Et si on s'amusait a faire des virus ?

 

Formidable ! Il a fabriqué de toutes pièces le sofware du virus H5N1. Il s'appelle Ron Fouchier, il vit à Rotterdam, et a présenté sa performance à Malte en septembre dernier. L'événement a été signalé par des revues scientifiques qui rappellent que d'autres génomes de virus ont récemment été pareillement synthétisés : celui de la grippe espagnole comme celui de la polyo. Oui, ce ne sont pas les plus sympathiques, forcément. Car peur et fascination vont de pair en matière de recherche et d'innovation.

Ici s'ajoute un troisième terme celui du grand amusement. Les nouveaux ingénieurs du vivant surfent sur la créativité, l'esprit d'initiative et le droit pour tout un chacun de se muer en "amateur". Comme si le motif de la guerre - qui a de tout temps tiré l'innovation - faisait place à celui du ... grand jeu. Ainsi le mouvement Do it yourself se déploie dans l'univers de la biologie. Le fondateur du réseau DiYBio, Jason Bobe est d'ailleurs venu tout récemment présenter ses projets à la Gaité lyrique. Il a signalé que de plus en plus de gens ont envie d'un nouveau "pacte avec les scientifiques" pour accéder directement à des outils qui leur plaisent. Ainsi en va-t-il de la lecture du génome personnel ou "Livre de vie" : connaître enfin, les gènes hérités de nos parents qui peuvent nous parler de notre avenir...

1500 personnes contribuent déjà au Personal genome project en mettant à la disposition de tous le décryptage complet de leur génome. Il s'agit d'une sorte de Facebook moléculaire où tous les risques de maladies (ou susceptibilités) de chacun sont dévoilés.

Cette sorte de "génomancie" n'est pas sans risque, notamment vis-à-vis des assureurs ou des recruteurs. Que dire aussi d'informations qui pourraient révéler des parentés inexistantes..? L'engouement pour ces nouveaux moyens de prédire l'avenir est considérable. Car les technologies sont convoquées de plus en plus pour jouer les devins, objectiver des responsabilités comme en matière de "neuromancie" où les images cérébrales servent à estimer les responsabilités d'auteurs de délits.

Si les "biologistes de garage"donnent l'image d'une biologie en train de se démocratiser, ne nous y trompons pas pour autant : les séquences de gènes les plus précieuses sont mises au coffre fort. Une ONG allemande Testbiotech vient de faire l'inventaire des brevets sur le vivant qui concernent des chimpanzés, des spermatozoides humains, des portions de gènes issus de cancéreux... Cette liste noire des brevets européens souligne que la directive européenne relative à la protection juridique des inventions biotechnologiques est un échec : les gènes issus d'humains, d'animaux ou de végétaux sont l'objet de spéculations et de litiges qui bloque la recherche.

Ainsi, le vivant est désormais un enjeu crucial pour arbitrer les priorités entre production alimentaire, énergétique, ou chimique. Des groupes puissants sont en train d'accaparer ce "biopouvoir" comme l'a très bien montré Kaushik Sunder Rajan dans son livre "Biocapital".

Ainsi la cohabitation de vivants devient un sujet politique central comme le démontre le livre Fabriquer la vie: Quelle relation (de partage ou de surplomb) voulons nous developper avec la biosphère? Quelles maitrises pouvons nous assurer avec des artefacts vivants aux génomes articifiels? Quels sont les démarches les plus judicieuses pour pratiquer une oeconomie avec la nature ; bioinspiration, synergies entre organismes ou dopages génétiques ?

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