Créer ou participer à un SEL, guide pratique

Comment créer un S.E.L. Système d’Échange Local ou y participer, s'il en existe un près de chez vous. Qu'est-ce c'est qu'un S.E.L ? Avant tout un espace de solidarité sociale et de convivialité. Quand tout s’achète, il n’y a plus de principe et de valeur qui vaille. Échangeons sans argent !

Comment créer un S.E.L. Système d’Échange Local ou y participer, s'il en existe un près de chez vous. Qu'est-ce c'est qu'un S.E.L ? Avant tout un espace de solidarité sociale et de convivialité. Quand tout s’achète, il n’y a plus de principe et de valeur qui vaille. Échangeons sans argent !

Apparus en France il y a une bonne vingtaine d'années, les SEL (système d'échange local) ne s'essouflent pas bien au contraire. Le contexte économique aurait même plutôt tendance  à favoriser leur développement.
Le SEL est un système d'échange alternatif, construit à côté du système d'échange économique dominant. Les SEL prennent la forme de réseaux à but non lucratif, implantés localement, et qui permettent à leurs membres de procéder à des échanges de biens, de services et de savoirs, sans avoir recours à la monnaie traditionnelle mais en comptant des unités de temps.
Actuellement, de nombreuses ressources humaines, correspondant à de réels besoins, sont inexploitées. Les lois du marché ignorent les besoins humains, lorsqu'ils ne trouvent pas leur place dans l'économie marchande. Il est temps de mettre en adéquation ces besoins humains insatisfaits et ces ressources inexploitées. Il faut, pour cela, sortir du système monétaire et de la course au profit, responsable des exclusions que nous connaissons.

Renseignements sur les SEL nationaux :
http://www.selidaire.org/spip/

et surtout listes de SEL existants, peut-être à côté de chez vous. Carte régionale et coordonnées.

Ma propre expérience des SEL (partie 1)

La partie 2 (à venir) comprendra tous les satellites d'un SEL, qui sont forts nombreux... Route des SEL, BLE (bourse d'échange de biens), l'international des SEL et même la partie entreprises des SEL (échanges inter-entreprises des SEL) nés des crises économiques internationales.

C'était à la fin des années 1990, à Marseille et cela à plutôt mal commencé... Je travaillais professionnellement avec un public "dit" défavorisé, des groupes de gens au RMI, à qui j’apprenais à faire la cuisine d'une manière équilibrée et surtout économique et qui m'ont notablement enrichi, par le cœur et leurs cultures, même si ma rémunération institutionnelle d'animatrice était chiche. Ayant eu la connaissance par mes réseaux culturels, qu'un SEL de RMIstes s'était constitué, je m'y suis inscrite. Par curiosité intellectuelle d'abord. J'y ai appris le mode d'emploi, hyper simple et comptais sur cette démarche personnelle, afin de la transmettre à mes groupes d'élèves...

On devient membre d'une association, on paye une cotisation annuelle en général très minime (5 à 10€ par an), qui sert au fonctionnement (faire connaître le SEL, réunions, listes d'échanges) et on accède ainsi à une liste de participants, appelé selistes, leurs noms, coordonnées pour se joindre et la liste des demandes et offres de chacun d'eux. On peut ainsi répondre à une demande de service de quelqu'un ou à une offre d'un autre, qui en général correspond à l'un de vos besoins ou capacité à offrir un service. A cette époque lointaine, cela se faisait avec des listes papier, maintenant c'est beaucoup plus simple, grâce à Internet.

