Billet de blog 9 octobre 2012

Marc Antoine Lévesque

Abonné·e de Mediapart

A. Anatomie d’un courriel et B. Conflit étudiant (Partie 7)

Marc Antoine Lévesque

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8. Conclusion 4 : « Vous ne pouvez pas multiplier la richesse en la divisant. »

A.1 : La première chose que cette conclusion implique est que la multiplication de la richesse est importante. Elle est importante dans la société actuelle parce que l’on considère le « toujours plus » comme étant le but à atteindre, et à atteindre et à atteindre encore. De manière générale, le statu quo fait peur et est un indésirable. Pourquoi faut-il toujours multiplier, aller plus loin, avoir plus d’argent, toujours croître économiquement? Le statu quo n’est pas mauvais en soi, aller toujours plus loin est une mentalité ancrée dans le capitalisme avancé. Et cette attitude n’est pas toujours idéale; vous n’avez qu’à penser à l’exploration des ressources naturelles, toujours plus pour toujours plus se termine par une pénurie. Qui est suivie par une crise. Le statu quo sain, en prenant en considération l’inflation constante, serait quelque chose de positif, mais utopique. Il y a une croyance que l’on a toujours besoin de plus, alors qu’avec un revenu stable et des richesses stables, une excellente qualité de vie est possible. L’éloge du statu quo n’a pas été fait ici pour convaincre qu’il s’agit de la meilleure option, mais plutôt pour amener une certaine réflexion sur cette attitude du « toujours plus » qui est si naturel chez les hommes, alors qu’il s’agit en fait que d’une mentalité économique entièrement extérieure au besoin réel des individus.

A.2 : Il est possible de multiplier la richesse en la divisant si cette richesse est divisée pour être mieux utilisée et si elle appartient à une collectivité. Le terme « division » implique davantage une individualisation de la richesse, ce qui fait que le texte évacue, encore une fois, la possibilité de la collectivité. Si par exemple les richesses du Québec appartenaient aux Québécois, ceux-ci ne souffriraient pas des désavantages de la division, puisque la collectivité en serait le bénéficiaire. C’est l’idée derrière Hydro-Québec, une des richesses du Québec est sa capacité hydroélectrique, et chaque Québécois en tire des avantages en ayant un des coûts en énergie électrique les moins dispendieux au monde. La dette serait un autre exemple où la collectivité est un avantage; une dette collective est beaucoup moins dangereuse qu’une dette personnelle. La collectivité apporte une certaine sécurité, le poids devient moins lourd sur chaque individu. Et pour ceux qui s’inquièteraient de la dette élevée de l’État québécois, sachez que la province n’est pas dans une posture aussi déplorable (sur le bord de la faillite) comme le laisse sous-entendre le gouvernement de Jean Charest. Pour un éclaircissement sur les dettes étatiques : http://classiques.uqac.ca/contemporains/lisee_jean_francois/quand_brutes_parlent_dette/quand_brutes_parlent_dette_texte.html

B : Ce concept de division pour la fructification de richesse ne peut que se rapporter aux sujets déjà abordés de collectivité/individualisme et socialisme/capitalisme. Le mouvement étudiant est davantage axé sur la division équitable des richesses pour faire profiter la collectivité, non pas pour faire profiter un individu. La division peut être avantageuse lorsqu’elle est faite de manière saine et responsable. Cette conclusion n’a que peu de valeur au sein du mouvement, puisqu’elle ne le concerne pas, à l’exception du fait central que nous désirons multiplier l’accès aux études (la richesse est ici l’éducation) en divisant le financement (la richesse devient ici de l’argent) de manière responsable. En ces mots et ces définitions, cette conclusion devient un but possible… à condition d’avoir les bons gestionnaires en poste.

9. Conclusion 5 : « Lorsque la moitié du peuple perçoit l’idée qu’ils n’ont pas besoin de travailler car l’autre partie va s’occuper d’eux et lorsque l’autre moitié comprend que ça ne vaut pas la peine de travailler car quelqu’un d’autre récoltera ce qu’ils méritent par leur efforts, cela est le début de la fin de toute une nation. »

A : Comme ces conclusions sont quelque peu redondantes dans leur propos, cette dernière touche principalement un sujet déjà abordé, mais en constitue son paroxysme : l’individualisme. Le principe même de la démocratie, système dans lequel nous sommes censés vivre, politiquement parlant, est basé sur la consultation d’une collectivité pour toutes les décisions qui affecteront leur vie. Ce scénario catastrophique est peu probable économiquement parlant, mais également politiquement. Si l’on considère la valeur démocratique dans les prises de décision, il faudrait que les citoyens ne désirant plus travailler aient voté avec la ferme intention d’abuser du système, ce qui implique que l’autre moitié ne serait que des victimes d’un plan orchestré par cette moitié. Le tout proposé par les élus. Outre l’individualisme outrancier à l’intérieur d’un système très peu propice à la mort d’une nation, il serait faux de prétendre que la moitié de la population arrêterait de travailler. Il s’agit d’un scénario impossible puisque dans la réalité, il est peu probable que 50 % d’une population arrête de subvenir à leurs besoins parce que l’État s’occuperait d’eux. L’oubli majeur est que pour que le socialisme fonctionne (système auquel fait implicitement référence la conclusion), il doit y avoir une attitude de collectivité, si le sentiment d’accomplissement collectif n’existe pas, il est alors impossible de fonctionner dans ce système. La phrase est alarmiste, trop dramatique par son annonce de « fin de toute une nation », même si cette affirmation semble logique, lorsqu’on l’applique à la réalité actuelle, elle s’effondre par elle-même, et ce n’est pas une décision à tendances socialistes qui détruira le système actuel et ouvrira le chemin pour l’autodestruction annoncée de notre nation. L’emploi d’une dichotomie manichéenne est facile et refermé dans des généralisations au même titre que ceux qui méprisent les « sciences molles » pour glorifier les « sciences dures ». L’une complète l’autre, elles vivent en symbiose. Il ne faut pas, comme abordé plus tôt, toujours évaluer la valeur d’une discipline par les signes de dollars qui sont à la fin de l’équation. La comptabilité a beau être un domaine payant (et nécessaire), dans la prospérité, elle ne marquera pas comme l’a fait l’influence de Freud. La ségrégation dirigée par des préjugés généralisés n’est qu’une manière d’éviter la complexité d’une problématique, qui oserais-je affirmer repose sur un renfermement égoïste et sur une paresse intellectuelle. Aucune collectivité n’est parfaite, mais elle permet d’évacuer la solitude de l’égoïsme.

