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Billet de blog 29 avr. 2008

Microsoft : un colosse aux pieds d'argile ?

En juillet prochain, le fondateur de Microsoft va prendre sa retraite pour son nouveau rôle de bon samaritain. Avec son départ, c’est une page qui se tourne et Bill Gates quitte son entreprise au moment où elle est en pleine difficulté.

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En juillet prochain, le fondateur de Microsoft va prendre sa retraite pour son nouveau rôle de bon samaritain. Avec son départ, c’est une page qui se tourne et Bill Gates quitte son entreprise au moment où elle est en pleine difficulté.

Vous ne vous inquiétez pas l’entreprise fait toujours de l’argent et ce n’est pas l’obole de près de 900 million d’euros qu’elle va verser à la Commission Européenne qui va changer quelque chose à son destin. Pour l’année 2007 l’entreprise a chiffre d’affaire de près de 51 milliards de dollars et un bénéfice de plus de 14 milliards. Dans la mythologie classique, c’est un homme qui terrasse le géant, et bien dans le cas de Microsoft c’est armée toute entière qui l’attaque et qui le font vaciller.

La seule entreprise où le PDG est reçu comme un chef d’état, voyant son trône vaciller va devoir trouver des solutions pour lutter avec ses adversaires qui ont affuté leurs armes.

La guerre des systèmes d’exploitation est repartie ?

Dire que Microsoft a une position dominante est un euphémisme ! 95% de ordinateurs dans le monde ont le système d’exploitation de Microsoft : Windows. Et pourtant il y a un frémissement dans ce secteur où Microsoft est tout puissant, le responsable est la dernière version de Windows, Vista. Lancé en grande pompe dans le monde entier, en 2007 (avec près deux ans de retard) avec une colossale communication dans le but de relancer une industrie qui ne vit que des changements que Microsoft veut bien accorder (On constate que les évolutions de Windows conduisent à un renouvellement du parc). Les constructeurs d’ordinateurs ont vite déchanté. D’abord Vista a demandé une augmentation de leur coût de production (il demande plus de composants, en particulier de la mémoire qui coûte cher). Et surtout, ils ne vendent pas plus de PC au contraire ! Puis le public a eu une réaction épidermique car rien n’était prêt à la sortie de Vista, notamment on a remarqué des disfonctionnements de matériels périphériques, le problème étant que Microsoft n’a pas fourni les lignes de codes nécessaires pour adapter les périphériques. Enfin, les entreprises qui ont adopté Vista ont tellement protesté qu’elles ont demandé de repasser sur XP, la version précédente. Ce phénomène, de « downgrade », a bousillé la communication du groupe américain. Surtout le phénomène prend de l’ampleur aux Etats-Unis allant jusqu’à causer des phénomène de « Switch », c’est à dire des entreprises qui utilisent un autre système d’exploitation celui d’Apple en particulier. Enfin l’autre problème de Microsoft, c’est que les autres ont aussi progressé.

L’ennemi de toujours, la cool et branchée entreprise californienne, Apple voit ses part de marché augmenter depuis 2001, et donc avant Vista. Le retour de l’emblématique PDG d’Apple, Steve Jobs, y ait pour beaucoup. C’est sous sa coupe que les ingénieurs (dont le responsable est un français) ont fait un système d’exploitation que le monde de l’informatique salue comme modèle depuis quelques années. Apple a choisi la tactique du cheval de Troie pour attirer des nouveaux utilisateurs, en gros le discours est vous avez adorez votre iPod ou votre iPhone vous allez adorer votre Mac. Il faut avouer que la technique marche puisque la moitié des étudiants américains utilisent un mac. A cela s’ajoute une communication bien rodée aux Etats-Unis avec des pubs comparatives désopilantes (qui ne sont pas diffusés en France). Apple est aussi le seul constructeur de PC qui progresse tout les ans, par exemple entre 2006 et 2007, les ventes de machines ont progressé de près de 50%. Malgré cela Apple est un acteur de niche.

