Économie sociale et solidaire : l’enjeu de la transmission

Le virage sociétal que nous tentons de négocier peut déboucher sur le meilleur comme sur le pire. Pour aller vers le meilleur, ou en tous cas chercher à éviter le pire, l’Économie Sociale et Solidaire (ESS) se pose comme un réponse. Une parmi d’autres. Encore nous faut-il parvenir à en transmettre les principes aux jeunes d’aujourd’hui, citoyens, élus, employeurs, salariés de demain.

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Et puis lorsque, comme nous, on vit à la campagne (ci-après dénommée territoires ruraux), il est difficile de ne pas voir la forte déprise de ces dits territoires. Si le retrait progressif des services publics y contribuent à coup sûr, leurs habitants ne se laissent pas pour autant aller à l’appauvrissement ni au vieillissement programmés de leurs cadres de vies. Et dès lors, ce sont eux, autrement appelés Société civile, qui s’organisent pour prendre en charge une partie des besoins de leurs propres territoires. La plupart du temps ils le font sous des formes associatives ou coopératives, de manière désintéressée, sans aucune recherche de profit et avec le soutien – tantôt précieux, tantôt insuffisant – des collectivités locales.

Ici, chez nous, à la campagne, en territoires ruraux, on appelle ça Économie Sociale et Solidaire. ESS. Une organisation particulière des territoires qui permet de prendre en compte les besoins réellement identifiés des habitants et de s’organiser localement pour y répondre. Et de trouver les modèles économiques adéquats, quitte à les porter à bout de bras.

Parmi ces acteurs, on compte de petites initiatives comme de très gros employeurs. Et ce dans des domaines variés : social et médico-social, insertion professionnelle, formation, accompagnement et autonomie des personnes âgées (autrement dénommées Séniors), ou des personnes handicapées (ah : à mobilité réduite), protection, sensibilisation et médiation de l’environnement, sans compter tout le secteur associatif culturel et la finesse de son maillage, au plus près des territoires, un des principaux générateur de lien social.

On y dénombre aussi, même s'ils sont moins visibles, des professionnel des industries créatives, artistes, vidéastes, professionnels du tourisme, communicants, créateurs de modes, de tendances, générateurs d’identités, d’appartenances, de récits, d’expériences, même à petites échelles. Pour peu qu’on parviennent à s’en saisir : de la kryptonite économique et sociale ultra concentrée au regard des besoins de changement qui sont les nôtres.

De ce fait, être aujourd’hui, un entrepreneur, employeur ou salarié de l’ESS n’est pas tout à fait anodin, et tend à porter sur le monde du travail un regard éclairé, porteur de sens, et d’une certaine philosophie de l’économie.

C’est pourquoi il apparaît primordial de doter les étudiants d’aujourd’hui, et professionnels de demain, d’un certain nombre de connaissances, mais aussi d’une conscience de ce qu’est l’ESS, ainsi que des positionnements socio-professionnels qu’elle permet d’envisager. Ce postulat semble valable dans l’ensemble du prisme éducatif, mais peut prendre une plus grande envergure dans certaines filières, comme les filières agricoles ou encore celles des métiers du territoire, animateurs, ingénieurs, urbanistes, etc.

Et c’est également pourquoi, on a vraiment envie de saluer une initiative menée à Périgueux, en Dordogne, ces 1er et 2 octobre. Celle d’un séminaire de deux jours au cours desquels ont travaillé de concert enseignants, étudiants et professionnels de l’ESS. Leur objectif : produire du matériau pédagogique, et aboutir à la création d’un référentiel afin que les enseignants disposent d’outils (ce qui n’est pas encore le cas) afin d’intégrer comme il se doit l’ESS à leurs cours, quelques soient les matières qu’ils enseignent.

Une initiative portée collectivement par l’IUT de Périgueux, le Lycée agricole de Coulounieix-Chamiers et la Ligue de l’Enseignement de la Dordogne. Accompagnée de près par la Région Nouvelle-Aquitaine, la seule Région de France à s’être dotée d’une Direction de l’Économie Sociale et Solidaire – fait suffisamment notable pour être noté – et un temps de travail original, à l’image des principes véhiculés par les participants : co-organisation, co-construction et association de toutes les parties prenantes.

A suivre.

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