5. Paroles de lanceurs d'alerte / Fisc: Olivier Thérondel

Olivier?

Je m'appelle Olivier THERONDEL et j'ai travaillé à la division d'intégration des déclarations de soupçon du service anti-blanchiment Tracfin de 2004 à 2013. La Direction de Tracfin a porté plainte le 13 juin 2013 contre moi pour avoir publié 2 billets sur le blog de Médiapart ("Black-out sur les rapatriements de Cahuzac" et "L'affaire Cahuzac embarrasse Tracfin") fin avril 2013. J'y dénonçais principalement le fait que Tracfin ne fasse pas diligence pour transmettre au Parquet les informations sur les rapatriements de Cahuzac. L'audience aura lieu au Tribunal Correctionnel de Paris (17ème chambre) à 13h30 le 21 mars 2014. Ce procès en première instance pourait être la première étape d'un processus judiciaire dont le point de dénouement sera la Cour Européenne des Droits de l'Homme.

En guise de soutien de la part de Mediapart, j'ai eu droit de sa part à la révélation de mon identité ansi que de mon adresse ip aux autorités...

Ce qui m'a poussé à écrire une lettre ouverte à M.Edwy Plenel :

Compte tenu des conséquences que votre lâcheté a eu sur mon existence, permettez-moi de vous poser 2 questions, dont la réponse intéresse certainement les lecteurs de Médiapart (dont je reste un fidèle lecteur):

 1°) Sachant que l'amende légale qui sanctionne le refus de répondre à une réquisition judiciaire dans le cadre d'une enquête préliminaire (art 77 du C.P.P) est de 3 750 €, estimez-vous qu'un lanceur d'alerte ne vaut pas ce prix?

 2° A combien de réquisitions judiciaires relatives aux blogueurs du club de Médiapart avez vous répondu en 2013?

Et de conclure par:

Note: les journaux, qui font de la révélation sensationnelle leur fond de commerce, ne doivent leur existence qu'à ces sources anonymes qui prennent des risques. Que leur geste soit motivé par la soif de vérité (l'idéal) ou par un motif moins noble (la vengeance), ces sources n'en tirent généralement aucune gloire personnelle: le bénéfice de l'opération est porté uniquement au crédit du journaliste. Et parfois, les sources ont la désagréable sensation de se retrouver abandonnées en rase campagne lorsque les difficultés surviennent. Inutile d'appeler à l'aide: le journaliste est déjà passé à autre chose. Il ne se déplacera même pas le jour du procès. 

Le cas d'Olivier est une des preuves qui démontrent la tragédie que vivent les lanceurs d'alerte: lorsque la pression judiciaire augmente, il n'y a presque plus personne qui les soutienne... même ceux qui se font les hérauts du lancement d'alerte...

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