B : Réduire les étudiants à cette moitié qui ne veut rien faire ne représente qu’une demi-vérité. Un étudiant va se retrouver sur le marché du travail. Si quelqu’un accepte cet argument en faisant fi d’une vue d’ensemble chronologique (dans le cas des étudiants de l’après étude), alors cet argument s’applique également aux personnes âgées dans les centres ou dans les hôpitaux; la société paie pour un service qui respecte un droit fondamental (le droit à la vie, on peut aller plus loin et affirmer le droit à vivre dans la dignité) à des gens qui ne rapportent absolument rien… dans le présent où la société débourse pour eux. Si une personne accepte cet argument, il refuse alors toute contribution passée de toute personne âgée, et par le fait même toutes contributions futures des étudiants. On ne peut pas choisir un argument seulement lorsqu’il fonctionne pour un point que l’on veut émettre, on doit le relativiser et le questionner. La collectivité est davantage ouverte sur l’ensemble des problèmes et des données (puisque toute décision affecte l’ensemble de la collectivité), et c’est ce vers quoi les étudiants aspirent avec leurs revendications en éducation. Les grands projets d’universalisation (Hydro-Québec, santé, transport, etc.) du Québec sont morts ou pas très forts (il y a privatisation dans tout depuis une dizaine d’années), et c’est ce vers quoi le mouvement étudiant pointe son doigt. Ce sentiment communautaire tant cher pour une génération a disparu lorsque l’on ne se souvient pas de ce que nous avons accompli en tant que société. La mémoire est une faculté qui oublie, et paradoxalement au Québec, elle ne se souvient pas souvent. Le « Je me souviens » est mis à l’épreuve depuis bien longtemps, et ma génération se souviendra.

10. Question finale : « Pouvez vous trouver une raison de ne pas faire suivre se message? Moi non ! »

Je copie tel quel la dernière phrase du courriel (avec ses fautes), parce que maintenant, je ne vois pas de raison de ne pas faire suivre ce message, avec ce texte en pièce jointe! Il y a plusieurs problèmes et ces problèmes, lorsque non soulevés, transforment tout. Lorsque vous transmettez un texte ou une information, vous en êtes responsable, peu importe ce que vous croyez. D’autant plus si vous ne précisez pas votre pensée, vos intentions ou le contexte (de l’envoi et du contenu). Sans ces informations, il est impossible pour votre destinataire de saisir la raison de cet envoi. Si vous avez quelconques réserves concernant un contenu qui se veut informatif, vous avez le devoir d’en informer votre destinataire, sinon vous pouvez créer de la désinformation et/ou faire en sorte que votre destinataire considère l’information comme étant un point de vue que vous partagez.

Tant que vous ne parlerez pas, n’échangerez pas, il y aura interprétations biaisées (par manque d’information) sur les points de vue et arguments de l’autre, l’altérité devient ici l’élément, l’attitude, le code de conduite clé.

Pour terminer, toute cette analogie n’est que spéculation. Elle ne peut pas, à mon sens, constituer un argument pour ou contre quelque chose, encore moins pour ou contre la cause portée par les étudiants (veuillez noter que j’ai utilisé les mots « la cause portée par les étudiants » et non pas « la cause des étudiants » parce que la cause dépasse les seuls étudiants). Si quelqu’un appuie quelconque discours ou argument en s’appuyant sur cette analogie, ou pire, se forme une idée, une position par rapport à un conflit, il ne respecte pas sa propre intelligence. Dans le cas des étudiants, nos discours sont bien établis et nous ne demandons qu’à échanger avec nos opposants. Nous ne sommes pas des casseurs et nous ne sommes pas victimes des casseurs. Notre discours est solide et se vaut entièrement, il se tient seul sans rudesse physique. Les casseurs ne font que nuire à l’image publique des étudiants (au début parce qu’on nous accusait d’être violents, par la suite lorsque les médias et la police confirmaient la présence de groupuscule — après une semaine de débat sur la violence! —, nous en étions maintenant des victimes!). Cette image est éphémère, les casseurs l’ont prouvé. Notre discours lui, il est incassable. Incassable parce qu’il nous précède, parce qu’il est notre présent et parce qu’il nous survivra. Nous ne sommes pas les premiers à le faire, et nous ne serons pas les derniers qui le tiendront à bout de bras.

À suivre.

Marc-Antoine Lévesque

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