Mettre en mots l'innovation technique

A l’occasion de l’événement " Parlement du futur " ce 23 avril au Sénat, Claude Birraux, président de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques (OPECST), annonce la création d’un comité sociétal au sein de l’OPECST. Dans un entretien exclusif accordé à VivAgora, il explique le pourquoi de cette décision.

Comment l’OPECST s’ouvre-t-il aux logiques sociétales ?

L’office parlementaire joue un rôle d’expertise collective vis-à-vis du parlement : notre mission est d’éclairer ses choix, dès lors que ces derniers ont une composante scientifique et technique. Lors des auditions que nous organisons, nous sommes régulièrement interpellés notamment par des organisations comme VivAgora qui souhaitent que nous soyons davantage tournés vers la société.

A ce propos, je tiens à rappeler que nous organisons régulièrement des échanges-débats publics sur des grands sujets de société. L’OPECST est devenu un interlocuteur particulièrement crédible des chercheurs, des institutions et académies scientifiques et nous voulons intensifier le dialogue social dans ce sens. Nous réfléchissons actuellement à de nouvelles interfaces, non seulement entre les parlementaires et les scientifiques, mais également avec les citoyens qui nous demandent des comptes.

Je suis conscient de l’incompréhension de nos citoyens devant certains développements technologiques et il faut prendre plus de temps pour intégrer les différents points de vue. A l’OPECST, nous fonctionnons avec des rapporteurs de la majorité et de l’opposition qui s’entourent d’un comité de pilotage scientifique. Depuis janvier 2009, j’ai demandé à mes collègues rapporteurs d’intégrer dans leur comité de pilotage un représentant des sciences humaines et sociales. Ce qui m’intéresse aujourd’hui est d’avoir un regard totalement extérieur à celui des spécialistes habituels…

Quelles sont les mesures concrètes que vous allez prendre pour intégrer les attentes des citoyens dans vos décisions ?

Afin de concrétiser la démarche d’ouverture de l’OPECST à la société, j’ai déposé une proposition de loi qui est en train d’être signée par l’ensemble des membres de l’office parlementaire. Je souhaite installer aux côtés de notre comité scientifique de 24 membres, un conseil sociétal, environnemental et économique de 24 membres. Pour les composantes de ce comité, nous nous référons aux groupes de travail du Grenelle de l’environnement, avec notamment des enseignants et des journalistes. J’ai pris cette décision car il faut créer un espace où les scientifiques et les citoyens puissent dialoguer sur des questions qui touchent au développement des sciences. Un espace pour convaincre, discuter, poser des questions, construire des alternatives scientifiques et techniques.

Regardez le débat public sur les nanotechnologies. Il n’y a pas eu de dialogue puisque le débat a été empêché. Je trouve cette absence de discussion très inquiétante. Grâce à un comité sociétal qui les représente, les citoyens qui posent des questions raisonnables pourront être entendus. La constitution de ce comité sociétal va permettre d’instaurer un dialogue et d’éventuelles confrontations avec notre comité scientifique.

En tant que parlementaire, cette intensification du débat public me semble très importante. Par cette mesure concrète, nous retrouvons la vocation profonde de l’OPECST qui est de jouer un rôle de médiation entre parlementaires, scientifiques, et citoyens. Pour que la compréhension se fasse entre différentes parties prenantes, il est indispensable de se forger de solides arguments et de favoriser les conditions d’une réflexion commune.

Vous semblez accorder un rôle capital à la qualité de l’information

Le questionnement est toujours légitime, cependant si je ne devais avoir qu’une peur, c’est que face à des questions scientifiques la parole de n’importe quels gourous de l’Internet ait autant de valeur que celle de scientifiques confirmés. Je tiens à souligner un aspect important qui marque l’originalité de l’OPECST, c’est l’attention au suivi et à la qualité des informations que nous produisons. Nous organisons des auditions ouvertes à la presse, et je suis pour la transparence, mais il y a un moment où il faut qu’il y ait une autorité qui tranche, qui prenne la décision. Les politiques et les scientifiques confirmés sont là pour le faire, mais ils doivent être maintenant accompagnés par un comité sociétal. Sur certains sujets d’actualité brûlants, ce nouveau comité sociétal permettra d’élaborer des informations vraiment pertinentes et communicantes, en phase avec les enjeux de la société. Avant toute chose, il faut que le grand public comprenne comment les décisions sont motivées, pourquoi telles options ont été choisies et pour quelles raisons. Nous devons arriver à mettre en mot l’innovation technique, souvent complexe, avec un langage clair, intelligent et concret.

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