Il y a un autre ennemi que Microsoft ne s’attendait pas avoir, les constructeurs de PC. Les constructeurs de PC sont la principale ressource de la firme de Redmond. En effet, ce sont les constructeurs de PC qui achètent les licences Windows et qui vous la revend. Dû aux problèmes que posent Vista, certains constructeurs se tournent vers Linux, le système d’exploitation du logiciel libre. C’est le cas du petit PC à la mode, le tout premier PC « luddiste », l’EEE PC. Asus qui fabrique ce PC portable à bas coût, (moins de 400€), pour des contraintes de prix et surtout techniques, ne pouvait pas vendre de licence Windows avec donc il a décidé d’utilisé une version de Linux. Mais Asus n’est pas le seul à vendre des PC sans Windows. Le premier constructeur mondial de PC, DELL, vend aussi des PC sous linux.

Le vrai problème est tout autre. Le PC, celui de la maison, le portable, tend à disparaître (comme le montre les baisses des ventes de PC depuis plusieurs années). La vraie guerre des systèmes d’exploitation est ailleurs.

Etre connecté partout tout le temps ?

Bill Gates au lancement de Windows avait lancé comme ambition : « un pc dans chaque foyer ». A la fin des années 90, il voulait que Windows soit partout dans votre téléphone, votre salon, etc… Donc Microsoft s’est lancé dans une vaste entreprise de diversification.

Tout d’abord il y a eu le lancement de Windows CE pour les Personal Digital Assistant (PDA) en 1996, suivi de ses successeurs, puis il y a eu le lancement de Windows Mobile en 2003. Microsoft ne cache pas son ambition de devenir le système d’exploitation pour les appareils mobiles communicant. Mais la tache de Microsoft s’est révélée plus dur que prévue. Tout d’abord, il y avait des acteurs bien ancrés sur le marché comme Nokia (Symbian) ou Palm. Puis un nouvel acteur s’est révélé redoutable, RIM et sa solution Blackberry qui dépasse de loin les utilisateurs de Windows Mobile. Enfin l’ennemi Apple a lui aussi lancé sa solution mobile en juin dernier. Si pour le moment, ce dernier est marginale en Europe (iPhone est présent que dans 6 pays dans le monde), Aux Etats-Unis l’iPhone dépasse déjà Windows Mobile et se retrouve derrière Blackberry. Et sans cela sans compter sur les iPods qui ont le même système d’exploitation. En gros le marché est ainsi découpé : un tiers pour Blackberry, un quart pour Apple, un quart pour Microsoft et le reste pour Palm et Symbian et Linux. Microsoft est en bien mauvaise position et la prochaine plateforme de Windows Mobile ne devrait pas renverser la tendance, car Apple lui aussi lance la version 2 de son logiciel en juin prochain.

Autre lancement, cette fois-ci en 2001, Bill Gates veut Microsoft dans votre salon avec une console de jeux la X-BOX. Après un début poussif, la firme est obligée de casser les prix pour vendre sa console, vendu au départ 479€, elle descend à 149€ deux ans plus tard. Pire, Microsoft est obligé d’avancer de deux ans la sortie de la deuxième versions de celle-ci (dans le seul but de mettre en retard Sony). À l’heure actuelle, la division Xbox de Microsoft n’est pas encore rentable, elle devrait l’être l’été prochain. Pourquoi un tel échec ? Les concurrents du secteur ne se sont pas laissés faire. Le premier, Nintendo (que Bill Gates voulait acheter au départ pour lancer Microsoft dans le jeux vidéo), règne sur son marché des console portable (personne n’a jamais réussi à l’en déloger), effectue un retour spectaculaire dans le marché de la console de salon avec la célèbre Wii. Sony le troisième larron du secteur qui était la cible de Microsoft a subit un choc avec l’arrivée de Microsoft puisqu’ils se battaient pour le même marché (celui dit des « hard core gamers »), mais le marché japonais lui a été déterminant puisque Microsoft n’arrive pas à s’y implanter. On peut donc noter un relatif échec de Microsoft, même si le bilan aux Etats-Unis est plutôt bon pour le moment, Nintendo peut lui ravir la première place à tout moment.