On ne paye pas le service (amateur et non professionnel) avec de la monnaie (euros) sonnante et trébuchante, mais avec un débit d'unité-temps, appelé "grains de sel" ou autre nom au choix de l'association. On est ainsi créditeur d'unité temps, si l'on a rendu un service ou débiteur si l'on a reçu un service. On tient une "feuille d'échange" qui comptabilise ces unités, comme un relevé de comptes bancaire. A chaque échange, chacun marque sur sa propre feuille et sur celle de l'autre, la valeur-temps échangée, en débit ou crédit. 1h d'unité-temps vaut 60 grain de sel de monnaie virtuelle. Mais surtout, il est important de comprendre que l'on ne rend pas forcément service à la personne qui vous a elle même rendu un service, mais à l'un des membres du groupe, peu importe lequel, quand on veut, quand on peut. Et surtout, ce qui est essentiel à mes yeux, tout service est égal ! Une heure de temps de ménage est égal à une heure d'ingénieur informatique ou une heure de cours de piano. Quand je dis 1h, ce peut-être 2 ou 3, comme 15 ou 30mn, c'est vous qui voyez... Cependant, l'échange demeure toujours un accord de gré à gré entre les membres.

J'ai proposé mes capacité de temps disponible (peu à cette époque, où je travaillais beaucoup, professionnellement) en couture et en cuisine, cours ou service rendu. Je cherchais des services de petits bricolages (peinture, petite menuiserie) dans mon appartement. J'ai réalisé de la couture (housse de djembé) et des plats cuisinés pour certains membres, qui en ont été satisfaits et j'ai eu un soit-disant menuisier, qui est venu me faire des étagères chez moi, qui s'est révélé... Une véritable catastrophe ! J'ai dû démonter son boulot et tout refaire moi-même. Par la suite, j'ai assisté à des réunions publiques et cette association ne m'a pas satisfaite, car le public était essentiellement masculin, très marginalisé, grandement désocialisé et surtout alcoolisé, il m'était personnellement difficile d'établir des relations intéressantes pour moi et je n'arrivais pas à pouvoir réellement compter sur quelqu'un de fiable pour me rendre service. Heureusement, j'ai malgré tout persisté et eu des expériences très heureuses avec d'autres groupes.

J'ai donc rencontré un autre groupement de sélistes dans un autre quartier de Marseille, qui lui, s'est révélé plus homogène dans sa composition en termes de populations, beaucoup plus convivial pour moi et au sein duquel, j'ai non seulement échangé équitablement, mais surtout j'y ai noué de belles amitiés, avec des gens de toutes catégories sociales, que je n'aurais pas forcément rencontré dans mon cercle relationnel amical, familial ou professionnel.

En 2004, j'ai déménagé dans l'Hérault. D'urbaine, je suis devenue rurale. Forte de mon expérience marseillaise, grâce à l'asso nationale SEL'idaire (coordonnées au début du billet), j'ai vite retrouvé un groupement de sélistes près de chez moi, auquel j'ai adhéré et là encore, j'ai noué de belles amitiés, qui durent toujours, même si j'ai encore déménagé en 2012.

Dans l'Hérault, j'ai donc rencontré un groupe déjà constitué d'une cinquantaine de personnes, avec qui j'ai échangé d'une manière très heureuse pendant 1an. Au bout de cette année, étant moins occupée professionnellement, je me suis plus impliquée dans l'organisation, j'en suis devenu secrétaire, bénévole bien évidemment. Connaissant très bien le milieu associatif et ces lois, je me suis vite aperçue d'irrégularités douteuses dans l'administration de l'association de la part de la présidente qui l'avait constitué. L'association dépendait d'une autre association dont personnellement, les buts n'étaient pas ma tasse de thé, au niveau de l’éthique. Un truc, vaguement sectaire... J'en ai informé les membres qui à 99% en ont été comme moi fort surpris et nous avons décidé de tout revoir. Exit la présidente et reformulation d'un nouveau groupe, sur des bases plus saines. L'ex-présidente s'étant montré très directive et peu claire, nous avons opté pour un groupe collégial. Pas de président unique, tous les membres prennent des décisions d'animation et administratives, ensemble, d'une manière collégiale. Nous nous sommes répartis les tâches, qui devaient être tournantes. Pas toujours aux mêmes d'être dévoués et de se coltiner les corvées associatives (secrétariat, comptabilité, animation et dynamisation du groupe, publicité etc...) chacun les prenant à sa charge à tour de rôle. Oui, animer une association, quel qu’elle soit, demande un peu de temps à donner. Mais on y reçoit aussi, beaucoup. L'association est un bon outil social.

