Billet de blog 7 févr. 2014

L'État tend une main aux ZEP de Picardie

À la rentrée prochaine, six collèges picards en difficulté seront dotés de moyens supplémentaires. Ainsi en a décidé le ministère de l'Éducation nationale qui vient de relancer le soutien aux zones d'éducation prioritaire. Au collège amiénois d'Étouvie, concerné par la mesure, direction et enseignants sont soulagés.

Fabien Dorémus
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À la rentrée prochaine, six collèges picards en difficulté seront dotés de moyens supplémentaires. Ainsi en a décidé le ministère de l'Éducation nationale qui vient de relancer le soutien aux zones d'éducation prioritaire. Au collège amiénois d'Étouvie, concerné par la mesure, direction et enseignants sont soulagés.


 «On a été contents de voir que nos difficultés avaient enfin été reconnues.» Pour Stéphane Brendle, professeur d'histoire-géographie et délégué Snes-FSU au collège d'Étouvie, les aides promises par le ministère de l'Éducation nationale vont soulager tout le monde. En septembre prochain, deux collèges amiénois situés en zone d’éducation prioritaire (ZEP), Étouvie et César-Franck, vont recevoir des moyens supplémentaires. Un secours bien nécessaire.

Au niveau régional, quatre autres établissements vont être soutenus à la rentrée 2014. Dans l'Aisne, ce seront les collèges Montaigne à Saint-Quentin et Gérard-Philipe à Soissons ; dans l'Oise Gabriel-Havez à Creil et Charles-Fauqueux à Beauvais.

L'État a également prévu de renforcer son aide aux écoles situées autour de ces six établissements. Le ministère parle désormais de Réseaux d'éducation prioritaire (REP). Par exemple, le «réseau» du collège d'Étouvie est constitué de neuf écoles, d'où proviennent les recrues de l'établissement. À la rentrée prochaine, ces écoles pourront compter sur trois ETP (équivalent temps plein) supplémentaires. Dans le même temps, le seul collège d'Étouvie se verra lui aussi doté de trois ETP en plus.

Au total, six réseaux d'éducation prioritaire seront donc renforcés en Picardie. Et les autres ? Ils devront attendre un peu. «La réforme se déroulera en deux temps», indique Bernard Beignier, le recteur de l'académie d'Amiens. Une première étape, en 2014, ne concernera qu'une centaine de réseaux prioritaires en France. À la rentrée suivante, le dispositif devrait être étendu. Tant mieux car «l'académie d'Amiens est celle qui a le plus de zones d'éducation prioritaire, juste derrière l'académie de Créteil», indique le recteur.

Un braquage resté dans les mémoires

À Étouvie, on respire un peu. Car ces derniers mois on été particulièrement éprouvants pour les équipes pédagogiques, et les élèves. Souvenons-nous que fin novembre, un groupe d'élèves et professeurs de 5e s'étaient fait braquer pendant une séance d'Éducation physique et sportive (EPS) au parc du Grand-Marais. Deux anciens élèves avaient alors menacé le groupe avec des armes à feu, qui se sont révélées être des pistolets à billes. L'émotion engendrée, particulièrement forte, avait provoqué un droit de retrait des enseignants.

«C'est le problème de la sécurisation des heures d'EPS qui se pose, résume Stéphane Brendle. Toutes les aires de sport de proximité sont ouvertes à tous les vents.» Suite à cette agression, trois personnes ont été recrutées en Contrat unique d'insertion (CUI) pour accompagner les enseignants d'EPS lors de leurs sorties. Ces CUI sont des contrats d'un an, renouvelables une seule fois.

D'une manière générale, pour le principal du collège d'Étouvie, François Didier, «ce sont les tensions du quartier que l'on retrouve au sein des classes. Parfois, ce sont des conflits entre rues qui se déroulent le week-end. On a peu de prises sur çamais il faut le gérer.»


Le collège d'Étouvie accueille 480 élèves.

