Le Monde a peur pour les bébés Facebook

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Alertez les bébés! «A peine nés, et ils ont déjà une identité numérique. D'après une étude internationale, 81 % des enfants de moins de 2 ans sont déjà présents en ligne, que ce soit par le biais de photos ou de profils sur les réseaux sociaux.» Ou comment faire mousser la peur très franco-française des réseaux sociaux. Quand LeMonde.fr résume une pseudo-"étude internationale" d'une entreprise spécialisée dans la sécurité sur internet, il montre surtout qu'il a un train de retard.

 

Des amis ont eu récemment un enfant. J'ai découvert le visage du petit ange sur la page photos de leur compte Facebook. Et alors? Et alors rien. Mettons qu'on interroge les titulaires d'un abonnement téléphonique pour savoir s'ils ont utilisé ce moyen pour annoncer une naissance à leurs proches, on peut supposer qu'on obtiendra des pourcentages tout aussi élevés[1]. Faut-il en conclure à l'irrémédiable bigbrotherisation de la société ou y voir la preuve que les parents recourent - oh! surprise - aux outils de communication disponibles?

 

Evidemment, l'alarmisme du Monde vient de la confusion entre téléchargement de photo et "identité numérique". L'article précise plus bas que la création d'un profil Facebook pour un bébé ne concerne que 5% des foyers (et seulement 2% en France - ah tiens! Le Monde a oublié de le préciser, comme c'est ballot). Certes, le titre "2% des bébés français ont une identité numérique" secoue un peu moins le shaker. Alors on bricole une notion fourre-tout de "présence numérique", qui permet de mélanger création de profil et envoi de photos - ça paraît d'une rigueur sociologique à toute épreuve...

 

L'illustration est encore plus drôle, on dirait que la fine équipe des chercheurs du Monde vient de découvrir Google images: «Une simple recherche "bébé Enzo" sur Google, et des centaines de milliers de photos d'enfants s'affichent» s'alarment-ils (voir ci-dessus). Ca marche aussi avec "mobylette" ou "bac à fleur", faut-il alerter le contre-espionnage?

 

«Seuls 3,5 % des parents s'inquiètent des conséquences futures d'un tel acte. L'éditeur AVG recommande aux parents de bien réfléchir à ce qu'ils vont mettre en ligne, puisque ces informations "les poursuivront le reste de leur vie"» conclut le stagiaire du Monde, qui n'a pas osé signer son forfait. On tremble à l'idée de l'employeur qui, vingt ans plus tard, refusera une embauche en voyant la photo du candidat qui bavait lorsqu'il avait deux mois. Je m'en vais de ce pas prévenir mes amis du danger qu'ils font courir à leur progéniture. Ah ben non, pas la peine: comme de nombreux comptes Facebook, le leur n'est accessible qu'à leurs friends. Dommage que l'étude d'AVG ne donne jamais la proportion des comptes fermés et des comptes ouverts dans leur panel. Qui a dit foutage de gueule?


[1] Aucune précision n'est fournie sur la composition de l'échantillon dans l'enquête AVG, mais les résultats obtenus suggèrent que celui-ci a été recruté ...via les réseaux sociaux.

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