L'association peut-être informelle (un groupe de personnes y crée ses propres règles et fonctionne avec) ou institutionnelles (association de loi 1901, déclarée en préfecture et au journal officiel).

Pour notre association de sélistes de l'Hérault (centre Hérault, puis coeur d'Hérault, il en existe d'autres dans ce vaste département...) nous l'avions choisi informelle, puis avons opté pour l'association loi de 1901, pour pouvoir bénéficier de locaux institutionnels gratuits (municipaux, rattachés à la commune où est localisée l'association) pour nos réunions et services divers (photocopies gratuites de documents). Une assurance responsabilité civile collective est aussi souhaitable (réunions publique d'information et d'animation) l'association nationale SEL'idaire en offre une, collective, à prix minime.

Un des membres de notre association, informaticienne de profession, nous avait monté un site informatisé sur le Yahoo groupe. Cela c'est révélé pratique, mais peu convivial et surtout difficilement gérable, quand ce membre nous a quitté pour d'autres cieux professionnels et que nous ne savions plus le paramétrer... Nous même. Donc le choix de l'outil informatique (site, blog ou plate-forme) est important au départ.

Puis j'ai déménagé à Millau (Aveyron) en 2012. J'ai dû abandonner mon SEL de l'Hérault avec qui, malgré tout, je communique toujours et qui est de plus en plus florissant. J'ai évidement cherché un SEL sur Millau (ville de 20.000 habitants) et à mon grand désappointement, il n'en existait pas. Ou plus exactement plus, le précédent (très Larzacien et essentiellement rural)  étant tombé en déserrance, faute d'outil de communication efficace et de participants, une dizaine d'années auparavant.

Forte de mes expériences précédentes, j'en ai créé un nouveau, avec 3 copines (éducatrices et infirmière), durant l'été 2012. Nous avons passée 2 mois (à raison d'1 ou 2 réunions par semaine) à peaufiner un règlement intérieur, une charte et des règlements associatifs (déclaration en préfecture, ouverture d'un compte bancaire pour les cotisations), contacté la mairie et la MJC pour accéder à des locaux de permanence d'information. En septembre, nous avons participé à la "foire aux associations" (qui existent dans à peu près toutes les villes) pour nous faire connaître de la population. Nous avons réalisé un dossier de presse, expliquant qui nous étions et nos buts et l'avons distribué à la presse locale, qui l'a diffusé. Nous avons réalisé des affiches, que nous sommes allées coller dans tous les lieux sociaux institutionnels ou conviviaux.

J'ai passé une annonce ici même, sur Mediapart, pour trouver un outil informatique adéquate : http://blogs.mediapart.fr/blog/annie-lasorne/190812/appel-informaticoeurs

Grâce à la communauté mediapartienne (super efficace) je suis entrée en contact avec Seliweb (voir coordonnées sur le billet) un créateur de logiciel libre (à améliorer). Nous avons fait appel à une école d'informatique dont un des élèves nous a aidé à le mettre en place (2ISA à Millau) car mes copines et moi n'étions vraiment pas douées en la matière. Nous nous en servons depuis 9 mois et nous avons une soixantaine de membres qui échanges régulièrement. Mais ce logiciel ayant quelques bugs, nous sommes en train de créer un nouveau site, encore en chantier, grâce à un nouveau séliste informaticien, qui s'y emploie en ce moment même.

