Pour un nouveau prix Nobel de la Paix

Lettre à Kaci Kullmann Five, nouvelle présidente du comité du Prix Nobel de la Paix, par Patrick Singaïny, essayiste, et François Durpaire, universitaire.

Lettre à Kaci Kullmann Five, nouvelle présidente du comité du Prix Nobel de la Paix, par Patrick Singaïny, essayiste, et François Durpaire, universitaire.


Pour un nouveau prix Nobel de la Paix 

Plus personne ne produit seul les conditions de la Paix dans notre monde d’aujourd’hui.

 

Celui qui, de droit, le méritait le plus n’a jamais obtenu le Prix Nobel de la Paix : Gandhi. Pourtant il en avait été question à 4 reprises dans les débats successifs des jurys. En 1948, juste après son assassinat, le jury de l’époque avait refusé de lui attribuer le prix, jugeant qu'« il n'y avait pas de candidat vivant approprié ». C’était il y a des années.

 

Le prix Nobel de la Paix, depuis trop longtemps a perdu de sa valeur première et de son esprit initial. C’est un constat que tout un chacun peut faire.

Le monde, notre monde d'aujourd'hui a basculé depuis longtemps dans un de ces chaos cycliques, notamment depuis sa globalisation. Il diffère de ceux des époques de graves crises structurelles, dans la mesure où le nôtre est interconnecté comme jamais il a pu l'être. Et nous voyons combien une personne seule ne peut rien accomplir sans la co-création des autres.

Autrement dit la valeur d'exemplarité jugé à l’aune d’un seul individu ou d’une seule communauté a disparu, et avec elle la conception de l’auteur unique - quel qu’il soit - d’une œuvre en faveur de la paix.

 

Nous proposons qu’Aylan Kurdi puisse recevoir un nouveau Prix Nobel de la Paix. Un prix qui fait plus que gratifier : une récompense qui viendrait en aide à des nécessiteux –les réfugiés actuels- et au dénouement d’une crise humanitaire en cours.

 

Si la mort de cet enfant-là –Aylan Kurdi-, découvert à ce moment-là et à cet endroit-là peut susciter non pas un instant de paix mais un moment où l'Europe peut parler d'une seule voix forte et digne afin de livrer son humanisme séculaire, alors ce prix peut à nouveau signifier quelque chose. Qui plus est, offrir sa dotation aux réfugiés serait loin de constituer un acte négligeable, car là encore, donner la totalité de la dotation d’un prix à une seule personne ou à une seule entité ne semble pas être en adéquation avec notre époque.

 

Cette lettre, qui au fond est une supplique plus qu’une proposition, nous vous l’adressons avec le sentiment profond d’un respect à l’égard de l’esprit humaniste d’Alfred Nobel[1], dans le but de rendre notre monde actuel mieux en rapport avec lui-même.

 

 

-          Patrick Singaïny, essayiste.

-          François Durpaire, universitaire.

 


[1] Le prix Nobel de la paix récompense « la personnalité ou la communauté ayant le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix » selon les volontés, définies par testament, d'Alfred Nobel. Cela comprend la lutte pour la paix, les droits de l'homme, l'aide humanitaire, la liberté.

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