérateur…

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