Le quartier d'Étouvie, très excentré, souvent oublié, cumule les difficultés sociales. «Les parents d'élèves sont à 78% ouvriers ou au chômage, rappelle le principal du collège. Et 33% des familles sont monoparentales.» D'ailleurs, François Didier constate que lorsque des parents d'élèves trouvent un emploi, ou un meilleur emploi, ils se dépêchent de déménager. Et quittent Étouvie. À l'inverse, «les habitants de la vallée de la Nièvre qui se retrouvent au chômage veulent souvent se rapprocher de la ville. Ils emménagent dans le quartier, et leurs enfants viennent chez nous.» Un système de vases communicants particulièrement défavorable pour un collège qui ne recrute que sur un seul quartier.

«Ça s'est calmé mais ça reviendra»

Au quotidien, cela donne «des élèves difficiles à gérer, témoigne Stéphane Brendle, même si les professeurs principaux font un travail de dingue pour remettre les élèves sur de bons rails.» L'enseignant observe, au collège, une courbe oscillante du nombre d'incivilités. «Décembre et janvier ont été des pics», regrette-t-il. En guise de réponse, les enseignants ont multiplié les conseils de discipline et les réunions de l'équipe éducative. «Ces quinze derniers jours, ça s'est calmé. Mais ça reviendra», assure Stéphane Brendle.

Pas étonnant alors que l'ensemble du collège voie d'un bon œil l'arrivée de nouveaux moyens. «En même temps, on a lancé des feux tellement de fois ces dernières années...», tempère l'enseignant d'histoire-géographie. Il y avait urgence. Du côté des points positifs, le syndicaliste note qu'une assistante sociale sera désormais à plein temps dans le collège, au lieu de répartir son travail entre Étouvie et Longueau. Par ailleurs, la rémunération des enseignants va également être revalorisée.

Mais surtout, les moyens supplémentaires de la rentrée 2014 «vont permettre d'aider les élèves plus précisément», explique Nadine Calippe, principale adjointe du collège d'Étouvie. Comment ? En dégageant du temps aux enseignants. Ainsi, le temps de présence devant une classe devrait être réduit pour les professeurs, passant probablement de 18 heures par semaine à 16h30 par semaine. Ce temps récupéré, «c'est du temps pour la concertation, la mise en place de projets, la remise en selle des élèves en difficulté», se réjouit Stéphane Brendle.


Frédérique Martine, François Didier et Nadine Calippe, respectivement principale adjointe, principal et principale adjointe du collège d'Étouvie.

Pour le principal, François Didier, ce sera aussi l'occasion d'étendre aux autres niveaux (5e, 4e, 3e) la pédagogie différenciée déjà pratiquée en 6e. «L'écart entre les plus forts et les plus faibles est très marqué dans nos classes», rappelle-t-il. D'où ce besoin de différenciation des apprentissages.

Mais dans ce concert de satisfactions, le syndicaliste Stéphane Brendle avoue quelques craintes. Notamment que les moyens supplémentaires promis soient annulés par la baisse des effectifs d'élèves du collège. Car le rectorat décide du nombre de professeurs présents dans un établissement en fonction du nombre d'élèves.

La démographie menaçante

Or, l'inquiétude est que la rentrée 2014 s'annonce avec moins d'élèves à Étouvie par rapport à cette année. Entre 10 et 20 élèves de moins sont prévus l'an prochain, selon des projections. Le collège va-t-il perdre d'un côté ce qu'il gagnera de l'autre ? Selon François Didier, le collège va fatalement perdre du fait de sa baisse des effectifs, «mais les mesures annoncées vont permettre de garder le même encadrement, il sera même un peu supérieur».

D'autre part, Stéphane Brendle se demande aussi de quoi vont être constitués les trois ETP promis au collège. Car il ne s'agira pas de trois personnes supplémentaires. Ces trois ETP seront constitués de deux types d'heures : des «heures poste» et des «heures supplémentaires».

Avec une vraie différence, car les «heures poste» créées seront effectuées par une personne physique supplémentaire. En revanche, les «heures supplémentaires» seront à la charge des enseignants déjà présents à Étouvie cette année. En définitive, les trois nouveaux ETP promis seront composés de ces deux types d'heures. Dans quelle proportion? Le rectorat l'annoncera bientôt.

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