Ivre de fatigue

 

 

La fatigue.

Pas celle du matin, quand la nuit a été courte, laissant les yeux gonflés et un goût amer dans la bouche.

Pas celle de l'après-midi, quand le parfum du café ne parvient pas à éteindre l'envie irrésistible d'une sieste.

Non, la vraie fatigue, celle du soir, qui a grandi doucement au fil de la journée, et s'installe enfin, en prenant toute la place, alourdissant les paupières et ramollissant les pensées.

Cette fatigue, pour moi, s'appelle douceur.

Mes armes quotidiennes sont déposées à l'entrée de ma demeure, et je laisse mes pensées errer dans une atmosphère ouatée, acceptant l'abandon de mon efficacité. Parfois, la fatigue est telle que j'en suis presque ivre, parce que dormant trop peu. Mais c'est délicieux. Et tranquille : dès que je le souhaiterai, la solution du coucher me tendra les draps!

Or je résiste. Les vagues de l'endormissement lèchent mon esprit occupé à lire, sautant de mot en mot, de phrase en phrase. La confusion grandit. Vais-je me rendre et lâcher la partie? L'heure avance. Il est tard. Je suis de plus en plus loin.

Alors, cela surgit. Quoi? Je ne sais pas. Un mouvement, une envie. Un éveil soudain qui me pousse à écrire. De l'engourdissement, mon esprit sort comme une lame. Les idées s'enchaînent, l'écriture est presque automatique. J'assiste étonnée à ce jaillissement. J'étais si fatiguée, tout à l'heure... que se passe-t-il?

Le texte est presque fini. Un effort devient nécessaire pour mener le navire à bon port, corriger les erreurs. Là cela devient difficile, j'ai envie d'arrêter, mais je sais que cet instant ne reviendra pas. C'est maintenant que je dois parachever le texte.

Je relis. Je ne comprends presque plus ce que j'ai écrit, je suis exténuée.

C'est fini.

Je peux aller me coucher.

 

 

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