La fringale électronique est-elle soutenable ?

Pucés, les bébés comme les vieux? L'étiquetage des humains va bon train... Aujourd'hui, trente maternités en France, équipent leurs nouveaux nés de puces RFID (identifiantes) actives.

Pucés, les bébés comme les vieux? L'étiquetage des humains va bon train... Aujourd'hui, trente maternités en France, équipent leurs nouveaux nés de puces RFID (identifiantes) actives. De son côté Bluelinea, leader de ces "solutions communicantes, propose d'équiper les personnes atteintes d'Alzheimer : elle sollicite actuellement le concours d’institutions régionales et locales afin de distribuer, dès le premier trimestre 2011 dans cinq régions françaises, une solution électronique de prise en charge à domicile des personnes "vulnérables", reposant sur l’utilisation d’un bracelet électronique ticsante.com.

Et le phénomène ne se limite pas aux puces : mémoires, capteurs électroniques, dispositifs de biométrie, implants corporels... nous immergent dans un environnement inédit de connexions continues (téléphone, wi-fi..) et de réalité « augmentée » ( écrans ou lunettes interactifs, positionnement GPS). Bientôt les fourchettes, les Tshirts, les abribus vont s’animer et s’adresser à nous, comme dans Minority Report !

 

Certains se sentent rassurés : les lentilles qui détectent la tension sanguine, l’alerte qui se déclenche en cas de chute, le mobile qui renseigne sur les meilleurs lieux de ventes des denrées dans les ports africains… voilà des progrès qui réconfortent ceux qui craignent des accidents ou dont la survie passe par la communication. A nous la liberté, s’enflamment aussi les voyageurs contrôlés par une simple étiquette (pass Navigo) ou les adeptes de certaines boîtes branchées (à Barcelone) qui se font carrément implanter une puce dans le bras, véritable sésame d’identification.

L’électronique, ça simplifie la vie ! Avec elle, tout devient « smart » depuis les frigos qui vous conseille un menu, jusqu’aux textiles avec lecteur MP3 intégré, dossard clignotant ou jouant le rôle de panneaux solaires pour recharger des batteries…

 

Tantôt utiles, parfois futiles, les usages explosent[1] : les composants et systèmes électroniques constituent un marché estimé en 2009 à 1 050 milliards d’euros dans le monde. Cette fringale - couplée à des produits conçus pour ne pas durer (et gourmands en énergie) - opère une pression croissante sur des matières premières (indium, palladium, terbium, tantale…), dont les réserves s’épuisent. De plus, nous jouons à l’autruche en ignorant d’évoquer les risques diffus pour l’environnement liés à l’intégration banalisée des puces ou supports métalliques aussi bien dans les emballages, les tissus, les verres ou autres produits de consommation…Et que dire des conditions dans lesquelles chinois et indiens précaires dépècent ces épaves électroniques que nous leur envoyons? Il faut lire ici l'article de Sacha Loeve L’insoutenable immatérialité des infrastructures numériques : les e-déchets qui explique parfaitement la machine à jeter qui répond à notre boulime de connexions éphémères. Hors de notre vue ces rebuts conçus pour ne durer que quelques mois. Et l'on nous parlera ensuite d'innovation responsable !

 

Plus grave enfin, les objets communicants sont surtout ambivalents : s’ils nous protègent c’est qu’ils nous surveillent aussi. Désormais, caméras miniatures, dispositifs biométriques, capteurs d’informations en tout genre (médicales, bancaires ou comportementales), implants pour surveiller ou traiter les désordres physiologiques… constituent une « deuxième peau », le « double électronique » de notre monde. Nous déléguons aux automates le pouvoir occulte de contrôle, de surveillance, de décision. L’individu s’efface devant le réseau puisque aucun moyen ne permet de se débrancher du système ou de s’isoler.

La Commission européenne a émis, en mai 2009, des recommandations pour que les industriels considèrent l’impact de leurs dispositifs sur les données personnelles. Mais le Sénateur Alex Turk, n’est pas optimiste [2] « Dans moins de dix ans, nous serons plongés dans une société où la liberté d’expression sera aliénée. Avec un environnement électronique qui nous entend, nous voit, nous suit, nous connaît, toute intimité sera éliminée et de manière irréversible. Comme l’on doit protéger notre milieu biologique, il nous faut protéger le patrimoine qui garantit nos libertés ».

 

Il n'est pas normal que ces sujets ne soient pas au coeur du débat politique. En France, aucune concertation n'a été engagée pour confronter les avis. Au contraire, les industriels et pouvoirs publics engagent des experts en acceptation pour que les justifications "santé" opèrent comme un Cheval de Troie. Michel Alberganti décrit parfaitement la manoeuvre dans son livre La RFID : quelles menaces, quelles opportunités ? paru aux editions Prometheus. Il est temps de mettre le sujet à l'agenda du Parlement du Futur !

 

Si le sujet vous intéresse, venez participer au débat :

Des puces, des capteurs, des implants … et des hommes

LES NANOTECHNOLOGIES au secours du vivant ?

utilité, futilité, intégrité

 

 

Ce mardi 5 octobre

de 19h00 à 20h30

Lieu : ESCP , 79, avenue de la République, Paris 11

 

Organisé par Le groupe SOS et Ashoka,

en partenariat avec VivAgora et Futuring press

Dans le cadre des Alter Mardis

 

Pour en savoir plus, cliquer ici

 

Dorothée Benoit Browaeys

Déléguée générale de VivAgora



[1] Le nombre de puces RFID vendues dans le monde devrait passer de 2, 3 milliards en 2010 à 500 milliards en 2007 (rapport IDTechEx)

[2] http://www.vivagora.org/spip.php?article726&var_recherche=jouanno

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