Les adhérents à l'association SEL partagent des valeurs communes. Ils revendiquent notamment le droit d'échanger librement et inconditionnellement, des savoirs, des savoir-faire, des informations, des services, des biens. Les adhérents à l'association SE  s'inscrivent dans un esprit de fraternité, de solidarité et de convivialité. Ils privilégient le lien plutôt que le bien, sans passer par la monnaie traditionnelle, avec une unité d'échange basée sur le temps.
Ils cherchent à faire prendre conscience de la dimension humaine existant derrière tous les échanges et valoriser les compétences propres à chaque être humain, les ressources, les savoirs et les savoir-faire, mal reconnus par la société, et peu exploités. A tester des idées, mettre en commun des projets, promouvoir des solidarités dans le cadre du développement local, travailler ensemble dans un objectif commun pour des individus ou pour la collectivité, grâce à ces échanges multilatéraux. A agir pour renouer les liens sociaux par et pour une solidarité retrouvée et une citoyenneté sociale reconnue.
Attention, ne pas confondre SEL avec TROC : Le troc est un comportement inné qui consiste à satisfaire un besoin naturel spontané, vieux comme l’humanité. Là, les échanges ne se font pas seulement entre deux personnes, les "unités ou grains de sel" reçus quand on rend service à un adhérent peuvent être dépensés auprès d'un autre "seliste". Celui qui reçoit ne rend par forcément à celui qui lui a donné.
En cas de découvert, pas de pénalités. Le seul petit contrôle que chacun exerce soi-même, c'est de s'assurer que chaque seliste n'est trop haut ou trop bas en débit ou crédit, grâce à "la feuille d'échange" que les protagonistes se présentent pour y contresigner la valeur de leurs services ou biens. Ces feuilles seront imprimables depuis le site ou disponibles dans nos permanences. Il s'agit d'éviter que les gens ne viennent que pour donner ou que pour recevoir.
Sur ces bases, place à l'imagination !
C'est l'occasion de ménager son portefeuille mais surtout de lier de belles amitiés. Chacun met ses compétences au service des autres. Garde d'enfants ponctuelle, cours de cuisine ou d'informatique, soutien scolaire, co-voiturage, petit bricolage... La liste est longue et infinie puisqu'elle n'a comme limite que vos propositions. C'est une auberge espagnole, une mutualisation de vos compétences et richesses. Tout le monde en a !
Charte et réglements intérieur de l'association sont consultables sur le site internet et lors de nos permanences.
Fruits et légumes en excédent de votre jardin, conversations en langues étrangères... Il est plus agréable de se rencontrer pour échanger, donner que passer son temps dans les temples de la consommation :  Faire provision de petits cadeaux humains, ne pas économiser nos élans du cœur !

Quel meilleur moyen de rencontrer ses concitoyens, de faire naître de belles amitiés, créer de nouvelles idées sociales et solidaires, des petits dîners entre amis où chacun apporte un plat, des randonnées communes, s'initier à un sport ou un loisir. Donner, prêter des objets non employés en échange d'autres plus utiles, ou en échange d'un service.
Cessons de simplement en discuter, mettons en œuvre. Qui dit échanges, dit rencontres, concours d'idées, lutte contre la solitude, favoriser l'intergénérationnel, l'éducation populaire. Si j'ai besoin d'une perceuse ou d'une remorque, je vais trouver un adhérent qui va m'en prêter une. A mon tour je pourrais arroser les plantes ou nourrir le chat de celui qui doit s'absenter... Je partage plants et boutures, j’apprends à souder ou à coudre.  Je partage et enrichis ma discothèque, ma bibliothèque. Je fais des courses pour quelqu'un de malade. J'emmène tel autre au cinéma. Je trouve des amis lors d'un petit déménagement...
A vos idées !
Nous avons créé l'outil, à vous de l'utiliser, de l'améliorer...
Pour vivre dans une meilleure intelligence collective.

Voilà pour un premier épisode, la suite à venir et à votre disposition pour des questions éventuelles, si je n'ai pas été claire.

Selidairement votre !




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