Photos non contractuelles

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Le site “Photos non contractuelles” a été signalé récemment par plusieurs de mes contacts. Celui-ci déclare recenser «les pires différences que l’on peut observer entre les publicités et la réalité» et appelle ses lecteurs à lui faire parvenir des photos.

«La ruine de la théorie indicielle», commente ironiquement un ami. Ce qui n’est qu’à moitié vrai, car si l’illustration de gauche est en effet supposée menteuse, la photo de droite a bien pour mission de rétablir la vérité en dévoilant l’image réelle du produit.

Pourtant, en parcourant les quelques pages d’un site ouvert en décembre dernier, surprise: on n’aperçoit aucune photo d’automobile, de montre de luxe ou de visage raffermi par un cosmétique. Mais une iconographie presque exclusivement dédiée aux spécialités alimentaires, avec une préférence marquée pour les hamburgers et les plats prêt-à-réchauffer.

Faut-il en conclure que la publicité pour les produits non-alimentaires tient mieux ses promesses? Pourtant, on peut facilement faire l’essai: photographiée au compact avec un bon coup de flash dans l’entrée du garage, l’auto la plus rutilante aura une allure aussi éloignée du dépliant publicitaire que le premier MacDo venu.

Le site “Photos non contractuelles” veut-il vraiment nous alerter sur les excès du marketing? Ou plutôt provoquer un sentiment de dégoût à bon compte? L’efficacité apparente de la démonstration visuelle n’est qu’un leurre. Les photographes spécialisés le savent: donner une image appétissante aux victuailles demande autant d’efforts que la composition d’une nature morte. En revanche, photographier un plat industriel à même la barquette sans éclairage ni apprêt offre la garantie du haut-le-cœur. Là comme ailleurs, la photo ne prouve que ce qu’on veut bien croire.

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