La vague - au cœur de la tempête

Immergé au sein d'un service de l'Hôpital de la Croix-rousse à Lyon au moment de la première vague du virus, un médecin livre dans cette BD au contour autant humoristique que mélancolique une chronique de vie au quotidien de cette crise sans précédent, à hauteur d'homme.

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On a beaucoup entendu parler d'hôpitaux et se services d'urgences lors de la première vague de COVID début 2020, de la pudeur et de la colère contenue des professionnels qui ont fait front malgré l'incurie du gouvernement et l'inconnu dans lequel tout le système de santé se retrouva soudain plongé. Des dérisoires applaudissements au balcon à 20h et de ces titres de héros qu'on a voulu leur attribuer. Eux ne demandaient qu'à faire leur métier, équipés du matériel adapté, des moyens et des lits suffisants, un métier normal, pas héroïque, un métier d'humains.

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C'est cet état d'esprit que nous fait passer le docteur Olivier Lejeune (alias Olivier Luge de son nom de plume) dans cette chronique drôle et touchante sur le service d'addictologie de l'hôpital de la Croix-rousse soudain transformé en unité REB chargé de traiter les cas COVID. L'album suit les premiers mois, la première vague, avant le reflux de l'été. Les premières interrogations, les premiers constats d'absence et la sidération des médecins écartelés entre les débats médicaux sans débouchés et le quotidien d'un service, ses vieux, ses familles écartées de leurs proches, ses morts. A ce titre il nous immerge dans un passé proche en intégrant intelligemment un gimmick où le virus nous interpelle sur la situation que nous connaissons au moment où on lis l'album. Conscient que la situation va perdurer, que cette instabilité incertaine va devenir la norme et que les vérités d'hier ne seront pas celles de demain, Luge brise le quatrième mur en nous rappelant que la chronique d'un moment vaut toujours pour la suite. Et l'on réalise à quelle vitesse la situation a changé et que l'année écoulée semble en valoir dix...

Si le graphisme ne vise pas la virtuosité (Luge est autant autodidacte que déjà professionnel du dessin avec plusieurs publications à son actif), le dessin reste efficace dans ces noirs et blancs très tranchés aux personnages expressifs dans leur caricature et propose même quelques belles planches en fin de volume. La maîtrise narrative est en revanche remarquable en jonglant entre les strip d'humour et une véritable narration séquentielle jouant sur les silences et les gags récurrents. La galerie de personnages (fictive donc) permet des saynettes jouant sur le détachement de ce corps médical en même temps que sur le stress du personnage, craintif de ne servir à rien, incapable de rejoindre sa chaude copine et imaginant à juste titre combien sa mamie est à risque dans cette crise.

Mine de rien c'est sans doute un des premiers ouvrages revenant sur ce que nous avons tous vécus l'an dernier. On aurait aimé suivre un ouvrage plus autobiographique (on n'est jamais sur de ce qui est totalement fictif et ce qui est inspiré dans ces scènes de farce) mais on apprécie la proximité avec cette hyper-actualité, la finesse des dialogues et l'humour, qui fait toujours si bien passer les moments les plus dramatiques.

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