Le dernier marché dans lequel Microsoft a voulu s’investir, celui du baladeur numérique et de la vente de musique en ligne avec le Zune. Microsoft n’a pas du tout apprécié le succès du couple iPod/iTunes d’Apple. Pendant un temps Microsoft a déclaré ne pas s’intéresser à ce marché et qu’il faisait confiance à ses partenaires pour le développement de Windows Media et, aussi, en espérant que Steve jobs se casse le nez avec son dernier joujou. Manque de chance, Apple a révolutionné l’industrie des baladeurs numériques, son lecteur est de loin le plus vendu, il a écrasé tous ses concurrents et même les plus pointu comme Sony, l’inventeur du Walkman. Du coup voyant que les partenaires ne débrouillaient pas bien, l’autre Steve celui de Microsoft, demande aux équipe qui ont contribué au succès de la Xbox de travailler sur un lecteur « aussi cool » que l’iPod. En novembre 2006, en période de Thanksgiving, Microsoft lance Zune un baladeur numérique aux Etats-Unis. Or c’est un échec, Microsoft baisse les prix, cela ne change rien, bien que l’iPod est beaucoup plus cher que ses concurrents. Microsoft lance la version 2 l’année suivante, sans plus de succès. La France va découvrir le Zune en janvier 2009 avec la version 3 de l’appareil.

La stratégie de faire entrer Microsoft dans votre salon est loin d’être gagné et pourtant cela va devenir vitale pour l’entreprise américaine. Le PC va disparaître de vos maisons, selon les spécialistes du secteur, pour des serveurs de maison sur lequel tous les appareils de la maison seront connectés. Vous pourrez lire vos mails sur télévision par exemple, jouer aux jeux, etc... Pourtant Microsoft pensait se rattraper sur le Web.

Et Google changea la donne…

Le cœur de la stratégie de Bill Gates et de Steve Ballmer a été le web. Internet Explorer a fait l’objet de débats et de condamnations judiciaires pour abus de positions dominantes. Le browser, c’est le nom des logiciels qui vous permettent d’aller sur le Web, de Microsoft est de loin la plateforme la plus utilisée grâce au parc d’ordinateurs fonctionnant sous Windows. Mais sa position n’est plus aussi dominante, par exemple Firefox, logiciel libre, a près d’un tiers du marché européen. En gros, Microsoft a un peu moins de 70% du marché des browser au niveau mondial. Mais ce n’est pas cela qui rapporte. Le moteur de recherche de Microsoft, Windows Live, n’est pas à la hauteur des résultats que ses géniteurs espéraient en terme d’audience, par contre il rapporte beaucoup en terme de publicité. Car cela qui intéresse le Géant de Redmond, avoir une régie de publicité qui rapporte quand on sait que le marché de la pub sur le web est en constante augmentation. D’où le rachat des pages de pub pour Facebook, le réseau social des gosses de riches, pour un montant pharamineux. Google est la première régie publicitaire et a beaucoup d’ambition, notamment être la bête noire de Microsoft. Rendez vous compte, Google développe en ce moment et distribue gratuitement un système d’exploitation pour PC (Google OS), un autre pour Mobile (Androïd), des outils logiciels de bureau (Google Apps), un webmail (google mail). Bref le géant californien a un grand appétit. Microsoft est obliger d’aller sur son terrain pour le contrer. C’est une des explications du rachat de Yahoo à tout prix. Microsoft ira jusqu’au bout, on parle déjà d’une OPA hostile si Yahoo ne répondait pas favorablement. Google ne peut qu’être spectateur dans l’histoire car les autorités de la concurrence l’ont dans leurs collimateur que cela soit aux Etats-Unis ou en Europe. Pour autant l’hégémonie de Google est tout aussi inquiétante que celle de Microsoft.

L’entreprise, Microsoft jouit d’une mauvaise image, contrairement à un certains

nombres de ses concurents. Avant d’être une icône contemporaine pour son altruisme, Bill Gates n’était pas très populaire. Dans un épisode de la série les Simpson, Homer fonde une « start-up » et Bill Gates vient chez lui en signalant qu’il est intéressé par son entreprise. Homer est content car il pense qu’il va toucher le jackpot. Tout d’un coup Bill Gates claque des doigts et des gorilles saccagent sa maison et Marge Simpson lui demande pourquoi, Bill Gates lui répond : « Si vous croyez que je suis devenu riche en signant des chèques ». C’est pourtant ce qu’il reste à Steve Ballmer, le PDG actuel et accessoirement tête de turc préférée des internautes. Néanmoins la vie continue, un nouveau Windows est annoncé pour l’année prochaine, Microsoft commence le développement de logiciels libre…

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